Règlement de comptes dans le Var: «Ça ressemble à un guet-apens»... Que s'est-il passé à Ollioules dimanche soir?

REGLEMENT DE COMPTES Trois personnes, dont une vacancière, ont trouvé la mort dans une fusillade à Ollioules dans le Var

Mathilde Ceilles

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Deux agents de la police scientifique photographient l'endroit où s'est déroulé une fusillade à Ollioules.
Deux agents de la police scientifique photographient l'endroit où s'est déroulé une fusillade à Ollioules. — Mathilde Ceilles / 20 Minutes
  • Trois personnes, dont une vacancière, victime collatérale, sont décédées dimanche à Ollioules dans un probable règlement de comptes.
  • Les auteurs, en fuite, semblent avoir tendu un véritable « guet-apens » à deux jeunes hommes connus des services de police.
  • Le maire de la commune réclame des moyens supplémentaires, alors que le nombre de règlements de comptes dans l’aire toulonnaise était en hausse en 2018.

Au son des cigales, dans une station-service à l’entrée de la petite commune varoise d’Ollioules, les policiers scientifiques photographient les moindres recoins. Difficile de croire que ces lieux, d’apparence tranquille, ont été le théâtre d’une fusillade mortelle, dimanche, dans la soirée. 20 Minutes fait le point.

Que s’est-il passé ?

Ce dimanche, quatre personnes ont été victimes de tirs à proximité d’une station-service d’Ollioules, une commune réputée paisible du Var, près de Toulon et Sanary-sur-Mer. Parmi ces victimes, trois sont décédées. La station-service se situe près d’une petite cité, connue pour être un point de deal selon le procureur de la République adjoint de Toulon, Dominique Mirkovic.

Selon les premiers éléments de l’enquête, les auteurs de cette fusillade sont arrivées vers 19 h 30 non pas par la route, mais à pied, en traversant la rivière toute proche, juste derrière la station de lavage. Là se trouvaient deux hommes, présents depuis une heure sur les lieux, visiblement pour honorer un rendez-vous. Les auteurs des tirs ont alors « arrosé », selon les termes du procureur, en direction de ces deux hommes. Ces derniers, pris de peur, ont couru, mais ont été touchés dans le bas du corps, et sont décédés à l’hôpital des suites d’une hémorragie. Les auteurs seraient ensuite « repartis comme ils sont arrivés », à pied. On ignore à l’heure où ces lignes sont écrites qui ils sont et où ils se trouvent. « Cela ressemble à un guet-apens », selon le procureur de la République.

Les enquêteurs ont relevé sur les lieux du crime 29 étuis de calibre 7,62, « ce qui peut correspondre à des fusils d’assaut ou des armes de guerre de type kalachnikov », estime Dominique Mirkovic. Quinze étuis de 9 millimètres semblables à ceux d’un pistolet automatique ou une mitraillette ont été également retrouvés sur place.

« J’ai entendu comme des pétards, raconte Nelly, qui habite tout près de cette station-service. Je ne pensais pas du tout qu’il y avait eu une fusillade. J’étais de retour de vacances, et on devait aller voir mes parents. J’ai traîné un peu, et quand nous sommes arrivés au rond-point, il y avait des policiers, et cette femme à terre, à qui on faisait un massage cardiaque. On se croyait dans un film. A quelques minutes près, les victimes collatérales, ça aurait pu être nous… »

Deux autres personnes, qui circulaient à scooter sur le rond-point tout proche, ont en effet été touchées, alors qu’elles ne semblaient pas êtres visées, selon le procureur de la République. L’épouse, à l’arrière du véhicule, est décédée sur le coup, à l’âge de 58 ans, tandis que son mari, hospitalisé, a été grièvement blessé. « Son pronostic vital n’est pas engagé », précise toutefois Dominique Mirkovic. Une enquête de flagrance pour « assassinat en bande organisée » et « association de malfaiteurs » a été ouverte.

C’est la première fois qu’Ollioules est touchée par une telle fusillade ces dernières années. La stupeur domine chez les riverains. « C’est un quartier tranquille ici, les jeunes de la cité en face ne sont pas du tout "casse-couilles", affirme Jean-Robert Livolsi, le gérant de cette station-service depuis sept ans. C’est vraiment chelou. » « C’est une ville calme, ça n’arrive pas ici », renchérit le maire de la commune, Robert Benvénénti.

Qui sont les victimes ?

Deux victimes décédées dans cette fusillade sont connues défavorablement des services de police. L’une est un homme âgé de 29 ans, est originaire de la Seyne-sur-Mer, une autre commune du Var récemment endeuillée lors de plusieurs règlements de compte. Le jeune homme a été condamné pour des faits de violence, violences aggravées et outrage. Le second, âgé de 30 ans, est originaire d’Ollioules, et également connu pour des faits de délits routiers. Il avait également été condamné en 2017 à 18 mois de prison, dont une partie avec sursis, pour trafic de stupéfiants.

Selon Dominique Mirkovic, les enquêteurs ont retrouvé sur lui une « sacoche », contenant « un pistolet automatique de calibre 7.65, 200 grammes de résine de cannabis prêts à la vente en détail, et des espèces ». Et de préciser : « Le pistolet était chargé mais pas chambré », ce qui signifie qu’il n’était pas prêt à l’usage.

Les deux autres victimes, collatérales, sont un couple de touristes originaires de Vesoul, « habitués à passer des vacances dans la région », selon le procureur de la République. « Ces personnes avaient acheté en 2016 une résidence secondaire à Ollioules, précise à 20 Minutes le maire de la commune, Robert Bénéventi (LR). Ils comptaient passer leur retraite ici. Je suis atterré par les conséquences de cette fusillade, qui a touché deux personnes innocentes. »

Le maire de la commune ne cache pas ses craintes quant aux conséquences que pourrait avoir une telle fusillade qui a touché deux vacanciers, en pleine saison estivale, dans un secteur très fréquenté. « C’est évident que cela peut avoir des conséquences pour le tourisme, soupire-t-il. J’ai eu le préfet qui est conscient de ces risques, et qui va nous envoyer de CRS, pour calmer ce sentiment d’insécurité. »

Est-ce lié au trafic de stupéfiants ?

Selon le procureur de la République, la piste du règlement de comptes liés au trafic de stupéfiants est pour l’heure l’hypothèse privilégiée, compte tenu du mode opératoire et du profil des deux plus jeunes victimes décédées, et a priori visées.

Si cette piste est confirmée, il s’agit d’un règlement de comptes mortel de plus dans l’aire toulonnaise, endeuillée déjà à de nombreuses reprises ces derniers mois dans des guerres de territoire sur fond de trafic de stupéfiants. « Ce nombre était en hausse en 2018 avec huit règlements de comptes dans l’aire toulonnaise, mais la tendance est à la baisse en 2019 », cherche à relativiser Dominique Mirkovic.

Comme lors de précédents règlements de compte, policiers et maires réclament toutefois plus de moyens pour faire face à ce phénomène. « Cela fait cinq ans que l’on demande plus de moyens, et tous les maires de la métropole sont solidaires sur ce sujet, affirme Robert Bénéventi. Il faut plus de renforts, à tous les niveaux. Je suis persuadé qu’avec des services d’investigation de la police plus fournis, on doit pouvoir intervenir et déjouer ces règlements de comptes. Mais les policiers le disent eux-mêmes : ils sont débordés. Or, le travail d’investigation demande du temps. »

Le 3 mai dernier, Christophe Castaner s’était rendu à la Seyne-sur-Mer pour montrer la préoccupation du gouvernement sur ce sujet. « Les visites, c’est bien quand en réponse on n’a pas des promesses mais des actes », tacle Robert Bénéventi. Depuis le début de l’année, trois règlements de compte se sont produits dans l’aire toulonnaise.