Les vrais «Experts»: Accidents, vols, délits de fuite... Ces gendarmes véritables «médecins légistes» des voitures

POLICE SCIENTIFIQUE (2/4) Cet été, « 20 Minutes » est allé à la rencontre des vrais « Experts » de la gendarmerie nationale

Thibaut Chevillard

— 

Les techniciens de l'IRCGN se plongent dans les entrailles des véhicules pour les faire parler
Les techniciens de l'IRCGN se plongent dans les entrailles des véhicules pour les faire parler — MARTIN BUREAU / AFP
  • 20 Minutes vous fait découvrir les membres de la gendarmerie chargés des aspects scientifiques des investigations.
  • Dans ce second volet, le capitaine Jérémy Sinnaeve explique le travail des techniciens spécialisés dans les véhicules.
  • Les experts affectés dans l’une des trois unités de ce département aident les enquêteurs à traquer les voleurs de voitures et les auteurs d’accidents qui ont pris la fuite.

Malgré les apparences, il ne s’agit pas d’un garage. Dans cette immense pièce, située aux rez-de-chaussée d’un bâtiment moderne, on trouve bien tous les outils nécessaires à la réparation des autos et même des camions. Mais en réalité, nous sommes dans un laboratoire, l’antre des membres du département « véhicules », créé en 1989 au sein de l’IRCGN (Institut de recherche criminelle de la gendarmerie nationale). « Nous sommes un peu des médecins légistes des voitures, résume le capitaine Jérémy Sinnaeve, 39 ans, expert en accidentologie, pour qui l'automobile n'est pas forcément une passion. On les démonte pour regarder ce qu’il y a à l’intérieur. » Chaque année, la vingtaine de gendarmes affectés dans l’une des trois unités de ce département traitent une centaine de dossiers.

Accident, trafics de voitures… Ils sont notamment passés maîtres en matière d’identification de véhicules volés. En principe, tous ont un numéro de série composé de 17 chiffres, souvent frappé sur le moteur, le VIN (Vehicle Identification Number). Mais les malfaiteurs ont appris à l’effacer en utilisant une meule, ou à le modifier. Avec de l’acide, les techniciens de l’unité parviennent parfois à faire réapparaître le numéro original. « A défaut, d’autres éléments du véhicule, comme le moteur ou la boîte de vitesses, portent également des numéros de référence. Il nous suffira ensuite d’interroger les fichiers des constructeurs pour identifier le véhicule », explique Jérémy.

Délits de fuite

Autre spécialité du département : la recherche d’auteurs de délit de fuite. Une problématique récurrente dans les campagnes où les accidents se produisent à l’abri des témoins ou des caméras de surveillance, nombreuses dans les villes. Pour cela, les experts de haut vol de l’IRCGN vont notamment analyser les débris, parfois infimes, découverts sur les lieux d’une collision et déterminer de quel type de véhicule ils proviennent. L’objectif étant de pouvoir donner aux enquêteurs une liste précise de modèles à contrôler. Deux techniques sont utilisées. La première consiste à retrouver un numéro sur un fragment de phares qu’ils peuvent comparer avec ceux contenus dans une base de données enrichie avec le temps.

Dans une pièces, des centaines de phares avant et arrière, de tous modèles de véhicules
Dans une pièces, des centaines de phares avant et arrière, de tous modèles de véhicules - Thibaut Chevillard

La seconde consiste à assembler les débris retrouvés sur un moulage, qu'ils comparent ensuite à la collection d’optiques du département : plusieurs centaines de phares avant et arrière, de toutes marques, entreposés dans une pièce du bâtiment. Un véhicule peut aussi laisser des traces de pneus sur le lieu d’une collision. Les experts du département vont mesurer l’écartement des traces, qui est propre à chaque modèle. Ils vont en outre étudier le dessin laissé par les pneus. C’est un peu leur signature. « Ils en ont tous un en particulier, souligne Jérémy. Il suffit de comparer la trace retrouvée avec celles contenues dans le fichier développé en interne pour identifier avec certitude le type de pneu utilisé. »

« Déterminer le scénario le plus précis possible »

Parfois, les gendarmes retrouvent des éclats de peinture pouvant appartenir au véhicule qui a pris la fuite. Sur un vélo percuté par un chauffard, par exemple. Ces traces vont être analysées par les techniciens du département. Elles vont ensuite être comparées aux échantillons contenus dans la base qu’ils ont développée avec l’aide de constructeurs européens de véhicules. « Il y a en a plus de 9.000 », signale Jérémy. Ils vont ainsi pouvoir déterminer la marque, le type, la couleur et la période de fabrication du véhicule que les enquêteurs doivent rechercher.

Une fois le véhicule suspect retrouvé, les techniciens vont tenter de comprendre comment s’est déroulée la collision. Le véhicule impliqué roulait-il trop vite ? Le système de freinage était-il défectueux ? « Nous essayons de déterminer le scénario le plus précis possible », assure Jérémy. Pour ce faire, ils vont fouiller dans les entrailles des voitures afin d’identifier certaines pièces qui pourraient être à l’origine de l’accident. En parallèle, ils vont figer les lieux de la collision avec un laser scanner, puis vont réaliser une simulation 3D de l’accident en utilisant les données dynamiques obtenues après l’exploitation de l’électronique embarquée. Tout est mis en œuvre afin d’obtenir des réponses aux questions que se posent magistrats et enquêteurs.

Témoignage devant les assises

Leur rapport pourra en effet être utilisé devant un tribunal. Jérémy se souvient en particulier de l'accident de la circulation dans lequel deux policiers de la Bac Nord de Paris avaient été tués en 2013 sur le périphérique. Ivre, le conducteur d’une voiture pourchassée par les forces de l’ordre avait percuté leur véhicule par-derrière. Le magistrat avait confié à ce spécialiste en accidentologie les expertises des véhicules. Quelques mois plus tard, son témoignage devant les assises avait permis d’éclaircir les zones d’ombres de l’affaire. Le chauffard n’a pas essayé de freiner, et la vitesse de son véhicule était constante jusqu’au moment du choc : 151 km/h. En clair, il leur a foncé dessus. « On a présenté à la barre une conclusion en béton armée et inattaquable », souligne Jérémy. Le conducteur a écopé de quinze ans de prison en appel.