Rouen: Ce que l'on sait de l'agression mortelle de Mamoudou Barry

ENQUETE « 20 Minutes » revient sur l'agression mortelle de Mamoudou Barry à Rouen, dont le motif raciste a été retenu par le parquet

J.-L. D. avec AFP

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Illustration de voitures de la Police nationale, le 29 mai 2019. Credit:NICOLAS MESSYASZ/SIPA
Illustration de voitures de la Police nationale, le 29 mai 2019. Credit:NICOLAS MESSYASZ/SIPA — NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • Vendredi soir, Mamoudou Barry, 31 ans, enseignant-chercheur à l'Université de Rouen-Normandie, est décédé après avoir été roué de coups. Un homme a été interpellé lundi. 
  • Cette agression mortelle a suscité une cascade de réactions politiques, tandis que le parquet a retenu lundi le motif raciste de l'attaque. 
  • « 20 Minutes » récapitule les faits connus à ce jour.

De nombreuses réactions, une marche blanche… L'agression mortelle dont a été victime Mamoudou Barry vendredi 19 juillet, suscite une vive émotion, dans la classe politique comme dans l’opinion publique. Alors qu’un homme a été interpellé lundi et que le parquet a retenu le motif raciste, 20 Minutes récapitule ce que l’on sait sur l’affaire.

Que s’est-il passé ?

Mamoudou Barry, enseignant chercheur guinéen, a été agressé ce vendredi 19 juillet, peu après 20 heures, alors qu’il rentrait chez lui avec son épouse en voiture, à Canteleu, dans la banlieue de Rouen (Seine-Maritime). Selon plusieurs sources concordantes, son agresseur l’aurait interpellé et pointé du doigt en insultant le couple de « sales Noirs », à la hauteur d’un arrêt de bus.

Mamoudou Barry se serait alors arrêté pour demander des explications. Selon son avocat Jonas Haddad, l’agresseur l’aurait frappé « à coup de poings et de bouteilles ». « Il est tombé la tête la première sur le sol, avec le rebord d’un arrêt de bus, ce qui a provoqué les blessures mortelles », a indiqué Jonas Haddad sur Europe 1. Mamoudou Barry est alors transporté au CHU de Rouen, dans un état de coma. Il y décède samedi des suites de ses blessures.

Qui est le principal suspect ?

Ce lundi, un suspect, âgé de 29 ans, été interpellé « à Rouen à 9h30 », ont indiqué des sources policières, grâce aux caméras de vidéo surveillance. Contrairement à ce qui a été noté un premier temps par les sources policières, le suspect est de nationalité française et non turque, ce qu’a confirmé le procureur de Rouen dans l’après-midi. Selon la police, au moment de l’agression, le suspect portait « un maillot du club turc de Galatasaray », équipe de football d’Istanbul.

L’homme est connu des autorités pour des infractions, notamment concernant des stupéfiants. Il a des « antécédents psychiatriques » et se trouve « sous curatelle renforcée ». Sa garde à vue a été levée à « la suite de l’examen médical » et l’individu a été hospitalisé.

S’agit-il d’une agression raciste ?

Lorsque l’annonce de la mort de Mamoudou Barry s’est répandue sur les réseaux sociaux, des rumeurs évoquaient une agression raciste de supporters algériens visant des personnes noires le soir de la finale de la CAN (qui opposait l’Algérie au Sénégal). De nombreux politiques, de droite notamment, se sont émus de l’agression, et ont visé les supporters algériens, comme les députés républicains Eric Ciotti ou Julien Aubert.

Pour l’avocat de la famille, l’acte raciste ne fait aucun doute : « C’est ce que nous continuerons à maintenir jusqu’au bout de l’enquête puisque, lorsque l’on dit à quelqu’un, "ce soir on va vous crever bande de sales noirs", c’est un crime raciste ».

Il est en tout cas beaucoup moins affirmatif sur l’origine du crime : : « Rien ne permet d’établir que c’est en lien avec la finale de la CAN. Rien ne permet de dire aussi qu’il a été agressé par un supporteur algérien. » Pour Kalil Keita, enseignant à l’université de Rouen et ami proche de la victime, l’agresseur a fait « allusion au match Sénégal-Algérie », en disant « on va vous niquer ce soir ».

Le procureur a lui retenu le motif raciste, évoquant des « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner avec la circonstance que les faits ont été commis à raison de l’appartenance ou de la non-appartenance, vraie ou supposée de la victime à une ethnie ou une nation, une prétendue race ou religion déterminée ».

Un motif raciste nié par l’avocat du père du suspect : « A considérer que le jeune homme que je connais ait été à l’origine des faits, j’ai un gros doute sur le mobile. Je ne pense pas que Damien puisse être à l’origine d’une agression raciste », a-t-il déclaré.