Rouen: Un suspect interpellé après l'agression mortelle d'un enseignant guinéen

ENQUETE Une enquête a été ouverte après la mort de Mamoudou Barry, violemment agressé vendredi soir près de Rouen

20 Minutes avec AFP

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Un commissariat de police (illustration).
Un commissariat de police (illustration). — Clément Follain / 20 Minutes

Un homme soupçonné d’être l’auteur de l'agression mortelle qui a tué Mamoudou Barry, un enseignant-chercheur guinéen près de Rouen, a été interpellé ce lundi, d’après une information de l’AFP dont 20 Minutes a eu confirmation. Mais sa garde à vue a été levée dans la journée pour raison médicale, a fait savoir le parquet.

Dans la soirée, le procureur de Rouen Pascal Prache a annoncé l’ouverture d’une information judiciaire pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner avec la circonstance que les faits ont été commis à raison de l’appartenance ou de la non-appartenance, vraie ou supposée de la victime à une ethnie ou une nation, une prétendue race ou religion déterminée ». Cette infraction de nature criminelle « fait encourir une peine de 20 ans de réclusion ».

Le suspect « sous curatelle renforcée »

Dans un premier temps, des sources policières avaient indiqué que le suspect était de nationalité turque. Mais le procureur de Rouen, Pascal Prache, a précisé à l’AFP dans l’après-midi que cette personne était de nationalité française. Né en 1990, le suspect, interpellé « ce matin à Rouen à 9h30 », présente des « antécédents psychiatriques » et est « sous curatelle renforcée », avait indiqué une source policière.

C’est le signalement d’un proche qui a permis de localiser le suspect « dans un hôtel de Sotteville-lès-Rouen où les policiers se sont rendus », a-t-on ajouté de même source. L’état de cet homme « n’est pas compatible avec la garde à vue, il va être hospitalisé au Rouvray », l’hôpital psychiatrique du secteur de Rouen, a-t-on encore indiqué. La levée de la garde à vue et l’hospitalisation ont été confirmées par le procureur Prache à l’AFP.

« Un petit voyou connu pour des délits mineurs »

« C’est un petit voyou connu pour des délits mineurs, comme de stupéfiants », a indiqué à l’AFP une autre source policière, précisant que le suspect était originaire de Canteleu, dans la banlieue de Rouen, où s’est déroulée l’agression, mais n’y habite plus. Selon cette même source, le suspect portait « un maillot du club turc de Galatasaray », un club de football d’Istanbul, au moment des faits qui ont eu lieu vendredi vers 20h20, peu avant la finale de la Coupe d'Afrique des Nations (CAN) entre l’Algérie et le Sénégal.

Selon l’avocat de la famille de la victime, Me Jonas Haddad, « il s’agit d’un crime raciste, sans aucun doute, mais rien ne permet d’établir que c’est en lien avec la finale de la CAN ». Vendredi soir, Mamoudou Barry, enseignant-chercheur à l’Université de Rouen-Normandie, a été invectivé par son agresseur, à la hauteur de l’arrêt de bus Provence à Canteleu, alors qu’il rentrait chez lui en voiture avec son épouse, selon des proches de la victime et l’avocat.

« L’agresseur les a pointés du doigt et a dit : "Vous les sales noirs, on va vous niquer ce soir" », a expliqué Kalil Aissata Kéita, enseignant chercheur à l’Université de Rouen, lui aussi Guinéen et « ami proche » de la victime. Mamoudou Barry serait descendu de sa voiture pour demander des explications. L’agresseur « l’a frappé à coups de poings et de bouteilles », puis « la victime est mal tombée, il a perdu beaucoup de sang. Quelqu’un a tenté de lui faire un massage cardiaque », a expliqué Me Haddad. Transporté au CHU de Rouen, Mamoudou Barry, père d’une petite fille, est mort samedi.

Une marche blanche vendredi

Agée de 31 ans, la victime avait soutenu une thèse de droit le 27 juin à Rouen sur les « Politiques fiscales et douanières en matière d’investissements étrangers en Afrique francophone », selon le site de l’Université. Une marche blanche doit être organisée vendredi à Rouen, a précisé l’avocat. Cette agression mortelle avait suscité dimanche une cascade de réactions politiques, de droite comme de gauche. Eric Ciotti (LR) avait dénoncé un « crime barbare », Olivier Faure (PS) voyant dans l’agression « le racisme à en pleurer ».

Lundi, le président guinéen, Alpha Condé, s’est déclaré « très touché ». « Le gouvernement guinéen suit de très près l’évolution des enquêtes diligentées par les autorités françaises », indique un communiqué de la présidence, en précisant que le chef de l’Etat « s’entretiendra avec l’ambassadeur de France en Guinée pour la suite à donner ». L’ex-Premier ministre guinéen et opposant Sidya Touré s’est lui aussi dit « très peiné » par la mort du jeune enseignant « dans des conditions aussi tragiques ».

A Dakar, le président sénégalais Macky Sall a condamné sur Twitter un « crime odieux ». Dans un communiqué, SOS Racisme a demandé que « toute la lumière » soit faite, estimant qu'« il flotte sur cet acte criminel un parfum de racisme sur lequel les services enquêteurs doivent rapidement se prononcer ».