Les grands bandits de l'Histoire: Les Apaches du Paris de la Belle Epoque, peur sur la ville

TONTONS FLINGUEURS (1/5) Au début du XXe siècle, les Apaches, des bandes de voyous, terrorisent Paris. Vols, proxénétisme, braquages... Des méfaits attisés par la presse à des fins politiques 

Caroline Politi

— 

Les méfaits des Apaches font régulièrement la une du «Petit Journal».
Les méfaits des Apaches font régulièrement la une du «Petit Journal». — Le Petit Journal
  • 20 Minutes en partenariat avec Retronews revient sur une des figures emblématiques du grand banditisme de France et des Etats-Unis.
  • Les exactions commises par les Apaches font les choux gras de la presse.
  • Les journaux se servent des méfaits des Apaches pour dénoncer le prétendu laxisme des autorités.

Cet été, en partenariat avec Retronews, le site de presse de la Bibliothèque nationale de France, 20 Minutes fait revivre Al Capone ou la bande à Bonnot, figures du grand banditisme en France et aux Etats-Unis. Aujourd’hui, les Apaches du Paris de la Belle Epoque.

Un passant obligé de boire de l’absinthe « jusqu’à ce qu’il tombât ivre mort ». Quelques jours plus tard, c’est « un jeune ouvrier » qui se fait poignarder devant sa femme. Son tort : avoir refusé de se pousser pour laisser rouler des cyclistes sur le trottoir. Et que dire de cet homme qui a parié avec ses amis de descendre le premier piéton venu. « Un homme parut, il tire, l’homme tomba, blessé ou mort, ils prirent, tous ensemble, en riant, la poudre d’escampette. » Tous ces faits divers, à en croire l’édition du 12 juillet 1900 du Soleil, célèbre quotidien du début du siècle, auraient été perpétrés par les Apaches, « des singuliers personnages à qui l’on sait que les mauvais coups ne font pas peur », insiste le journaliste.

Au début du XXe siècle, les Apaches n’évoquent pas tant aux Français les Indiens d’Amérique que les bandes de malfrats qui sévissent dans le Paris de la Belle Epoque. « On ne sait pas exactement d’où vient ce terme, note Michelle Perrot, professeure émérite d’histoire contemporaine qui a longtemps travaillé sur les exclus et les marginaux. L’une des hypothèses serait qu’au cours d’un procès, un juge aurait dit "ce sont des mœurs d’Apaches", les bandes parisiennes s’en seraient ensuite revendiquées. » Chaque quartier ou presque à ses « Apaches ». Les loups de la butte à Montmartre, les gars de Charonne, les monte-en-l’air des Batignolles… Quel que soit le secteur, le profil est peu ou prou le même : des jeunes Parisiens de 15 à 30 ans issus des classes ouvrières qui se rebellent contre un destin tout tracé, celui de passer sa vie à l’usine.

Manda, Lecca et le cœur de Casque d’or

Les exactions commises par les Apaches font les choux gras de la presse qui relate, chaque jour ou presque, les méfaits mais également les rivalités amoureuses de ces voyous tel un feuilleton. Ainsi, en 1902, Manda, le capitaine des Apaches des Orteaux et Lecca, chef des Poppincs, se disputent le cœur de Casque d’or, alias Amélie Elie, prostituée parisienne qui a trompé le premier avec le second. « Une femme déchaînant la meurtrière jalousie, une femme pour qui se tuent des gens qui, par profession, font si bon marché de la vie des autres », écrira d’elle le journaliste du Gaulois.

Une simple histoire de cœur ? Pas seulement. En février, une fusillade éclate entre Manda et Lecca, ce dernier est grièvement blessé mais les affrontements se poursuivent tout au long de l’année avec leurs lieutenants dans les rues de Belleville. Après un procès extrêmement médiatique, les deux hommes sont envoyés au bagne de Cayenne, en Guyane, dont ni l’un ni l’autre ne reviendront.

« L’Apache est la plaie de Paris »

Vols, braquage, proxénétisme, agressions… Pas une semaine ne passe sans que les Apaches fassent la une, quitte à noircir le tableau. « Plus de 30.000 rôdeurs contre 8.000 sergents de ville : l’Apache est la plaie de Paris » titre ainsi Le Petit Journal en octobre 1907. Dans son article, le journaliste affirme que « les crimes de sang ont augmenté dans d’invraisemblables proportions », sans pour autant avancer la moindre source.

La célébrité des Apaches doit beaucoup à la presse, qui attise la peur pour faire vendre mais également pour dénoncer le prétendu laxisme des autorités. « La presse a instrumentalisé ces bandes en faisant planer une sorte de peur sociale du jeune pour demander un renforcement des lois sécuritaires », poursuit Michelle Perrot. En 1910, tous les journaux s’interrogent : faut-il ou non fouetter les Apaches?, comme le réclame un certain Dr Lejeune, dont c’est le seul fait d’armes. Les châtiments corporels ont pourtant disparu depuis plus d’un siècle.

Malgré eux, les Apaches se retrouvent au cœur d’un débat politique qui les dépasse largement. Au début du siècle, les radicaux et les socialistes réclament l’abolition de la peine de mort, tandis que leurs opposants agitent les Apaches comme un épouvantail. « L’histoire a retenu d’eux qu’ils étaient des criminels alors qu’en réalité ce sont plutôt des délinquants. Il y a eu peu de crimes commis par les Apaches », note l’historienne.

Culture apache

La Première Guerre mondiale signe la fin de ce phénomène. « Les héros se sont substitués aux Apaches à la première page de nos journaux », écrit le 24 novembre 1914 Le Journal. Et de préciser : « Sans doute la mobilisation en a envoyé un grand nombre sous le drapeau. » Le mythe perdurera néanmoins au cinéma. En 1952, Simone Signoret incarnera devant la caméra de Jacques Becker Casque d’or dans le film du même nom. En 2017, c’était la société de production EndemolShine qui annonçait que les auteurs de « Mad Men » travaillaient sur une série sur les Apaches.