Soupçons de fuites au bac: Que sait-on de l'enquête?

ENQUETE Douze candidats au baccalauréat sont toujours en garde à vue dans le cadre de l’enquête sur les fuites à l’épreuve de mathématiques

Caroline Politi
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Une épreuve du baccalauréat
Une épreuve du baccalauréat — FREDERICK FLORIN / AFP
  • L’enquête sur les fuites de l’épreuve de maths du bac a été confiée à la brigade de répression de la délinquance contre la personne de la police judiciaire parisienne.
  • Depuis mardi, 19 lycéens ont été placés en garde à vue. Douze sont encore entendus à Paris et Marseille.
  • Les enquêteurs cherchent à établir l’origine de la fraude.

Rarement une édition du baccalauréat aura connu pareilles turpitudes. Alors qu’une grève des enseignements pourrait retarder la publication des résultats – officiellement lundi – dix-neuf candidats ont été placés en garde à vue depuis mardi dans le cadre de l’enquête sur les fuites à l’épreuve de maths. Douze d’entre eux sont encore entendus à Paris et à Marseille, précise le parquet de Paris. Sept gardes à vue ont, en revanche, été levées dans la matinée. Plusieurs perquisitions ont également été menées pour tenter d’établir si les candidats ont obtenu les sujets en avance et par quel moyen.

La veille du bac, des sujets et corrigés circulent

Alors même que l’épreuve est encore en cours, certains chefs d’établissement à Paris et en petite couronne avertissent le Siec, le centre des examens. Plusieurs élèves affirment, photo à l’appui, avoir reçu les sujets de l’épreuve dans la nuit. Le soir même, l’Education nationale porte plainte pour « suspicions de fuites » mais refuse d’annuler les épreuves, estimant que les cas de fraude sont extrêmement limités. « Ces suspicions de fuite concernent une zone géographique limitée : trois à quatre établissements d’Ile-de-France dans lesquels des candidats auraient reçu par réseaux privés les sujets et non pas par des réseaux sociaux, en amont des épreuves », avait déclaré Jean-Marc Huart, directeur général de l’enseignement scolaire au ministère de l’Education nationale, lors d’un point presse.

Bouche à l’oreille et plate-forme de calculatrice

Les premiers éléments de l’enquête laissent néanmoins entrevoir une fraude plus massive qu’estimée le soir de l’épreuve. A partir du jeudi soir, tout au long de la nuit et le matin même de l’épreuve, des candidats s’échangent via WhatsApp ou par SMS l’épreuve et les corrigés. « Mon client a reçu la veille au soir le sujet de l’épreuve de maths par un ami alors qu’il n’avait rien demandé », confiait mercredi soir à 20 Minutes Me Daniel Fellous, qui défend un des gardés à vue, lycéen dans un établissement réputé du 15e arrondissement de Paris. Selon le conseil, son client, tout juste majeur, a reconnu au cours de l’audition avoir fait un corrigé de l’épreuve qu’il a transmis à son tour.

Autre piste suivie par les enquêteurs : celle du site TI-Planet, une plate-forme de calculatrices qui permet notamment aux candidats de convertir des documents PDF – généralement des formules – pour les enregistrer dans leurs calculettes, autorisées pendant les épreuves. Quelques jours après l’épreuve de mathématiques, les administrateurs du forum ont indiqué avoir trouvé une trentaine de photos de corrigés manuscrites de l’épreuve des filières ES et L mais également des corrigés de l’épreuve de la section S. Néanmoins, précisait le site, tous ont été postés à une heure très tardive et n’ont été téléchargés que par très peu de membres.

D’où vient la fuite ?

C’est ce qu’essaye de déterminer la BRDP, la brigade de répression de la délinquance contre la personne, en charge de l’enquête. On ignore encore si parmi les personnes interpellées figure l’auteur des fuites. Théoriquement, les sujets du bac sont conservés dans des enveloppes scellées jusqu’au début de l’épreuve. Pour s’assurer qu’aucune fraude n’a eu lieu, ces enveloppes sont décachetées dans la salle d’examen, devant les candidats. Et au moindre doute, une procédure permet de faire plancher les lycéens sur des sujets de substitution. Une enveloppe a-t-elle été ouverte la veille ? Comment le fraudeur y a-t-il eu accès ? Où a-t-il eu accès au sujet largement auparavant ? En 2011, un employé d’une imprimerie, son fils et deux amis de ce dernier ont été mis en examen pour avoir fait fuiter un exercice de l’épreuve de maths de la filière scientifique sur le site JeuxVidéo.com. Ils ont été condamnés à des peines de trois et quatre mois avec sursis.