Marne: Des travailleurs étrangers exploités durant les vendanges, 10 personnes interpellées

TRAITE DES ETRES HUMAINS Plus d’une centaine de personnes, mises à disposition des vignerons par des sociétés prestataires viticoles, étaient exploitées dans des conditions indignes

Thibaut Chevillard

— 

Les travailleurs étaient embauchés durant les vendanges (Illustration)
Les travailleurs étaient embauchés durant les vendanges (Illustration) — G. VARELA / 20 MINUTES

Tout commence par un contrôle effectué par le comité opérationnel départemental anti fraude de la Marne en août 2018. Les services de l’Etat découvrent que des personnes mises à disposition de viticulteurs lors de vendanges sont exploitées dans des conditions indignes par un prestataire viticole d’Oiry.

« Elles étaient une vingtaine à dormir dans une pièce, sur des matelas au sol. Il n’y avait qu’un seul point d’eau dans la pièce, l’eau de la douche était froide et elles étaient très peu nourries. Certaines n’ont jamais été payées, d’autres n’ont pas touché ce qu’elles auraient dû alors qu’elles travaillaient du lever du jour au coucher du soleil », raconte à 20 Minutes une source proche du dossier.

De nombreuses infractions relevées

Une enquête est ouverte par le parquet de Reims, confiée aux gendarmes de la section de recherche de la ville, à l’office central de lutte contre le travail dissimulé et les groupements de gendarmerie de la Marne et de l’Aube. Les investigations ciblent deux autres sociétés supplémentaires.

Les travailleurs étaient recrutés à Paris, Amiens et Chartres. Elles ont permis de mettre en évidence de nombreuses infractions : travail dissimulé aggravé, emploi d’étrangers sans titre, recours au service d’employeur d’étrangers sans titre de travail, conditions d’hébergement indigne et traite des êtres humains.

Un procès en novembre

Entre les 18 et 20 juin 2019, un vaste coup de filet est réalisé. Dix personnes sont interpellées et placées en garde à vue. Il s’agit de responsables de société sous-traitantes et de viticulteurs ayant employé cette main-d’œuvre. Six personnes physiques, dont trois sont placés sous contrôle judiciaire, et trois personnes morales – entreprises de recrutement des salariés et de sous-traitance – sont poursuivies.

Elles comparaîtront les 7 et 8 novembre prochains devant le tribunal correctionnel de Reims. Aucune maison de champagne n’a été mise en en cause dans ce dossier. Par ailleurs, 338.000 euros d’avoirs criminels ont été saisis.