Disparition de Steve à Nantes: «Ça courait dans tous les sens, c'était dingue», racontent des participants à la soirée techno

REPORTAGE Un jeune fêtard a disparu à l’issue d’une soirée techno marquée par des échauffourées avec les forces de l’ordre, samedi, vers 4h30, à Nantes

Frédéric Brenon, avec Manuel Pavard et Julie Urbach

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Des amies de Steve, porté disparu, cherchent des indices sur le quai Wilson à Nantes.
Des amies de Steve, porté disparu, cherchent des indices sur le quai Wilson à Nantes. — F.Brenon/20Minutes
  • Steve, 24 ans, est porté disparu depuis sa participation à une soirée techno, dans la nuit de vendredi à samedi, dans le cadre de la fête de la musique.
  • La manifestation musicale s’est achevée dans le désordre après une intervention de police qui a dégénéré.
  • La fête se tenait sur l'île de Nantes, à quelques mètres de la Loire.

Elles sont revenues ce lundi après-midi sur le quai Wilson pour « chercher le moindre indice » et tenter de « comprendre ce qui a pu se passer ». Anaïs, Oriane et Salma sont des amies de Steve, 24 ans, porté disparu depuis sa participation à une free party techno dans la nuit de vendredi à samedi sur l’île de Nantes, dans le cadre de la fête de la musique. Cette nuit-là, elles étaient avec le jeune homme, originaire de Treillières et de Nantes, animateur pour enfants dans la vie.

« Il n’avait pas particulièrement bu »

« On est arrivé vers 22h. Ça se passait super bien, il y avait une bonne ambiance. Steve n’avait pas particulièrement bu, il ne consomme jamais de drogue. A un moment, il nous a dit qu’il était fatigué. Il s’est posé dans un coin, près d’un mur de son surmonté d’un drapeau breton, pour se reposer. Je ne l’ai plus revu ensuite », raconte Anaïs, partie peu après 2h, alors qu’il y avait encore « énormément de monde sur le site ».

« Il n’est pas rentré chez lui, il n’est pas allé au travail. Son portable est éteint. Il devait aller à un festival aux Pays-Bas le week-end prochain, ça lui tenait à cœur. Il y a quelque chose qui ne va pas », confirme Oriane. « C’est un garçon attentionné, très apprécié dans le monde de la free party. Ça ne lui ressemble pas du tout de ne pas donner de nouvelles », ajoute Salma, qui a quitté la soirée techno vers 4h du matin.

« Il faisait noir, c’était la panique »

Quelques minutes plus tard, la police est intervenue pour demander aux fêtards de cesser la musique. Des échauffourées ont éclaté. Jets de projectiles contre gaz lacrymogènes. « Ça courait dans tous les sens. C’était dingue », témoigne une autre amie de Steve. « C’était un déluge de lacrymos, raconte Julien*, témoin de la scène. Les policiers ont aussi tiré des flash-ball et grenades de désencerclement dans tous les sens, lâché les chiens sur les gens… Il faisait noir, c’était la panique. C’était complètement irresponsable car les gens étaient un peu alcoolisés. »

« Les gens étaient coincés, sans aucun moyen de s’échapper, se souvient Céline*. Les flics n’étaient pas face à des méchants et des dangereux casseurs mais devant un public varié, avec des teufeurs, des Nantais lambda, beaucoup de jeunes… Pour la première fois de ma vie, j’ai vraiment eu peur devant la police. »

Un homme à la surface de l’eau ?

C’est à ce moment-là que la trace de Steve se serait perdue. « C’était le chaos. Personne ne l’a vu après », précise une amie d’autant plus inquiète que le jeune homme « ne sait pas nager ». Des témoins affirment avoir aperçu un homme se débattre à la surface de l’eau. « Quelqu’un m’a rapporté l’avoir suivi sur 50 m. Il lui disait d’essayer de rejoindre la berge, mais à un moment, il l’a perdu de vue », poursuit la même jeune femme qui « ne sait pas s’il s’agissait de Steve », ni si cette personne faisait partie des 14 à avoir été secourues dans la Loire par les pompiers.

Des recherches sur le fleuve, par des pompiers plongeurs, et dans les airs, à l’aide d’un hélicoptère de la police, se sont déroulées autour de l’île de Nantes ce lundi après-midi.

Au micro de France Bleu, le préfet de Loire-Atlantique, Claude d’Harcourt, a déclaré ce lundi matin que la police était intervenue de « manière proportionnée ». « Mais face à des individus avinés, qui ont probablement pris de la drogue, il est difficile d’intervenir de façon rationnelle. Et les individus eux-mêmes étaient immaîtrisables. » L' IGPN a été saisie de l’affaire.

* Ces témoins ont demandé à ne pas être cités avec leurs vrais prénoms