Jacques Rançon, le «tueur de la gare de Perpignan», mis en examen pour un assassinat vieux de 33 ans

ENQUETE Le « tueur de la gare de Perpignan » a reconnu devant les enquêteurs avoir tué Isabelle Mesnage, 20 ans, en 1986, après l'avoir prise en stop

Thibaut Chevillard

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Jacques Rançon (ici lors de son procès en 2018) est soupçonné d'avoir tué une jeune femme de 20 ans en 1986
Jacques Rançon (ici lors de son procès en 2018) est soupçonné d'avoir tué une jeune femme de 20 ans en 1986 — AFP
  • Surnommé le « tueur de la gare de Perpignan », Jacques Rançon a été extrait de la prison de Béziers mardi matin et a été placé en garde à vue.
  • Condamné l’an dernier à perpétuité pour les viols et meurtres de deux jeunes femmes à la fin des années 1990, il a reconnu devant les enquêteurs avoir tué une jeune femme près d’Amiens à l’été 1986.
  • Il a été mis en examen pour assassinat et viol. Pour les parents de la victime, ses aveux sont « un soulagement », indique leur avocate.

Surnommé le « tueur de la gare de Perpignan », Jacques Rançon a été extrait de la prison de Béziers (Hérault) mardi matin pour être placé en garde à vue par les gendarmes. Les gendarmes de la section de recherche d’Amiens le soupçonnaient d’avoir sévi une première fois il y a 33 ans dans la Somme. Après avoir nié les faits, il a fini par reconnaître « avec de nombreux détails » avoir tué Isabelle Mesnage, 20 ans, en juin 1986, a indiqué le procureur de la République d’Amiens, Alexandre De Bosschère, ce jeudi dans un communiqué. Jacques Rançon a ensuite été mis en examen par deux juges d’instruction amiénois des chefs d’assassinat et de viol.

Isabelle Mesnage, une jeune informaticienne, avait disparu le 28 juin 1986, à proximité de Fouilloy, dans la Somme, alors qu’elle se rendait à un rassemblement de la jeunesse catholique dans le Pas-de-Calais. Son corps a été retrouvé le 3 juillet suivant par un agriculteur à Cachy, une petite ville à l’est d’Amiens, gisant aux abords d’un chemin de randonnée. Ses vêtements étaient en partie déchirés et des objets lui appartenant étaient retrouvés disséminés à proximité du cadavre. Une information judiciaire a bien été ouverte le 11 juillet de la même année. Mais faute d’éléments, le juge d’instruction a rendu une ordonnance de non-lieu en 1992.

Une enquête relancée en 2018

32 ans plus tard, rebondissement. Après « l’intervention des avocats de la famille de la victime », le parquet a décidé de rouvrir l’enquête en 2018, confiée depuis octobre à deux juges d’instruction. Des expertises médico-légales ont été diligentées afin de comparer le mode opératoire du meurtrier avec celui de Jacques Rançon. En outre, les investigations ont établi que le « tueur de la gare de Perpignan » vivait à l’époque non loin du lieu de la découverte du corps d’Isabelle Mesnage. Il « connaissait particulièrement bien la région et les lieux discrets existants aux alentours », poursuit le procureur d’Amiens. Il a même été condamné en 1994 pour un viol commis deux ans plus tôt, près du bois où Isabelle Mesnage a été retrouvé.

En novembre 2018, les magistrats instructeurs ont ordonné l’exhumation du corps de la jeune femme afin qu’il soit une nouvelle fois autopsié. Les analyses « permettaient de conclure à de très fortes similitudes avec le mode opératoire de Jacques Rançon » lorsqu’il a tué Moktaria Chaïb en 1997 et Marie-Hélène Gonzales en 1998 à Perpignan. Au regard de ces nouveaux éléments, les enquêteurs de la section de recherche, de la cellule criminelle de la Somme et du Département des sciences du comportement de la gendarmerie sont descendus à Béziers avec les juges d’instruction pour l’entendre.

Frappée, violée, étranglée

Devant les gendarmes, il a expliqué avoir enlevé la jeune femme le jour de sa disparition alors qu’elle faisait du stop. Il l’a frappée, violée, étranglée. Il a ensuite « porté atteinte à son corps avec le même mode opératoire que celui qui sera utilisé pour ses futures victimes en 1997 et 1998 », précise le communiqué du parquet. En d’autres termes, il a mutilé le corps d’Isabelle Mesnage tout comme il le fera avec ceux de Moktaria Chaïb et de Marie-Hélène Gonzales. Il s’agissait de son tout premier meurtre. Le seul, a-t-il assuré aux enquêteurs, qu’il n’avait jamais avoué. Difficile néanmoins de le croire sur parole.

Pour les parents de la jeune victime, c’est un « soulagement », une « satisfaction incommensurable », indique à 20 Minutes leur avocate, Me Corinne Herrmann. « Pour la famille, des aveux ça reste important. Cela permet d’avoir un début d’explication. » Le père d’Isabelle a commencé à poser des questions à son avocate afin d’obtenir les réponses qu’il se pose depuis 33 ans. Me Herrmann, grande spécialiste des cold case, souligne le rôle « exceptionnel » du parquet d’Amiens qui a ouvert une enquête préliminaire l’année dernière avant de désigner deux juges d’instruction, et le travail « considérable » des gendarmes de la section de recherche d’Amiens.