Anne Hidalgo et Remi Heitz côte à côte dans la lutte contre les bandes violentes
Anne Hidalgo et Remi Heitz côte à côte dans la lutte contre les bandes violentes — Caroline Politi/20 Minutes

RIXES

Rixes à Paris: Anne Hidalgo en «mode commando» contre les bandes violentes

Huit mois après le lancement des états généraux de prévention des rixes, Anne Hidalgo a présenté ce jeudi son plan d’action pour lutter contre ce phénomène violent

  • 230 rixes ont été comptabilisées à Paris depuis 2016.
  • Huit jeunes, parmi lesquels des mineurs, sont décédés au cours de ces vagues de violence.
  • Anne Hidalgo a annoncé le recrutement d'une vingtaine de médiateurs supplémentaires.

Le 16 juin dernier, il est un peu plus de 21 heures lorsqu’une dizaine d’adolescents descendent du tramway et se dirigent vers le quartier Louis-Loucheur, à deux pas de la porte de Saint-Ouen. Ils vivent à quelques kilomètres, aux abords de la porte d’Asnières, mais la visite n’a rien de courtoise, de part et d’autre : les jeunes présents sont là pour en découdre. La bagarre durera de longues minutes avant que la police parvienne à disperser les deux groupes. Suffisamment longtemps en tout cas pour qu’un jeune homme, tout juste majeur, reçoive un coup de couteau dans la cuisse.

Des rixes comme celle-ci, la mairie de Paris en a recensé près de 230 depuis 2016. Pour lutter contre ce phénomène qui a causé la mort de huit jeunes, parfois mineurs, en près de trois ans, Anne Hidalgo a annoncé ce jeudi le recrutement d’une vingtaine de médiateurs – une dizaine est déjà sur le terrain – d’ici au 1er juillet. Objectif : occuper l’espace, dénouer les tensions et faciliter le partage d’informations entre les professionnels.

« On doit être très réactif, en mode commando », a insisté la maire de Paris devant un parterre de professionnels venus assister à la restitution des états généraux des rixes, lancés en octobre dernier. En clair : dès qu’une tension est identifiée, un dispositif d’alerte local est activé. La mairie est informée, des rondes d’agents municipaux sont organisées dans les quartiers concernés. « Ce qui est frappant dans ce phénomène, c’est l’imprévisibilité et la soudaineté du passage à l’acte », relève le procureur de la République de Paris, Rémi Heitz

« Il n’y a pas de quartier épargné »

Tous les acteurs s’accordent sur un point : la communication entre tous les professionnels est l’une des clés pour lutter contre ce phénomène marqué par l’extrême jeunesse de la majorité des protagonistes. Ainsi, en 2017, sur les 291 interpellations liées aux bandes recensées par la préfecture de police de Paris, on comptait 80 % de mineurs.

Les bandes parisiennes sont bien loin de l’image d’Epinal des gangs à l’américaine. Dans l’immense majorité des cas, il n’y a pas de chefs précis – même s’il y a des meneurs - les membres entrent et sortent sans « pacte d’allégeance ». Parmi les 46 bandes recensées l’an dernier à Paris et dans la petite couronne par la cellule en charge de leur suivi au sein de la préfecture de police, l’immense majorité d’entre elles s’articulaient autour d’un quartier.

Les motifs à l’origine des bagarres sont souvent insignifiants, un mauvais regard dans la cour de récréation ou une rumeur sur les réseaux sociaux. « Il y a décalage très fort entre la futilité du mobile et les conséquences parfois dramatiques de ces rixes », déplore le procureur de Paris. D’où la nécessité de mettre en place une approche globale associant les forces de l’ordre, la justice – un référent rixe a été créé au parquet de Paris – mais également les professionnels de l’éducation et les familles.

Depuis mai, plusieurs actions de sensibilisation ont été menées dans les établissements scolaires faisant parfois intervenir des mères de victimes. « Le souci de l’éducatif, y compris dans la sanction, doit guider notre action », insiste le magistrat.

« Le fait de voir une autorité de police dans nos quartiers peut nous aider »

La maire de Paris a également souligné la nécessité d’occuper le terrain, déplorant la baisse des effectifs de police dans les quartiers, notamment mobilisés sur les « gilets jaunes ». « Le fait de voir une autorité de police dans nos quartiers peut nous aider à lutter contre le phénomène des bandes violentes », a insisté Anne Hidalgo, affirmant qu’une « dégradation » avait déjà été constatée dans certains secteurs à l’instar de la Goutte d’Or, de Barbès ou de Château Rouge.

Pour pallier cette baisse, l’édile a mis en avant la nécessité de développer sa police municipale. Pour l’heure, s’ils n’ont pas ce statut, 3.400 agents effectuent déjà ce travail de lutte contre les incivilités et les rixes, assure la mairie.