Procès pour un quintuple infanticide: «Pour moi, c'était seulement des êtres qui grandissaient en moi» témoigne la mère

JUSTICE Une mère est accusée d'avoir tué cinq de ses nouveaux-nés à Galfingue, dans le Haut-Rhin

Thibaut Gagnepain

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Les pièces à conviction dans l'affaire dit des
Les pièces à conviction dans l'affaire dit des — T. Gagnepain / 20 Minutes
  • Le procès des « bébés de Galfingue », nom de la commune qui abrite le bois de la macabre découverte, a débuté ce mardi matin à la cour d’assises du Haut-Rhin, à Colmar.
  • Les premières heures de l’audience ont notamment permis à Sylvie Horning, 54 ans aujourd’hui, de revenir sur son « enfance difficile » dans une famille « pas unie ».
  • « Celui que je croyais être mon papa m’a violée, à trois, quatre reprises. J’avais entre six et huit ans et je n’ai rien dit. De toute façon, je n’avais pas le droit à la parole à la maison », a révélé l’accusée.

Elle est entrée tête basse. Dans la salle d’audience, Sylvie Horning a ensuite vite cherché le regard de la seule fille qui lui parle encore, Marie, assise au premier rang. L’accusée n’a pas scruté de l’autre côté des bancs. Où son fils aîné, Anthony, se tient, aux côtés des autres parties civiles. Loin de cette mère qu’il évite depuis novembre 2017. Depuis qu’elle a reconnu avoir tué cinq de ses nouveaux-nés, dont quatre avaient été retrouvés dans une forêt en 2003.

Le procès des « bébés de Galfingue », nom de la commune qui abrite le bois de la macabre découverte, a débuté ce mardi matin à la cour d’assises du Haut-Rhin, à Colmar. Les premières heures de l’audience ont notamment permis à Sylvie Horning, 54 ans aujourd’hui, de revenir sur son « enfance difficile » dans une famille « pas unie ».

« Celui que je croyais être mon papa m’a violée »

« J’ai été élevée pendant trente-cinq ans par une personne que je croyais être mon papa. Je ne savais pas qu’il ne l’était pas », a expliqué calmement l’accusée. Avant de lancer, d’une voix chancelante : « Celui que je croyais être mon papa m’a violée, à trois, quatre reprises. J’avais entre six et huit ans et je n’ai rien dit. De toute façon, je n’avais pas le droit à la parole à la maison. »

Elle n’a révélé ces actes qu’en garde à vue, près de cinquante plus tard. « C’est un gendarme qui m’a fait ressortir ça, je l’avais enfoui au fond de moi-même, comme si ça n’était jamais arrivé. J’ai vécu 34 ans avec Antonio [son mari], je ne lui avais jamais dit. »

Sylvie Horning a ensuite détaillé sa vie de couple, pas toujours simple. « Vous avez eu combien d’enfants madame ? » l’a interrogé la présidente de la cour d’assises, Marie-Catherine Marchioni. Réponse de l’intéressée : « Trois, plus les cinq… ». Puis, alors que rien ne lui était demandé sur ses cinq nouveau-nés qu’elle est accusée d’avoir tués, l’accusée lâche une phrase lourde de sens : « Pour moi, ce n’était pas des bébés, c’était des êtres qui grandissaient en moi. »

« Une incapacité à se vivre comme mère »

Aurait-elle fait un déni de grossesse ? Le témoignage du professeur Israël Nisand, spécialiste du sujet, a étayé cette thèse. « Madame Horning a eu une relation extrêmement pathogène avec sa mère qui a empêché sa fille d’avoir une relation mère-fille, a déclaré le gynécologue obstétricien. Quand un psychisme se construit, on peut avoir un effacement de la fonction maternelle. Son lien à la maternité peut être obéré par une histoire familiale comme ça. »

La présidente de la cour d’assises lui a alors fait remarquer que les néonaticides sont arrivés après la naissance des deux premiers enfants de l’accusée. « Il y a une incapacité chez Madame Horning à se vivre comme mère. Toutes ses grossesses ont été marquées par le déni », lui a répondu le médecin, après avoir rappelé le cas de la troisième fille du couple. Quand l’accusée avait annoncé à son compagnon qu’elle était enceinte alors qu’elle était en train d’accoucher chez elle…

Cette benjamine, 20 ans désormais, témoignera ce mercredi matin. Le procès devrait durer jusqu’à jeudi soir.