La police a saisi sept armes de poing, un pistolet-mitrailleur et plus de 90.000 euros en liquide, dans le cadre de cette affaire.
La police a saisi sept armes de poing, un pistolet-mitrailleur et plus de 90.000 euros en liquide, dans le cadre de cette affaire. — Police nationale

TRAFIC DE DROGUE

«Spaghetti connection» au Brésil: La cocaïne destinée à l’Europe était commandée par des mafias italiennes

Une quinzaine de personnes ont été interpellées dans le cadre de ce trafic international, impliquant six Italiens, quatre Ivoiriens et un Franco-Turc, placés en garde à vue

  • En septembre dernier, les douanes brésiliennes saisissent plus d’une tonne de cocaïne au port de Santos, près de Sao Paulo, au Brésil. La drogue était cachée dans des roues de bulldozer à destination de l’Italie.
  • Une enquête est ouverte et début juin, la police ivoirienne annonce avoir démantelé un trafic de drogue international impliquant deux mafias italiennes.
  • Cette découverte a été possible grâce au travail des polices française, italienne, ivoirienne et brésilienne. « C’est une coopération internationale unique », a souligné auprès de 20 Minutes Silvain Coué, officier de liaison régional anti-drogue en Afrique de l’Ouest.

L’histoire est digne d’un scénario de film. Après presque neuf mois d’enquête, la police ivoirienne a annoncé début juin avoir démantelé un trafic de drogue international à cheval sur trois continents. Cette affaire unique en son genre implique pêle-mêle des bulldozers, deux mafias italiennes, une pizzeria branchée ivoirienne et un homme d’affaires franco-turc. Elle a été résolue grâce au travail des polices française, italienne, ivoirienne et brésilienne. « C’est du lourd ! » affirme à 20 Minutes Silvain Coué, officier de liaison français en charge de la lutte contre le trafic de drogue en Afrique de l’Ouest.

La cocaïne était cachée dans des roues de bulldozers

L’affaire avait démarré avec la saisie par la douane brésilienne de plus d’une tonne de cocaïne dans un port proche de Sao Paulo. En cette mi-septembre 2018, sur le port de Santos, c’est une belle prise pour la Réceité fédérale, équivalent des douanes au Brésil. D’autant que les trafiquants se sont montrés ingénieux. La marchandise était cachée dans des roues de bulldozers.

Dans les jours qui suivent, l’Unité de lutte contre la Criminalité transnationale organisée (UCT) ouvre une enquête et remonte d’abord la piste jusqu’en Côte d’Ivoire. La société de travaux publics AGL est identifiée comme étant à l’origine de la commande des engins de chantiers. Mais l’histoire ne s’arrête pas là et se poursuit jusqu’en Italie. « J’ai découvert que l’entreprise était gérée par un Napolitain et tout le monde sait que c’est le berceau de la Camorra (organisation mafieuse), donc je me suis dit que ça pourrait être intéressant », raconte Silvain Coué.

L’enquête révèle que la drogue devait transiter par la Côte d’Ivoire avant d’être envoyée en Italie. Le trafic durait depuis 2014 et, fait surprenant, impliquait la mafia calabraise et la mafia napolitaine. « C’est très rare qu’elles travaillent ensemble. Comme la Camorra compte des repentis, les Napolitains ont d’habitude trop peur de se faire balancer », explique Silvain Coué.

Un réseau démantelé grâce à une « coopération internationale unique »

Le 6 juin, dès 4 heures du matin, l’opération est lancée. Au total, une quinzaine de personnes sont interpellées et onze d’entre elles sont placées en garde à vue. Il s’agit de six Italiens, dont le dirigeant d’une pizzeria d’Abidjian très fréquentée par la jet-set locale, quatre Ivoiriens et un homme d’affaires franco-turc. Ce dernier est soupçonné d’être apparenté à l’entreprise ivoirienne. Il a été placé en liberté sous contrôle judiciaire. Sept armes de poing, un pistolet-mitrailleur, mais aussi plus de 90.000 euros en liquide, des voitures et des montres de luxe ont été saisis au cours des perquisitions.

Surnommée « Spaghetti connection » par les enquêteurs, l’affaire reste hors norme. Plus de 150 policiers français, ivoiriens, italiens et brésiliens ont travaillé à sa résolution. « C’est la première fois, c’est une coopération internationale unique », se félicite Silvain Coué. Et l’affaire n’est peut-être pas finie. Car « l’enquête continue ». Et n’a peut-être fini de dévoiler l’ensemble des ramifications de ce réseau.