Les chauffeurs sont protégés par une vitre, mais ce n'est pas toujours suffisant.
Les chauffeurs sont protégés par une vitre, mais ce n'est pas toujours suffisant. — R. Khayat / 20 Minutes

AGRESSION

Marseille: «Des chauffeurs de bus prennent des anxiolytiques»... Les agressions en hausse selon la CGT

Ce dimanche, un chauffeur de bus a été agressé par un passager à Marseille. Les salariés de la RTM dénoncent des incivilités de plus en plus fréquentes

  • Un chauffeur de bus de la RTM a été agressé dimanche à Marseille.
  • La CGT et les chauffeurs parlent d’un nombre d’incivilités en hausse.
  • La RTM assure quant à elle que les chiffres sont en baisse.

« Les menaces de mort, les insultes, c’est notre quotidien », peste Bernard Gargiolo. Selon le secrétaire général de la CGT-RTM, le nombre d’incivilités dans les transports en commun de Marseille est en forte augmentation. Une tendance que la direction conteste avec des chiffres. Pourtant, dimanche dernier, l’un d’eux a été frappé au visage​ par un passager qui ne voulait pas éteindre sa cigarette. Le conducteur est depuis sorti de l’hôpital, une lèvre fendue et des ecchymoses au visage. C’est la troisième attaque de ce type depuis janvier.

« C’est usant. Ces agressions, tous les jours… C’est usant » répète Bernard Gargiolo. Le secrétaire général de la CGT-RTM n’en démord pas : l’incivisme dans les transports en commun s’intensifie sur toutes les lignes de la ville. « Certains conducteurs se lèvent le matin avec la boule au ventre. Ils doivent prendre des cachets antistress et des anxiolytiques pour aller travailler, vous vous rendez compte ? ».

« Il faudrait intervenir deux fois par voyage minimum »

Sur le terrain, le constat est confirmé par les chauffeurs en poste. Il est 13 heures sur le Vieux-Port, David prend possession de son bus. Il se rend compte de la chance qu’il a. « Moi désormais je travaille sur des lignes plus tranquilles, parce que j’ai de l’ancienneté. Mais les incivilités à bord, elles, ne font qu’augmenter, on le voit bien. »

Un bus circule sur le Vieux-Port à Marseille.
Un bus circule sur le Vieux-Port à Marseille. - R. Khayat / 20 Minutes

Il les classe en trois catégories : les légères, comme les nuisances sonores, les répréhensibles, fumer dans le bus par exemple, et les plus importantes : celles qui importunent le chauffeur ou les utilisateurs. « On ne peut pas fermer les yeux, mais on ne peut pas tout le temps intervenir non plus, déplore David. Sinon, il faudrait intervenir deux fois par voyage minimum ». Selon lui, le problème affecte durement certains chauffeurs :

Pour certains chauffeurs, l’uniforme devient une armure qui les protège. Petit à petit, ils sont dégoûtés du métier »

Pourtant, la RTM insiste : selon ses chiffres, les incivilités sont en baisse. Moins 50 % entre 2009 et 2018 selon Pierre Durand, directeur général adjoint de la société. « Il faut bien faire la différence entre le sentiment d’insécurité que peuvent avoir les chauffeurs et les faits réels, explique-t-il. Ce ressenti est le même partout en ville et dans toutes les professions, que ce soit chez les pompiers, les chauffeurs de bus ou les ambulanciers. Il n’est pas propre à la RTM. »

Selon Bernard Gargiolo de la CGT, si les chiffres baissent, c’est uniquement parce que toutes les incivilités ne sont pas remontées par les chauffeurs à la direction : « Les injures et les insultes sont devenues monnaie courante. Si on devait toutes les relever… »

Des policiers dans les bus ? Impossible

Pour protéger ses conducteurs et passagers, le réseau équipe tous ses bus de caméras et de boutons d’urgence, à la fois reliés au poste sécurité de la RTM et à la police. Rien de nouveau n’est prévu à court terme. Pas même la présence de policiers dans certains bus, comme le propose Bernard Gargiolo sur le modèle de Toulon.

« Ce n’est pas comparable, répond Pierre Durand. On a plus de 1.000 bus par jour en ville, on ne va pas placer un policier dans chacun ! » « En attendant, les Marseillais ont de plus en plus peur de prendre les transports en commun, déplore le secrétaire général CGT. Et certains chauffeurs sont marqués à vie. »