Nord: Comment un briquet a permis l'arrestation d'un suspect de meurtre

ENQUÊTE En octobre 2018, un cadavre non identifié avait été découvert dans un fossé près de Dunkerque

Mikael Libert

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Le briquet, pièce maîtresse dans cette enquête.
Le briquet, pièce maîtresse dans cette enquête. — Gendarmerie nationale
  • Un cadavre retrouvé en octobre 2018 a finalement été identifié.
  • C’est un simple briquet qui a permis aux gendarmes de remonter la piste.
  • Un suspect résidant en Belgique a pu être interpellé, fin mars.

Heureusement que la victime fumait. Fin mars, un ressortissant indien résidant en Belgique a été interpellé et placé en détention provisoire. Il est suspecté du meurtre d’un autre Indien, résident belge lui aussi, dont le corps avait été retrouvé près de Dunkerque, fin 2018. C’est un simple briquet qui a permis aux enquêteurs de remonter la piste, ont-ils révélé lundi.

« Enveloppé et ligoté en position fœtale dans un sac à déchets verts »

Cette incroyable affaire commence par la découverte d’un corps, le 17 octobre 2018, dans un fossé bordant la route départementale 300 située sur la commune de Bourbourg, près de Dunkerque. Sans l’intervention d’un engin de fauchage des herbes, le cadavre aurait pu rester là encore longtemps. Le corps est « enveloppé et ligoté en position fœtale dans un sac à déchets verts », rappellent les gendarmes de la section de recherches de Lille, saisis de l’enquête.

C'est dans ce fossé que le corps a été retrouvé.
C'est dans ce fossé que le corps a été retrouvé. - Gendarmerie nationale

L’état de décomposition « très avancée » du corps empêche les militaires de déterminer à première vue le sexe ou l’âge approximatif de la victime. Par ailleurs, cette dernière ne porte sur elle aucun signe ou papier pouvant permettre de l’identifier. C’est donc avec un gros point d’interrogation que le cadavre est envoyé au laboratoire Central de la gendarmerie pour y être autopsié. L’examen ne permet pas de déterminer les causes de la mort mais conduit tout de même à extraire un profil ADN et une empreinte digitale.

Sauf que la victime, inconnue des polices française et européenne, ne figure dans aucun fichier. Les enquêteurs se replient alors sur un banal objet, retrouvé lors de l’autopsie dans une poche du cadavre : un briquet publicitaire portant l’inscription « Café de Kroeg ». Les militaires de la SR de Lille envoient aux différentes polices européennes la photo de l’objet et attendent sans trop y croire.

Un simple briquet, clé de l’enquête

Pourtant, quelques semaines plus tard, les gendarmes sont contactés par le service des personnes disparues de la police fédérale belge. Ces derniers ont déterminé que le briquet provient d’un café proche du domicile d’un homme disparu depuis début juin 2018. L’ADN du disparu est comparé avec l’ADN du cadavre et, bingo, le profil correspond. On est alors en novembre 2018, et le corps a désormais une identité : il s’agit de Darshan Singh, un ressortissant indien de 42 ans résidant à Ravels, une commune au nord de la Belgique.

La police judiciaire belge récupère le dossier et tout s’enchaîne très vite. Un suspect est identifié et interpellé, fin mars 2019. Selon le colonel Veron, de la SR de Lille, le mis en cause est un autre ressortissant indien âgé de 59 ans, habitué des déplacements entre la Belgique, la France et la Grande-Bretagne : « Des éléments nous font penser que le crime a été commis en Belgique et que le corps a ensuite été abandonné en France, à près de 250 km du lieu de disparition, pour empêcher de faire le lien », explique le militaire.

Initialement en charge de l’affaire, le parquet de Dunkerque va donc se dessaisir au profit des autorités belges. Si l’on ignore encore les motivations du meurtre, on sait toutefois que le mis en cause a été inculpé pour homicide involontaire.