Attentat de Lyon: Le principal suspect avait fait une demande de visa étudiant qui lui avait été refusée

ENQUETE Mohamed Hichem M., 24 ans, principal suspect de l'explosion de Lyon, voulait intégrer une école d'informatique à Lyon. Mais n'ayant pas obtenu de visa d'étudiant, il avait annulé son inscription

Thibaut Chevillard (avec Caroline Girardon)

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Lyon, à l'endroit de l'explosion
Lyon, à l'endroit de l'explosion — JEFF PACHOUD / AFP
  • Mohamed Hichem M., principal suspect dans l’explosion de Lyon, a rejoint sa famille en France en 2017 où il a fait une demande de visa pour rentrer dans une école d’informatique, demande qui lui a été refusée. Il était depuis sans-papiers.
  • Ses motivations restent obscures : il n’est ni connu des services de police, ni fiché pour radicalisation.
  • Des traces d’ADN correspondant à celle du suspect ont été retrouvées sur le sac en kraft dans lequel se trouvait l’engin explosif.

Placé en garde à vue, Mohamed Hichem M. se montre assez peu loquace. Pourtant, il fait peu de doute pour les enquêteurs de la direction centrale de police judiciaire et de la DGSI que cet Algérien de 24 ans, interpellé lundi matin alors qu’il descendait d’un bus, est bien l’homme filmé par les caméras de la ville, vendredi dernier, déposant un colis piégé devant une boulangerie lyonnaise, dont l'explosion a blessé 13 personnes. Des traces d’ADN ont été retrouvées sur le sac en kraft dans lequel se trouvait l’engin contenant du TATP. Et cet  ADN correspond à celui du suspect, apprend 20 Minutes de sources policières.

Par ailleurs, Mohamed Hichem M. a « fait de nombreux achats, en particulier sur Internet » pour fabriquer cette bombe artisanale, a indiqué sur CNews le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner. Notamment des litres d’eau oxygénée, d’acétone et des piles. Lors d’une perquisition au domicile de ses parents à Oullins (Rhône), les enquêteurs ont justement retrouvé certains produits pouvant servir à fabriquer du TATP ainsi qu’une petite quantité de cette matière dans une poubelle à proximité. Ils ont également découvert un sac en papier kraft identique à celui utilisé pour l’attaque ainsi qu’un vélo ressemblant à celui utilisé par le suspect lorsqu’il a été filmé. Enfin, du matériel informatique a été saisi afin d’être analysé.

La piste d’un attentat islamiste

Quant à ses motivations, elles restent obscures. « On ne pouvait pas imaginer que ça soit lui. Quand les policiers nous ont montré la photo, on a eu du mal à le croire », confie une voisine du suspect, décrivant un jeune homme « poli », « souriant » et « très agréable ». « Je ne le connaissais pas spécialement mais quand je le croisais, il disait toujours bonjour ou demandait si ça allait. Quand il voyait qu’on avait de courses, il proposait souvent d’aider ou tenait la porte », poursuit-elle, évoquant une famille « relativement discrète dans l’immeuble ».

« Il a dû arrivé il y a environ deux ans dans la résience. C’est assez récent. Avant, on le voyait pas. Ses parents sortent peu, je ne les connais pas du tout », poursuit une voisine dressant aussi le portrait d’une famille effacée, locataire de son appartement.

Mohamed Hichem M. n’est ni connu des services de police, ni fiché pour radicalisation. L’explosion n’a pas non plus été revendiquée par une organisation terroriste. Pour autant, la piste d’un attentat islamiste constitue « une hypothèse forte sur laquelle nous allons orienter une partie des investigations », explique à 20 Minutes une source bien informée. Ses parents et son jeune frère ont eux aussi été placés en garde à vue. Ses deux sœurs sont entendues dans le cadre d’une audition libre, l’une parce qu’elle est mineure, l’autre car elle n’habite plus au domicile familial.

Les quatre gardes à vue sont toujours en cours ce mardi soir. Les enquêteurs veulent savoir si des proches de Mohamed Hichem M. « ont des informations ou ont eu des doutes » concernant un éventuel passage à l’acte, fait savoir une source policière. Elles leur permettront également de mieux cerner le profil du suspect. Né en 1995, il a obtenu une licence à Oran, écrit ce dernier sur son profil Linkedin. Il se présente comme développeur spécialisé dans la création de sites Internet. Ailleurs sur le web, il propose des formations payantes pour apprendre à coder.

En situation irrégulière

Mohamed Hichem M. a rejoint sa famille en France en 2017 grâce à un visa provisoire. « Il a fait ensuite une demande de visa pour rentrer dans une école » d’informatique, en l’occurrence Epitech, a ajouté le ministre de l’Intérieur. Mais selon la direction de l’établissement, contactée par 20 Minutes, sa demande de visa n’a pas été acceptée et il a annulé son inscription. Depuis, le jeune homme se trouve en situation irrégulière sur le territoire, nous indique une source judiciaire, confirmant une information du Parisien. Sa garde à vue peut durer jusqu’à vendredi.