Pollution de l’air: Une mère et sa fille attaquent l’Etat pour « carence fautive »

POLLUTION Les deux plaignantes ont dû quitter Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis, sur prescription médicale...

Caroline Politi
Une mère et sa fille attaquent l'état en justice pour la pollution de l'air.
Une mère et sa fille attaquent l'état en justice pour la pollution de l'air. — GERARD JULIEN / AFP
  • Une mère et sa fille attaquent l'Etat en justice pour «carence fautive» après un pic de pollution.
  • C'est la première action de ce genre en France.
  • Depuis qu'elles ont quitté Saint-Ouen, leurs symptômes ont disparu.

Peut-on blâmer l’État pour son action – ou son inaction, tout est une question de point de vue – en matière de lutte contre la pollution de l’air ? C’est en tout cas la question qui sera posée à partir de ce mardi devant le tribunal administratif de Montreuil, en Seine-Saint-Denis. Après avoir souffert pendant des années de problèmes respiratoires, Farida, 52 ans, et sa fille, aujourd’hui âgée de 16 ans, ont intenté une action en justice contre l’État pour « carence fautive » après un énième pic de pollution, en décembre 2016, et demandent 160.000 euros de dommages et intérêts.

A l’époque, les deux femmes vivent à Saint-Ouen, dans un immeuble coincé entre le périphérique, les autoroutes A6 et A1. Dès sa naissance, la fille de Farida multiplie de bronchiolites et les crises d’asthmes. Des crises qui, selon leur avocat, Me François Lafforgue, s’aggravent à chaque épisode de pollution. « En 2016, son état s’est considérablement détérioré si bien que ses professeurs ont été autorisés à lui prodiguer des soins », précise le conseil. Sa mère est également suivie pour de nombreux problèmes respiratoires, notamment des rhino-pharyngites et des bronchites à répétition qui l’obligent à faire du télétravail.

« Elles n’ont plus aucun symptôme »

Il y a deux ans, Farida et sa fille ont quitté la région parisienne pour s’installer dans un quartier tranquille d’Orléans. « En 2017, leur pneumologue leur a conseillé de déménager. L’effet a été immédiat : depuis qu’elles ont quitté Saint-Ouen, elles n’ont, ni l’une, ni l’autre, plus aucun symptôme », affirme Sébastien Vray, co-fondateur de l’association Respire qui a épaulé les deux femmes dans leurs démarches.

Si l’action est, selon l’association et leur avocat, une première en France, une cinquantaine de dossiers de ce type ont été déposés ou sont sur le point de l’être un peu partout en France. « On espère mettre enfin l’Etat face à ses responsabilités, il aurait dû maintenir la pollution sous le seuil réglementaire en prenant des mesures plus rapides et plus contraignantes », poursuit le co-fondateur de Respire, rappelant que la pollution de l’air était responsable de  67.000 décès prématurés chaque année*. A ses yeux, cette action en justice s’apparente au procès de l’amiante. « Si on obtient gain de cause, l’Etat sera obligé d’agir pour éviter une déferlante de plaintes. »

*Etude publiée dans la revue European Heart Journal portant sur l’année 2015.