Accident mortel en Isère: Les enfants des victimes portent plainte contre quatre gendarmes

JUSTICE Ils estiment que les représentants des forces de l’ordre « ont commis une faute caractérisée qui est à l’origine des deux homicides » en laissant leur collègue repartir au volant malgré son état d’ébriété avancé

Thibaut Chevillard

— 

Loïc D. roulait avec un taux de 2,54 g par litre de sang quand l'accident s'est produit (illustration)
Loïc D. roulait avec un taux de 2,54 g par litre de sang quand l'accident s'est produit (illustration) — C. Allain / 20 Minutes
  • Le 26 février dernier, Loïc D., 35 ans, a passé l’après-midi à boire de la bière avec des collègues. Plus tard, il a percuté plusieurs voitures à l’arrêt sur la départementale. Le couple Duron n’a pas survécu.
  • Loïc D. a été condamné à trois ans de prison, dont dix-huit mois ferme. Ses collègues, eux, n’ont pas été poursuivis.
  • Estimant qu’ils auraient dû l’empêcher de prendre le volant, l’avocat des enfants des victimes a déposé plainte ce lundi pour « homicide involontaire » et « non-empêchement d’un délit ».

Ils ne conduisaient pas le véhicule qui a causé l’accident dans lequel leurs parents ont été tués. Mais les enfants de Geneviève et Florencio Duron estiment que les collègues du conducteur ont une part de responsabilité dans le drame qui s'est noué le 26 février dernier, sur la RD 1006, à Bourgoin-Jallieu ( Isère). « Si ces gendarmes étaient intervenus pour empêcher leur collègue en état d’ébriété de prendre sa voiture, mes parents seraient encore en vie », souffle Céline, la fille des victimes, au micro de RTL ce lundi. Avec ses deux frères, Alain et Olivier, ils ont décidé de déposer plainte contre ces quatre personnes.

C’est avec elles que Loïc D., 35 ans, avait passé une partie de l’après-midi à boire des pintes de bière dans un bar-restaurant de Villefontaine, alors qu’ils n’étaient pas en service. Fortement alcoolisé, il était reparti au volant de sa Hyundai, accompagné par son fils de 8 ans, de l’un de ses collègues gendarmes et du fils de celui-ci, âgé de 11 ans. Soudain, cinq minutes plus tard, un peu avant 19 heures, la voiture avait percuté plusieurs véhicules à l’arrêt sur la départementale, dont celle de Geneviève et Florencio Duron, 70 et 72 ans. Le couple n’avait pas survécu à l’accident.

« Ils sont susceptibles d’être poursuivis »

Ce jour-là, Loïc D. avait avalé trois litres de bière. Son alcoolémie a été mesurée à 2,54 g par litre de sang, bien au-dessus des 0,50 g autorisés. « Il était proche du coma éthylique », assure à 20 Minutes maître Hervé Gerby, l’avocat des enfants des victimes. A l’issue de sa garde à vue, le 28 février dernier, le gendarme isérois a été jugé en comparution immédiate. Reconnu coupable de « défaut de maîtrise, blessures involontaires et homicides involontaires aggravés », il a écopé de trois ans de prison, dont dix-huit mois ferme, et a été écroué.

En revanche, le ministère public « s’était opposé à aller plus loin dans le dossier, considérant qu’on pouvait éventuellement reprocher à ces quatre gendarmes une faute morale et mais pas pénale », poursuit maître Hervé Gerby. Pourtant, l’avocat estime qu’en s’abstenant d’intervenir « pour l’empêcher de prendre le volant, ils ont commis une faute caractérisée qui est à l’origine des deux homicides commis. Ils sont susceptibles d’être poursuivis pour l’infraction d’homicide involontaire », souligne-t-il.

Demande de dépaysement

La plainte pour « homicide involontaire » et « non-empêchement d’un délit » visant les quatre gendarmes présents ce jour-là a été déposée ce lundi, au bureau du procureur général de la cour d’appel de Grenoble. « Nous souhaitons rapidement la saisine d’un juge d’instruction et l’audition de trois gendarmes qui, dans le cadre de la première enquête, n’ont pas été entendus », ajoute l’avocat des enfants du couple Duron.

Il demande en outre le dépaysement de l’affaire, suivie par le parquet de Bourgoin-Jallieu, au profit du parquet de Grenoble. « Le parquet général décide de la suite qu’il entend donner, la balle est dans son camp. »