«Gilets jaunes»: Deux fillettes ont bien respiré des gaz lacrymogènes en marge d'une manifestation samedi dans les Pyrénées-Orientales

FAKE OFF Une vidéo largement relayée sur Facebook montre une jeune fille prise en charge par des street medics après avoir respiré du gaz lacrymogène. Elle rentrait simplement chez elle, selon un témoin. Une autre jeune fille a été touchée

Mathilde Cousin

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Deux jeunes filles ont été prises en charge samedi au Boulou, dans les Pyrénées-Orientales, après avoir respiré des gaz lacrymogènes.
Deux jeunes filles ont été prises en charge samedi au Boulou, dans les Pyrénées-Orientales, après avoir respiré des gaz lacrymogènes. — Laurent Sas
  • Une vidéo vue près de 400.000 fois sur Facebook montre une enfant malade après avoir respiré du gaz lacrymogène.
  • Parfois présentée comme ayant été tournée à Nantes, la vidéo a en réalité été tournée au Boulou, dans les Pyrénées-Orientales.
  • La manifestation de samedi y a été particulièrement violente.

La séquence dure un peu moins d’une minute. On y voit une jeune fille, assise à terre, suffoquant et toussant. L’enfant est entourée d’au moins une street medic – une professionnelle de santé – et de plusieurs adultes qui la réconfortent.

La vidéo*, tournée samedi, est devenue virale sur les réseaux sociaux. Elle a été vue près de 400.000 fois sur le compte Facebook de l’homme qui l’a tournée. Elle a également été postée sur de nombreux groupes Facebook proches des « gilets jaunes ». Certains internautes ont affirmé, à tort, que cette vidéo avait été tournée à Nantes, où s’est déroulée une manifestation mouvementée samedi.

FAKE OFF

La vidéo a été tournée sur un rond-point de la petite ville du Boulou, dans les Pyrénées-Orientales, non loin de la frontière espagnole. Un panneau avec le nom de la ville est visible une vingtaine de secondes après le début de la vidéo, à l’arrière-plan. Ce rond-point se situe à quelques mètres d’une zone résidentielle et de l’A9, qui mène vers l’Espagne.

« Cette enfant est allée en sortie dans la journée en bus, raconte à 20 Minutes une street medic qui lui est venue en aide. Le bus n’a pas pu la déposer à l’arrêt habituel et pour regagner son domicile elle n’a pas eu d’autre choix que de passer par ce rond-point. » La volontaire, qui souhaite rester anonyme, précise que l’enfant « n’était pas seule » et accompagnée d’une autre enfant et d’adultes. « Après, les adultes se sont dépêchés de la ramener chez elle. »

« Il y avait un tel chaos »

Isidore Poireau (un pseudo), qui a filmé la vidéo, « n’a pas pu voir si l’enfant a pu repartir ». « Il y avait un tel chaos, explique-t-il à 20 Minutes. Les gendarmes ont fermé la route qui mène à l’autoroute, donc les voitures se sont retrouvées agglutinées. Les gendarmes ont gazé le rond-point. Ils ont gazé comme si on était 5.000 et on était 400. » Lui aussi confirme qu’une deuxième fillette a été atteinte par des gaz lacrymogènes.

Laurent Sas, un photographe indépendant, a photographié les deux fillettes. « Elles étaient vraiment choquées, explique-t-il. Elles étaient tout le temps avec des adultes et elles ont été prises par des street medics. » Il n’a pas vu le bus duquel seraient descendues les jeunes filles, mais confirme qu’il y a un arrêt juste à côté du rond-point.

Une journée « chaude »

La journée a été « chaude », raconte-t-il : « Il y a eu entre 300 et 500 grenades tirées en l’espace d’une après-midi. Je n’ai jamais vu ça ici, à part le 22 décembre [ce samedi avait été marqué par d’importantes violences]. » Il y a eu un appel national à venir manifester au Boulou samedi, rappelle-t-il. « Une trentaine de personnes » sont allées « au combat derrière les poubelles ». Les gendarmes ont alors riposté avec des grenades.

D’autres manifestants présents sur le rond-point, mais qui n’ont pas vu la jeune fille dans la vidéo, confirment l’utilisation de gaz lacrymogène par les forces de l’ordre. « Depuis le début du mouvement, je n’ai pas vu un tel déferlement de lacrymogène », confie Fabien. Olivier, un autre « gilet jaune », critique « des tirs imprécis » et un « choix d’emplacement qui ne pouvait faire que des blessés chez les passants ». « En décidant de pilonner près de l’entrée d’un lotissement sans couper les voies d’accès, il ne pouvait n’y avoir que des blessés collatéraux ».

Quatre gendarmes et manifestants légèrement blessés

La journée de samedi a été particulièrement violente : nos confrères de L’Indépendant l’ont qualifiée de « guérilla urbaine ». Des manifestants, « bien équipés » selon le quotidien local, ont affronté les forces de l’ordre pendant plusieurs heures.

Quatre gendarmes et trois manifestants ont été légèrement blessés, selon le décompte de la préfecture. Laurent Sas en a dénombré 16 chez les manifestants. Interrogé par 20 Minutes sur la vidéo filmée par Isidore Poireau, Philippe Chopin, le préfet des Pyrénées-Orientales, « ne peut que déplorer qu’une jeune fille se soit trouvée là ». Il rappelle que la manifestation avait été interdite. Une interdiction contestée par les manifestants.


* L’enfant étant mineure et identifiable, 20 Minutes a choisi de ne pas inclure la vidéo dans cet article.

 

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