VIDEO. «Gilets jaunes» à Nice: La police a-t-elle empêché des «street medics» de soigner Geneviève Legay?

FAKE OFF Parallèlement à la polémique sur l'origine de la chute de Geneviève Legay samedi 23 mars à Nice, des internautes s'indignent de l'interpellation de «street medics» qui auraient pu la soigner

Alexis Orsini

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Geneviève Legay, à Nice, le 23 mars 2019, avant sa chute.
Geneviève Legay, à Nice, le 23 mars 2019, avant sa chute. — Claude Paris/AP/SIPA
  • Samedi 23 mars, Geneviève Legay, qui manifestait à Nice pendant l’acte 19 des « gilets jaunes », a été blessée à la tête après une chute survenue pendant une charge policière.
  • Des « street medics » présents à quelques mètres auraient été empêchés de la soigner, selon plusieurs posts viraux sur les réseaux sociaux.
  • 20 Minutes revient sur cette affirmation, avec le témoignage d’une « street medic » et l’appui des différentes images filmées ce jour-là.

La blessure de Geneviève Legay, la septuagénaire qui manifestait à Nice samedi 23 mars aux côtés des « gilets jaunes » avant de tomber au sol lors d’une charge policière, aura marqué l’acte 19 du mouvement.

Si la cause de sa chute violente – qui lui a valu des fractures au crâne – donne encore lieu à des versions contradictoires, l’incident alimente aussi, en parallèle, une autre polémique très reprise sur les réseaux sociaux : l’immobilisation, par la police, des « street medics » présents sur place alors qu’ils auraient pu la soigner.

Dans la foulée de la mobilisation, plusieurs posts ont dénoncé, images à l’appui, l’interpellation de plusieurs secouristes bénévoles. « Nouvelle vidéo qui appuie les témoignages des secouristes volontaires du 06 #Nice sur les faits, au sujet des medics qui ont été empêchés d’intervenir (sur la dame âgée) par un policier portant un brassard tricolore sur lui » affirme ainsi un tweet du compte Street Medic France.

On y voit bien des « street medics » retenus par les forces de l’ordre, devant une pharmacie, et un policier portant un casque et une écharpe tricolore encadrer la situation.

FAKE OFF

Emilie, qui fait partie des « street medics » interpellés ce jour-là, raconte à 20 Minutes : « On était quatre secouristes et on a rejoint les street medics du 06 présents sur place : quand on est arrivés vers 10h30, il y avait déjà plusieurs nasses. »

« Après la première charge, on s’est retrouvés à côté du café de Turin. Aux sommations de la deuxième charge, on s’est mis à courir pour s’enfuir mais des policiers nous ont mis sur le côté, devant la pharmacie, en nous disant "ne bougez pas, on vous protège", quelques secondes avant la charge et la chute [de Geneviève Legay]. On a vu le mouvement de foule et entendu des hurlements », poursuit-elle.

« Désolé, on interpelle »

« Des gendarmes sont venus nous chercher pour qu’on aille la soigner mais entre-temps le policier au casque blanc est arrivé et a lancé, sans même nous parler, "appelle-moi la BAC, ça part en garde à vue". On a demandé à pouvoir au moins soigner la dame puis à revenir mais il n’a rien voulu entendre », conclut Emilie.

Si le parquet et la préfecture de Nice n’ont pas donné suite à nos sollicitations, cette version est confirmée par les différentes vidéos tournées à ce moment-là. Sur la première, d’abord mise en ligne sur YouTube par un témoin avant d’être reprise par le compte Street Medic Media, on voit bien le policier au casque et à l’écharpe tricolore superviser les « street medics » alors que l’un deux lance au vidéaste : « On part en garde à vue. »

La seconde vidéo – au contenu potentiellement choquant puisqu’on y voit la blessure de la manifestante – montre un témoin se précipiter vers les « street medics » pour qu’ils viennent soigner Geneviève Legay. On entend alors un policier (celui au casque, selon Emilie) lancer : « Participation à une manifestation interdite malgré les dispersions, le parquet appréciera, c’est pas mon problème monsieur, vous avez un équipement que je n’ai pas, donc on interpelle, désolé, on interpelle. » Une scène également filmée de loin lors d’un direct vidéo, à partir de 1'23''00 ci-dessous.

Emilie précise : « La police nous a clairement empêchés de faire ce qu’on était venus faire. Quand on met les évènements bout à bout, on se rend compte qu’on a d’abord écarté les street medics puis qu’on en a interpellé sept sur les dix présents, ce qui fait que personne ne pouvait soigner. Le motif de notre interpellation, c’était "présence dans une zone interdite malgré sommations", alors qu’on était en train de partir et qu’on a été retenus par les policiers ».

S’ensuivent, pour les bénévoles interpellés, dix heures de garde à vue que même les policiers ne pensaient pas réellement prévues, selon Emilie : « La brigade qui nous a interpellés n’était pas à l’aise, les policiers se sont excusés, ils pensaient vraiment qu’on allait être libérés après avoir pris une soufflante mais on s’est retrouvés en garde à vue. »

Une prise en charge par les pompiers

Deux autres « street medics » ont-ils toutefois pu intervenir auprès de Geneviève Legay, comme l’a affirmé le procureur de Nice, Jean-Michel Prêtre, lors d’une conférence de presse ? « Les deux personnes qui sont intervenues auprès de la dame n’étaient pas des street medics en tenue, l’un avait une croix rouge sur un polo noir [visible sur les images de BFM TV ci-dessous] mais je ne sais pas qui c’est, nous avons un code vestimentaire bien précis : un habit blanc avec croix rouge », avance Emilie.

Au final, Geneviève Legay a bien été prise en charge par les pompiers, à leur arrivée, environ dix minutes après sa chute, comme on peut le voir sur le direct diffusé sur Facebook.

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