Attentats dans l’Aude: Un an après, où en est l'enquête?

TERRORISME Cinq personnes gravitant dans l'entourage de Radouane Lakdim ont été mises en examen au cours de l'année qui vient de s'écouler

Thibaut Chevillard

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Devant le Super U de Trèbes, où s'est déroulé l'attaque terroriste perpétrée par Radouane Lakdim.
Devant le Super U de Trèbes, où s'est déroulé l'attaque terroriste perpétrée par Radouane Lakdim. — Pascal RODRIGUEZ/SIPA
  • Le 23 mars 2018, Radouane Lakdim a tué quatre personnes et blessé trois autres avant d’être abattu par le GIGN dans le Super U de Trèbes (Aude), où il s’était retranché.
  • L’attentat a été revendiqué par Daesh quelques heures plus tard.
  • Depuis, l’enquête confiée à la DGSI et à la police judiciaire s’attache à déterminer s’il a pu bénéficier de complicités.
  • Cinq personnes ont été mises en examen au cours de l’année qui vient de s’écouler.

 

Le rendez-vous a duré près de trois heures. Le 15 janvier dernier, les trois juges d’instruction chargées de l’enquête sur les attentats de l'Aude ont convoqué les parties civiles au palais de justice de Carcassonne. Les magistrats parisiens voulaient faire un point avec elles sur l’avancée des investigations, confiée à la sous-direction antiterroriste (SDAT) de la police judiciaire et à la DGSI. « C’est une marque de considération des victimes », explique à 20 Minutes maître Franck Alberti, l’avocat des proches de Christian Medves, le chef boucher du Super U de Trèbes, abattu froidement par Radouane Lakdim, 25 ans, le 23 mars 2018. « Je pense qu’elles ont toutes apprécié d’être informées ainsi. »

Après avoir tué quatre personnes et blessé trois autres, le terroriste de 25 ans, fiché S, a été neutralisé par le GIGN dans le supermarché dans lequel il s’était retranché, quelques heures plus tôt, avec des otages. Un an après, l’enquête se poursuit notamment pour déterminer s’il a pu bénéficier de complicités pour commettre ces attentats, revendiqués dans la foulée par Daesh. Mais « jusqu’ici, les investigations n’ont rien donné de probant », confie à 20 Minutes une source policière. Cinq personnes de l’entourage de Radouane Lakdim ont toutefois été mises en examen au cours de l’année qui vient de s’écouler.

Une petite amie radicalisée

Parmi elles, Marine P., 19 ans, la petite amie radicalisée du terroriste, convertie à l’Islam à l’âge de 16 ans. Sans antécédent judiciaire, elle était fichée « S » depuis 2017 et faisait l’objet d’un suivi par la DGSI de l’Aude. Lorsque les enquêteurs sont allés l’interpeller à son domicile, elle les a accueillis en criant « Allahou akbar ». Durant sa première garde à vue, elle a nié avoir été au courant des projets de celui qu’elle fréquentait depuis environ trois ans. Mais si cela avait été le cas, elle n’aurait rien dit, a-t-elle ajouté, selon nos informations. Elle a aussi indiqué aux enquêteurs qu’elle cautionnait les attentats commis en France contre les « mécréants » et qu’elle adhérait aux thèses de Daesh. Elle avait aussi envisagé un moment de partir en Syrie.

La jeune femme a été mise en examen, le 27 mars 2018, pour « association de malfaiteurs terroriste criminelle », et incarcérée. Sept mois plus tard, trois autres proches de Radouane Lakdim ont été interpellés dans plusieurs départements du sud de la France par les policiers d’élite du Raid. Elles ont ensuite été présentées aux juges et mises en examen, le 19 octobre 2018, pour association de malfaiteurs terroriste criminelle et, pour l’une d’elles, « détention d’armes de catégorie A et B en lien avec une entreprise terroriste ». Elles sont soupçonnées d’avoir à divers degrés apporté leur aide à l’auteur franco-marocain des attaques, originaire de la cité Ozanam, à Carcassonne.

Des actes planifiés

Dans le lot, il y a Samir M., 23 ans, un de ses amis du quartier. Ce dernier l’a notamment accompagné dans un magasin spécialisé dans la chasse et la pêche à Carcassonne où il a acheté un couteau, quelques jours avant l’attentat. Il y a aussi Sofian B., un jeune homme de 20 ans, radicalisé, soupçonné d’avoir fourni à Redouane Lakdim une justification idéologique pour commettre les attentats. Enfin, il y a son beau-frère de l’assaillant, vu sortant avec un sac noir suspect de son domicile pendant l’attaque de Trèbes. Il a aussi, curieusement, réinitialisé son téléphone ce jour-là. A-t-il cherché à dissiumuler des choses ?

En décembre dernier, un autre proche de l'auteur a été ciblé par les enquêteurs. Il s’agit, là encore, d’une de ses connaissances de la cité Ozanam. Selon RTL, le terroriste a évoqué devant cet homme de 29 ans, au profil psychiatrique inquiétant, l’existence d’un « projet ». Mais, a-t-il assuré aux juges, il était certain que Radouane Lakdim lui parlait d’un départ vers la Syrie, et non d’un attentat. Les magistrats l’ont mis en examen pour non-dénonciation de crime terroriste. Il a été placé en détention provisoire.

Les investigations ont permis aux policiers de découvrir que Radouane Lakdim avait planifié son geste, qu’il avait prêté allégeance à Daesh, qu’il voulait mourir en martyr et qu’il n’avait pas choisi ses cibles au hasard. Il savait notamment que le parking, sur lequel il a tué un homme et en a blessé grièvement un autre, était un lieu de rencontre homosexuelle. Des informations que les juges ont communiquées aux parties civiles en janvier dernier. Ces dernières, confie maître Alberti, étaient « satisfaites » d’être tenue au courant de l’avancée de l’enquête, et en même temps « bouleversées par des souvenirs qui leur pètent à la gueule ». « Il fallait passer par ça, comme c’est bien de commémorer l’attentat aussi. »