«Gilets jaunes»: «On ne peut pas admettre que cette situation de destruction organisée se poursuive»

INTERVIEW Jean-Noël Reinhardt, le président de l’association des commerçants des Champs-Elysées, excédé après l’acte 18 des « gilets jaunes », veut que le gouvernement prenne les choses en main

Propos recueillis par Rachel Garrat-Valcarcel

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Les commerçants des Champs-Elysées expriment leur exaspération.
Les commerçants des Champs-Elysées expriment leur exaspération. — Jacques Witt/SIPA

Les « gilets jaunes » étaient de retour, samedi, sur l’avenue des Champs-Elysées, à Paris. Avec près de 10.000 personnes réunies, d’après les chiffres du ministère de l’Intérieur, la manifestation a renoué avec les scores parisiens des premiers « actes » du mouvement, fin novembre et début décembre. Et comme à l’époque, les dégradations ont été nombreuses sur la célèbre avenue. Plusieurs bâtiments ont même été incendiés (Le Fouquet’s, une banque, un kiosque…) allant jusqu’à faire des blessés légers dans les habitations au-dessus des boutiques, comme avenue Franklin-Roosevelt.

Cette fois c’en est trop pour Jean-Noël Reinhardt, le président du Comité Champs-Elysées, une association de commerçants de la plus belle avenue du monde. Le comité a la parole « rare », mais après « 35 journées perturbées » depuis le 17 novembre, il demande un rendez-vous auprès du Premier ministre.

Alors que les Champs-Elysées sont un « haut lieu » du mouvement des « gilets jaunes », on a peu entendu l’association de commerçants que vous représentez…

Nous avons eu des violences sur les Champs-Elysées le 1er décembre et nous en avons eu hier, le 16 mars. Pendant quatre mois, le Comité Champs-Élysées a pris la parole une fois, après les exactions de décembre. Nous expliquions que nous pouvions comprendre les aspirations du mouvement des « gilets jaunes », mais que nous leur demandions de ne pas prendre en otage les salariés, les riverains et les activités commerciales de l’avenue. Et ce matin, après quatre mois de silence, nous reprenons la parole.

Nous n’avons jamais mis d’huile sur le feu. Nous n’avons jamais alimenté les guerres et les conflits entre les uns et les autres. Nous avons été un agent modérateur dans ce conflit. Mais là, nous intervenons pour dire, ça suffit, c’est assez. On ne peut pas admettre que cette situation de destruction organisée se poursuive. Je veux insister sur la rareté notre parole durant toute cette période et donc sur son importance.

Quelle est l’étendue des dégâts de l’acte 18 des « gilets jaunes » sur les Champs-Elysées par rapport à ce qu’on a pu connaître en décembre, par exemple ?

Les dégâts visibles, c’est une cinquantaine de commerces touchés, 25 pillés et saccagés. Mais le dommage le plus important c’est d’abord ce qui pèse en permanence et de plus en plus sur la sécurité des riverains des Champs-Elysées. Vous avez 15.000 personnes qui travaillent tous les jours sur les Champs et une partie d’entre elles à peur. Vous vous rendez compte que des citoyens qui viennent travailler ont besoin d’être rassurés -sans d’ailleurs l’être- car les Champs-Elysées deviennent un lieu anxiogène ?

Et puis il y a un autre dommage. Un dommage immatériel : celui qui porte atteinte à l’image des Champs-Elysées. Les Champs-Elysées, c’est l’histoire de chaque Français, ils appartiennent à la mémoire collective. Tous ceux qui viennent à Paris vont sur les Champs-Elysées. On ne peut plus accepter que ce lieu mémoriel soit saccagé par quelques dizaines ou centaines d’abrutis qui fonctionnent en dehors des lois, pour simplement détruire et propager leur haine de tout ce qui les entoure.

Est-ce que vous estimez que le dispositif de sécurité était insuffisant, samedi ?

Ce que je sais, c’est que nous avons été prévenus par la préfecture de police de Paris qu’il y avait un risque de tension plus grande, que nous avons averti nos adhérents, qu’ils ont pris certaines mesures de précaution dont ils sont capables, c’est-à-dire de protéger avec des panneaux… Et que ça n’a pas suffi. J’entendais sur une chaîne, ce matin, des spécialistes de la sécurité qui disaient qu’en matière de guérilla urbaine il était très difficile d’agir donc, je ne sais pas.

Vous avez demandé un rendez-vous avec le Premier ministre, Edouard Philippe, pour quoi faire ?

Je veux lui expliquer l’état de colère et d’angoisse de nos adhérents. Insister sur la dangerosité de manifestations telles que celle que nous avons connue hier. Je pense que nous sommes partis dans une escalade qui ne peut pas être autorisée. Et lui demander donc de nous proposer, ainsi qu’aux Parisiens et aux visiteurs des Champs-Elysées, des mesures qui permettent de rétablir, rapidement, l’ordre républicain sur l’avenue.

Mais, donc, ce sont des mesures policières que vous demandez ?

Je suis un citoyen français qui fait un métier, je ne suis pas un spécialiste de la sécurité, ni de la guérilla urbaine. J’ai des questions que je vais poser avec une certaine fermeté, mais je ne sais pas quelle réponse politique on doit leur apporter.

Aujourd’hui, sur les Champs-Elysées, quelle est la situation ?

La situation a été en partie maîtrisée, car les services de la voirie de Paris ont nettoyé les trottoirs cette nuit. Mais en revanche, une cinquantaine de magasins sont éventrés, des vitrines sont cassées, des commerces sont fermés… C’est une situation inacceptable.