Grenoble: De nouvelles émeutes et «un sentiment de bavure policière» après le décès de deux jeunes à scooter

TENSIONS Une information judiciaire a beau avoir été ouverte ce dimanche, une nouvelle nuit d'émeutes a débuté à Grenoble, dans le quartier où vivaient les deux jeunes décédés à scooter la nuit précédente

J.Lau. avec AFP
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Les pompiers ont notamment été mobilisés dans le quartier Mistral de Grenoble, en raison de véhicules brûlés depuis samedi soir.
Les pompiers ont notamment été mobilisés dans le quartier Mistral de Grenoble, en raison de véhicules brûlés depuis samedi soir. — JEAN-PIERRE CLATOT / AFP
  • Deux jeunes de 17 et 19 ans sont décédés à scooter dans la nuit de samedi à Grenoble, alors qu’ils étaient poursuivis par la police.
  • Ce drame a entraîné des émeutes durant toute la nuit dans le quartier Mistral de Grenoble, où ils habitaient.
  • Ce dimanche est marqué par l’ouverture d’une information judiciaire, mais aussi par des tensions restant vives depuis le début de la soirée à Grenoble.

Grenoble ne semble pas sur le point de s’apaiser ce dimanche. Au lendemain du décès à scooter de deux jeunes de 17 et 19 ans, poursuivis par la police, les tensions restent toujours vives dans leur quartier Mistral. Après une première nuit d’émeutes, où une caserne de CRS a notamment été prise pour cible (aucune interpellation), les forces de l’ordre restaient mobilisées car l’appel au calme du maire écologiste de la ville Éric Piolle ne semble pas avoir d’effet. De nouveaux incidents, comme des incendies de véhicules et la dégradation de mobilier urbain sont en cours ce dimanche depuis 20 heures dans le quartier, indiquent les pompiers.

« Des jeunes du quartier ont vu ce qu’il s’est passé et ils ont le sentiment d’une bavure policière. C’est de là que vient toute cette tension », estime Hassen Bouzeghoub, directeur du centre socioculturel du quartier. D’après lui, la plus jeune des victimes était scolarisée au lycée et l’autre travaillait dans un commerce avec son père. Les deux ados étaient connus des services de police pour des faits de petite délinquance.

Le procureur a reçu « les pères, les oncles et une sœur des deux jeunes »

Une information judiciaire a été ouverte ce dimanche pour éclaircir les circonstances dans lesquelles les deux jeunes Grenoblois, qui circulaient sans casque sur un scooter de grosse cylindrée volé et dépourvu de plaques, ont trouvé la mort en percutant un car, tandis qu’un véhicule de la brigade anticriminalité les suivait. Le parquet évoque pour l’heure « un accident », alors que l’idée d’une « bavure » prévaut donc dans le quartier Mistral où vivaient les deux jeunes.

« Vous pouvez écrire que la police est responsable de leur mort », a lancé à un journaliste de l’AFP une proche des victimes, les yeux rougis, ce dimanche en début de soirée, en sortant du palais de justice de Grenoble, où le procureur Éric Vaillant a reçu « les pères, les oncles et une sœur des deux jeunes » durant plus d’une heure.

Les forces de l'ordre sont toujours mobilisées, ce dimanche, dans le quartier Mistral à Grenoble. JEAN-PIERRE CLATOT
Les forces de l'ordre sont toujours mobilisées, ce dimanche, dans le quartier Mistral à Grenoble. JEAN-PIERRE CLATOT - AFP

« Je ne vise aucune infraction commise par les uns ou les autres »

Lors d’une conférence de presse, le magistrat a écarté, en l’état d’une enquête « qui ne fait que débuter », tout choc entre le véhicule de la police qui suivait les deux jeunes et le scooter. « J’ouvre une information pour recherche des causes du décès. Je ne vise aucune infraction commise par les uns ou les autres », a-t-il insisté.

Les premières investigations s’appuient notamment sur les images d’une caméra de vidéosurveillance, qui montre la scène « de façon assez vague », et le témoignage du chauffeur de l’autocar qui transportait une équipe de football de l’agglomération. Le drame est survenu vers 22h30 autour d’un pont et d’une bretelle d’autoroute.

Une intervention des policiers « totalement justifiée » d’après le parquet

Ayant aperçu le scooter dans son rétroviseur, suivi d’un véhicule de police, le conducteur du bus, dont les tests d’alcoolémie et aux stupéfiants se sont avérés négatifs, affirme avoir serré à droite pour les laisser passer. A ce moment-là, les deux jeunes tentaient, eux, de le doubler par la droite et ils se sont retrouvés coincés contre le parapet, selon le procureur. Plus tôt dans la soirée, un scooter similaire avait été signalé pour des infractions routières, avant la course-poursuite fatale.

Pour les enquêteurs, il s’agit du même scooter, « mais le lien n’est pas encore totalement avéré ». Pour autant, l’intervention des policiers était « totalement justifiée », d’après le parquet. Ils n’auraient pas suivi les deux jeunes « s’ils n’avaient pas mis les autres usagers de la route en danger, en brûlant des feux rouges, en roulant sur le trottoir, et ce à vive allure ».