Marseille: «Nous travaillons pour qu'il n'y ait plus de règlement de comptes», vrai objectif ou «vœu pieux»?

TRAFIC DE STUPEFIANTS En 2018, le nombre de règlement de comptes est en hausse. Le préfet de police assure «travailler pour qu'il n'y en ait plus aucun»

Mathilde Ceilles

— 

Des investigations sur la scène d'un règlement de comptes (illustration).
Des investigations sur la scène d'un règlement de comptes (illustration). — A.-C. Poujoulat / AFP
  • Le nombre de règlement de comptes dans les Bouches-du-Rhône est en hausse
  • Il reste « dans la moyenne » des années précédentes selon le préfet de police.
  • Ce dernier affirme « travailler » pour qu’il n’y en ait plus.

Vingt-trois morts, dans 21 homicides. En 2018, dans les Bouches-du-Rhône, les règlements de comptes sont en hausse de 61,54 % par rapport à l’année 2017. « Toutefois, avec 26 faits et 29 morts en 2016, nous sommes sur la moyenne », estime le préfet de police Olivier de Mazières, qui présentait ce vendredi à la presse un bilan des forces de sécurité extérieure.

Nouveauté de ces derniers mois : de plus en plus de règlements de comptes se produisent hors de la cité phocéenne. « La part de Marseille continue de baisser, note Olivier de Mazières. Cela représente 11 faits et 12 morts en 2018. Cela doit nous interroger sur notre problématique de règlements de compte sur l’ensemble du département. »

« Un travail extrêmement complexe »

Une fois ce constat établi, et malgré les sept règlements de compte déjoués en 2018, une question se pose: Peut-on réellement endiguer ce phénomène ? Depuis des années en effet, à chaque bilan, les autorités marseillaises déplorent une vingtaine de règlements de compte dans le département. De quoi susciter la colère de la population, à l’image de la famille d’Engin Gunes, victime collatérale d’un règlement de comptes en 2018.

« On aimerait tous se réunir pour dire qu’il n’y a plus aucun trafic de stupéfiants à Marseille, affirme Olivier de Mazières. Nous travaillons pour qu’il n’y ait plus aucun règlement de comptes, mais c’est un travail extrêmement complexe. La lutte contre les stupéfiants reste la mère de toutes les batailles. Quand on démantèle des réseaux, cela crée nécessairement des appels d’air. On prend des risques de raviver des querelles de territoire entre bandes rivales. Mais ce n’est pas pour ça qu’il ne faut rien faire. » En 2018, 68 réseaux de trafic de stupéfiant ont été démantelés dans le département, contre 50 en 2017 selon les autorités.

« Un vœu pieux »

Pour autant, le préfet croit pouvoir atteindre cet objectif, citant l’exemple corse où il a fait ses classes. « Aujourd’hui, le nombre de règlements de compte en Corse est beaucoup plus faible qu’il y a quelques années. Donc à Marseille, ce n’est pas quelque chose d’inatteignable. Il y a le sujet des effectifs, mais aussi celui de la méthode. Or, nous avons mis en place un pilotage renforcé, et cela donne des résultats si probants qu’il a été exporté à d’autres villes. On ne lâche rien dans ce domaine. »

« Stopper les règlements de compte à Marseille, c’est un vœu pieux, souffle Jean-Marie Allemand, secrétaire général Alliance Police Méditerranée. En Corse, l’intérêt portait autour de racket, de lutte de pouvoirs, d’intérêt sur l’hôtellerie et le commerce. Pas la drogue. Le préfet se trompe ou il a une mémoire sélective. Il y a toujours eu des assassinats à Marseille, il y en aura avant lui, il y en aura après. Même Laurent Nunez, l’actuel secrétaire d’Etat à l’Intérieur, quand il était préfet de police ici, il n’a pas endigué le nombre de morts, avec toutes les compétences qui sont les siennes. »

« La police ne peut pas tout »

« Les chiffres de 2017 et 2018 sont les plus bas de la décennie, tempère Eric Arella, directeur de la police judiciaire marseillaise. Devant cette baisse, nous devons toutefois rester prudents. Et la police ne peut pas tout. Notre mission, c’est de faire de la répression, alors qu’on est face à un phénomène de société. »

« Il y a de tels enjeux financiers autour du trafic de drogue, abonde Bruno Bartocetti, responsable régional de l’unité SGP police FO. Dans les trente cités de Marseille, le trafic de drogue génère 20.000 euros par jour de chiffres d’affaires. Il y a un travail sociétal à faire. Tout repose sur les épaules de la police, alors que c’est un travail de tous les acteurs, notamment sociaux. Il faut un travail de prévention dans ces quartiers. » Deux personnes sont mortes dans deux règlements de compte depuis le début de l’année dans les Bouches-du-Rhône.

​​​​