Un street medic et un «gilet jaune» à Paris, le 2 février 2019.
Un street medic et un «gilet jaune» à Paris, le 2 février 2019. — Francois Mori/AP/SIPA

FAKE OFF

Des gendarmes ont-ils visé des street medics avec du gaz lacrymogène à Metz?

Une vidéo virale montre des street medics recevoir un tir de gaz lacrymogène des forces de l'ordre alors qu'ils soignent un blessé à Metz (Moselle)

  • Sur Facebook, une vidéo virale filmée montre des street medics recevoir un tir de gaz lacrymogène des forces de l'ordre alors qu'ils soignent un « gilet jaune ».
  • Cette scène s'est déroulée à Metz (Moselle) pendant l'acte 13 de la mobilisation.
  • 20 Minutes revient sur le déroulé des évènements.

Rassemblés autour d’un « gilet jaune » blessé à la tête, des street medics s’affairent pour le soigner lorsqu’un tir soudain de gaz lacrymogène provoque un mouvement de panique au sein du groupe. Ses membres se dispersent alors en criant « Y a un blessé ! », dans l’espoir d’être entendu, depuis le pont voisin, par les forces de l’ordre à l’origine de ce coup.

« Des street medics (en train de soigner un blessé) volontairement gazés par les milices [de] Castaner ! » affirme, en légende de cette vidéo visionnée plus de 24.000 fois, la page Facebook « Dégageons Macron ».

Cette scène, filmée à Metz (Moselle) le 9 février, pendant l’acte 13 des « gilets jaunes », a d’abord été diffusée sur le compte d’un « gilet jaune » local, qui l’avait accompagné d’une légende factuelle : « ACTE XIII Metz [des] street medics se font gazer pendant qu’ils soignaient un blessé »

FAKE OFF

Contactée par 20 Minutes, Amélie, l’une des street medics présentes à ce moment-là, raconte les faits qui se sont déroulés en fin d’après-midi rue Paul-Tornow, juste devant le pont menant à la préfecture de la Moselle : « La situation s’était tendue, on se tenait sur les côtés, et un manifestant est arrivé avec une plaie au-dessus du crâne. On s’est mis près d’un banc et c’est là que ça a commencé à canarder, il y a eu plusieurs tirs. »

« Dans le mouvement de foule, tout le monde s’est dispersé, l’un de nos street medics s’est senti très mal, il est allé voir la colonne de gendarmes [positionnée sur le pont], et l’un d’eux lui a donné du décontaminant », précise-t-elle.

« Les forces de l’ordre nous ont obligé à retirer notre matériel de protection »

Loïc Stevenin, responsable des Street medics 54 Pays Haut, complète : « [L’équipe] était en renfort sur un blessé léger au niveau du crâne qui était géré par des street medics des Vosges quand elle a reçu du gaz lacrymogène des gendarmes.

« Je ne sais pas s’ils ont interprété à ce moment-là ce noyau de personnes comme un groupe hostile mais au début de la manifestation, les forces de l’ordre nous ont obligé à retirer tout notre matériel de protection (masque, casque, lunettes), en expliquant que c’était interdit, » déplore l’infirmier urgentiste.

Yann, référent du Groupe de secours en milieu hostile (GSMH) local, estime que les street medics auraient dû privilégier un abri pour intervenir : « L’équipe aurait pu se réfugier sur sa gauche dans une arche menant sur une autre rue et ainsi se retrouver à l’abri. Elle a décidé de faire les soins sur place, en s’exposant, sachant qu’elle se trouvait entre les forces de l’ordre et un groupe de "gilets jaunes". »

Une vidéo tournée depuis l’autre côté du pont permet en effet d’observer la proximité d’une foule de « gilets jaunes » avec les street medics (à 2'39'' notamment), les deux groupes étant quasiment collés.

« Ce n’est pas normal d’être gazé »

« On aurait dû évacuer la victime mais les saignements étaient importants » nuance Loïc, tout en précisant : « On a discuté avec les gendarmes avant, il n’y a pas de souci avec eux, l’un des street medics a pu obtenir du décontaminant auprès d’eux. Ils connaissent notre travail, on sert même souvent de porte-parole entre les forces de l’ordre et les "gilets jaunes" mais ce n’est pas normal d’être gazé. »

« La vidéo fait scandale parce qu’on dit que les forces de l’ordre ont "tiré sur les street medics" mais à mon sens ils n’étaient pas visés, elles devaient cibler les manifestants derrière. C’est un risque qu’on encourt pendant les manifestations, nous n’avons pas de statut spécial », poursuit Yann, tout en soulignant : « Ca n’excuse pas le comportement des forces de l’ordre si jamais le tir était volontaire ».

Contactée par 20 Minutes, la gendarmerie nationale précise : « 53 gendarmes mobiles ont été déployés près de la préfecture de Metz samedi dernier, pour défendre le bâtiment ».

« Près de 2.000 manifestants dont quelques dizaines particulièrement virulents se sont dirigés vers la préfecture. Les manifestants les plus virulents ont lancé des engins explosifs artisanaux sur les gendarmes. La vitrine d’une banque et un distributeur de billets ont été détériorés, […] une grille d’avaloir, des pavés et des panneaux de signalisation ont été arrachés et un horodateur mis hors service. […] Le contexte était donc particulièrement compliqué et les forces de l’ordre ont dû faire usage de grenades lacrymogènes », ajoute la gendarmerie nationale, précisant que quatre gendarmes ont été blessés, deux véhicules dégradés, et que sept interpellations ont eu lieu.

« On était au premier ban, on a fait au mieux », conclut pour sa part Amélie, alors que les street medics de Moselle ont depuis réalisé un retour d’expérience en interne pour inciter ses membres à se mettre à l’abri dans ce genre de situation.

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