Rueil-Malmaison: Trois femmes accusées de harcèlement par l'homme dont elles ont dénoncé le sexisme

PLAINTE Après avoir dénoncé sur les réseaux la pancarte sexiste d’un restaurateur de Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine), trois femmes ont été convoquées par la police. L’homme aurait porté plainte pour harcèlement

M.F

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La photo de la pancarte du restaurateur de Rueil-Malmaison accusé de sexisme et de banaliser le viol.
La photo de la pancarte du restaurateur de Rueil-Malmaison accusé de sexisme et de banaliser le viol. — Capture Twitter
  • Le 24 janvier des femmes ont partagé sur les réseaux la pancarte d’un restaurateur avec un message incitant à utiliser du GHB pour séduire les femmes.
  • Victime d’un bad buzz, le gérant a décidé de porter plainte pour harcèlement contre les femmes.

Pour leur avocate, « c’est le monde à l’envers ! ». Jeudi 7 février, trois femmes ont été convoquées par la police, visées par une plainte pour harcèlement, rapporte dans un communiqué la Force juridique de la Fondation des femmes. La raison ? Au mois de janvier, ces dernières ont dénoncé sur les réseaux sociaux les « agissements sexistes » d’un restaurateur de Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine). C’est ce dernier qui les attaque en retour aujourd’hui.

Antoine F., détenteur du bistrot Le Richelieu, a pour habitude de publier des messages à caractère humoristique sur la pancarte située dans la rue devant son enseigne et d’en publier la photo sur un groupe Facebook. Le 24 janvier dernier, les propos de l’une d’entre elles ont particulièrement choqué certaines internautes qui ont décidé de partager la photo sur Twitter. « Mon secret de séduction tient en trois mots : Gentillesse, Humour, Bagou. Si ça marche pas ? Je me contente des premières lettres… », peut-on lire sur l’ardoise. Les trois premières lettres forment le mot GHB, aussi appelé la drogue du violeur.

« C’est un moyen de mettre la pression »

Une « blague » qui n’a pas fait rire tout le monde. Sur le groupe Facebook de Rueil-Malmaison, le restaurateur a assuré qu’après ce tweet, il a reçu des commentaires désobligeants, que la note de son restaurant a chuté sur Google et qu’il a été pris à partie dans la rue. « Il a alors contacté une des trois femmes en la menaçant de porter plainte si elle ne retirait pas son tweet », explique à 20 Minutes Sophie Soubiran, avocate au bureau de Paris et membre de la Force juridique de la Fondation des femmes. Menace qu’il a finalement appliquée.

Dans son communiqué, la Fondation des Femmes dénonce « le détournement des délits de harcèlement ou de dénonciation calomnieuse en instruments de pression, de vengeance ou de dissuasion à l’encontre des victimes ou des lanceuses d’alerte féministes ». « C’est un moyen de mettre la pression, une façon de dire “moi aussi je t’attaque”, explique l’avocate. Cela multiplie les fronts de procédure, les femmes sont alors obligées de payer des frais d’avocats. »

« Il y a une différence de traitement »

S’il n’est pas question pour l’avocate d’interdire aux personnes attaquées de déposer ce genre de plainte, il existe cependant un problème dans le traitement de ces plaintes par la justice et la police. « J’ai une cliente victime de violences conjugales qui a porté plainte il y a un mois et demi. Son mari n’a toujours pas été convoqué par la police. Ce restaurateur a porté plainte et en une semaine mes trois clientes étaient convoquées au poste. Il y a une différence de traitement et une utilisation du droit comme un moyen de faire taire les gens. »

L’avocate au barreau de Paris rappelle également que les propos écrits par le restaurateur constituent un délit selon l’article 24 de la loi de 1981. C’est pour cette raison que le Collectif féministe contre le viol a annoncé le 7 février qu’il allait porter plainte pour « provocation à commettre une infraction ». « Mettre du GHB dans un verre c’est une infraction et cela va plus loin puisque c’est utiliser pour violer », souligne l’avocate.