VIDEO. Incendie à Paris: L'inquiétant profil psychiatrique de la suspecte

ENQUETE Lors d’une conférence de presse, le procureur de la République de Paris, Rémy Heitz, a détaillé le profil d’Essia B., suspectée d’avoir incendié son immeuble du 16e arrondissement

Thibaut Chevillard

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Au moins dix personnes sont mortes et une autre a été grièvement blessée dans cet incendie d'origine probablement criminelle
Au moins dix personnes sont mortes et une autre a été grièvement blessée dans cet incendie d'origine probablement criminelle — B. MOSER/SPP/SIPA
  • Au moins dix personnes sont mortes et une trentaine d’autres ont été blessées dans l’incendie d’un immeuble, dans le 16e arrondissement de Paris.
  • Essia B. 40 ans, a été arrêtée dans la rue alors que le feu ravageait le bâtiment.
  • Selon le procureur de la République de Paris, la suspecte présente un profil psychiatrique inquiétant.

Le 30 janvier dernier, Essia B. sortait de l’hôpital psychiatrique Sainte-Anne. A 40 ans, elle y a déjà fait 13 séjours depuis 2009. Cette fois, elle a été hospitalisée durant douze jours, avant d’être autorisée à sortir sur décision médicale. Moins d’une semaine plus tard, elle est suspectée d’avoir mis le feu à son immeuble du 16e arrondissement de Paris après s’être disputée avec un voisin. Le bilan est dramatique : au moins dix personnes sont décédées, 96 autres ont été blessées dont huit pompiers, a indiqué ce mercredi le procureur de la République de Paris, Rémi Heitz, lors d’une conférence de presse. « Une personne est toujours en urgence absolue », a-t-il précisé.

Essia B., elle, a été interpellée par la police, rue de Géricault, alors qu’elle avait incendié des poubelles et qu’elle tentait de mettre le feu à un véhicule. Les policiers font le lien avec l’incendie qui ravage le bâtiment un peu plus loin. « En état d’ébriété avec un taux d’alcool de 0,52 mg par litre d’air expiré, elle était placée en dégrisement et en garde à vue », poursuit le magistrat. Devant les enquêteurs, elle a tenu des propos « confus » et a assuré ne pas être l’incendiaire de la rue Erlanger. Sa garde à vue a dû être suspendue car incompatible avec « sa santé mentale ». Elle a été admise, mardi après-midi, à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police.

Impliquée dans « deux procédures en 2016 ».

« Si son état de santé n’évolue pas, elle pourra faire l’objet, sur décision du préfet de police, d’une mesure d’hospitalisation d’office », explique Rémi Heitz. « Il reviendra ensuite à des experts psychiatres désignés dans le cadre d’une information judiciaire qui sera ouverte en début de semaine prochaine d’indiquer si le discernement de cette femme était ou non altéré ou aboli au moment de la commission des faits qui lui sont reprochés », fait savoir le magistrat. Le procureur de la République de Paris précise que, si la suspecte n’a jamais été condamnée par la justice, elle a été impliquée dans « deux procédures en 2016 ».

L’une concernait « un vol précédé de dégradations, en l’occurrence la mise à feu de vêtements dans un magasin », l’autre des faits de violence. Ces affaires avaient été classées par le parquet de Paris en raison de « l’état mental de la mise en cause ». Le soir du drame, un peu après minuit, la suspecte a jeté une bouteille en direction de son voisin de palier, un pompier qui lui demandait de « respecter le voisinage en faisant moins de bruit ». Ce dernier a appelé les policiers qui se sont rendus sur place quelques minutes plus tard. Devant eux, elle tient des « propos confus ou décousus ». Mais ils repartent sans l’interpeller après « s’être assurés qu’elle était rentrée chez elle calmement ».

« Toi qui aimes les flammes, ça va te faire tout drôle »

Dans le hall, elle croise son voisin « qui avait quitté l’immeuble pour éviter toute nouvelle difficulté », et lui lance froidement : « Regarde-moi dans les yeux. Toi qui aimes les flammes, ça va te faire tout drôle quand tout va exploser ! » Il remonte dans les étages et « constate qu’il y a un important voile de fumée et une odeur typique de celle d’un incendie ». A 0h44, les pompiers, prévenus par une autre habitante, arrivent enfin. L’intervention est très compliquée, les flammes ravagent l’édifice. Ce mercredi, le procureur de la République n’était pas en mesure d’indiquer « s’il y a eu un seul ou plusieurs départs de feu », l’immeuble venant seulement d’être sécurisé.

Par ailleurs, une cellule d’identification des victimes a été installée à l’institut médico légal de Paris. Six corps ont déjà été reconnus. Une cellule d’urgence médico-psychologique a été mise en place au sein de la mairie de l’arrondissement. En parallèle, l’enquête ouverte par le parquet pour « destruction d’un bien appartenant à autrui par l’effet d’une substance incendiaire ayant entraîné la mort et des blessures », confiée au 1er district de police judiciaire, se poursuit. « Des expertises effectuées par le laboratoire central de la préfecture de police sont en cours afin de déterminer les circonstances exactes de l’incendie et son développement », conclut le procureur.