VIDEO. Strasbourg: Que sait-on de l'attentat qui a fait deux morts?

TERRORISME Le bilan provisoire est de deux morts et 12 blessés. Une victime est en état de mort cérébrale. Le tireur, qui a pris la fuite, a été identifié…

Thibaut Chevillard

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Un homme a ouvert le feu, mardi soir, dans le centre ville de Strasbourg
Un homme a ouvert le feu, mardi soir, dans le centre ville de Strasbourg — FRANÇOIS D'ASTIER / AFP
  • Un homme a ouvert le feu, mardi soir, en plein centre-ville de Strasbourg.
  • Le bilan provisoire fait état de deux morts, et de 12 blessés, dont six dans un état grave. Une victime est en état de mort cérébrale.
  • Le suspect est un individu de 29 ans, fiché S, également connu pour des affaires de droit commun.

L’horreur à Strasbourg. Un homme a ouvert le feu à plusieurs reprises sur la foule, mardi soir, dans l’enceinte du marché de Noël. Le bilan provisoire est déjà très lourd. Deux personnes ont perdu la vie et 12 autres ont été blessées, dont six grièvement. Une victime est en état de mort cérébrale. Le suspect, un homme de 29 ans fiché S, a pris la fuite. Il est activement recherché par les forces de l’ordre. 20 Minutes fait le point.

Que s’est-il passé ?

Un peu avant 20 heures, un individu armé est entré dans le périmètre du marché de Noël par le pont du Corbeau en se dirigeant vers la rue des Orfèvres. Soudain, il a ouvert le feu sur la foule en criant « Allahou Akbar », a indiqué ce mercredi midi le procureur de la République de Paris, Rémy Heitz, lors d’une conférence de presse. Plusieurs personnes ont été touchées.

Des soldats de l’opération Sentinelle, qui sécurisaient l’événement, ont alors riposté. Malgré l’intervention des militaires, le tireur est parvenu à prendre la fuite. Blessé au bras, il est monté dans « un taxi qui l’a déposé dans le quartier du Neudorf dix minutes plus tard », a poursuivi le magistrat. Le tireur, qui avait en sa possession une arme de poing et un couteau, a raconté au chauffeur avoir tué « une dizaine de personnes ». Après de nouveaux échanges de tirs avec les policiers, il échappe une nouvelle fois aux forces de l'ordre. 

Quel est le bilan ?

Deux personnes sont décédées et 12 autres ont été blessées. Parmi ces dernières, six se trouvent en état d’urgence absolue, selon le procureur de la République de Paris. En outre, une personne est en état de mort cérébrale. Les blessés ont été évacués vers le centre hospitalier de la ville.

Qui est l’assaillant ?

Un suspect a très vite été identifié. Selon nos informations, il s’agit d’un Strasbourgeois de 29 ans, né en février 1989, fiché S (pour sûreté de l’Etat) en raison de sa radicalisation. Cherif Chekatt est aussi « très défavorablement connu » pour des affaires de droit commun, a précisé Christophe Castaner, le ministre de l’Intérieur, lors d’une conférence de presse. Il a été condamné en France, mais aussi en Allemagne, principalement pour des affaires de vol et de violence. Son casier judiciaire supporte 27 condamnations.

Toujours selon nos informations, les gendarmes de Strasbourg, accompagnés par des agents de la DGSI, devaient l’interpeller, tôt ce mardi matin, dans le cadre d’une affaire de droit commun : une « tentative d’homicide » lors d’un braquage. Mais Cherif Chekatt n’était pas chez lui au moment de cette opération. Lors de la perquisition de son domicile, les enquêteurs ont retrouvé des armes : « une grenade défensive, une carabine 22 long rifle, quatre couteaux dont deux couteaux de chasse », a détaillé Rémy Heitz. Est-ce cette visite des gendarmes qui a précipité son périple meurtrier ?

Comment s’organise sa traque ?

Plus de 700 policiers et gendarmes se sont lancés dans cette chasse à l’homme hors norme. Dans le détail, une centaine d’enquêteurs de la Sdat (sous-direction antiterroriste) de la police judiciaire, de la direction interrégionale de la police judiciaire de Strasbourg et de la DGSI, épaulés par les agents du Raid de la BRI et des militaires de la force Sentinelle, sont à ses trousses. Dans leur traque, ils peuvent compter sur l’aide de deux hélicoptères de la gendarmerie. La ville est quadrillée, notamment le quartier du Neudorf.

« Plusieurs perquisitions ont été réalisées cette nuit dans des lieux que celui-ci est susceptible de fréquenter », a également indiqué le procureur de la République de Paris. Quatre proches du suspect ont été placés en garde à vue. Selons une source proche du dossier, il s’agit de ses deux frères, de son père et de sa mère.

S’agit-il d’un attentat terroriste ?

Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour « assassinats, tentatives d’assassinats en relation avec une donc entreprise terroriste et association de malfaiteurs terroriste criminelle ». « Au regard du lieu ciblé, du mode opératoire de l’assaillant, de son profil et des témoignages recueillis », la piste terroriste est privilégiée, a souligné Rémy Heitz. Le suspect, qui avait été incarcéré plusieurs fois, est « connu de l’administration pénitentiaire pour sa radicalisation et son prosélytisme », a précise le procureur de Paris.

Selon une source proche des services de renseignement, il était étroitement surveillé par la DGSI depuis sa sortie de détention, en 2015. En prison, il « incitait à la pratique de la religion sous une forme radicale », a expliqué le secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, sur France Inter. Cherif Chekatt était inscrit au FSPRT (Fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste) et faisait l'objet d'une fiche S depuis mai 2016. « Aucun signe avant coureur de passage à l'acte » n'avait été détecté, affirme à 20 Minutes une source proche du renseignement intérieur.

Afin « d’éviter tout risque de mimétisme », les contrôles sur les marchés de Noël vont être « renforcés », a expliqué Christophe Castaner. « Nous sommes actuellement en France en posture vigipirate renforcée, le gouvernement vient de décider de passer en urgence attentat, avec la mise en place de contrôles renforcés aux frontières », a ajouté le ministre de l’Intérieur, dépêché en urgence par l’Elysée à Strasbourg.

Cette décision a été prise lors d’une réunion de crise qui s’est tenue un peu plus tôt au ministère de l’Intérieur, présidée par Emmanuel Macron, en présence du Premier ministre, Edouard Philippe, du secrétaire d’Etat à l’Intérieur, Laurent Nunez, et des ministres de la Santé et de la Défense, Agnès Buzyn et Florence Parly.

Quelles mesures vont être prises à Strasbourg ?

Mercredi sera « une journée de deuil en mémoire de victimes » de l’attentat, les drapeaux étant mis en berne et un registre de condoléances ouvert pour les Strasbourgeois. Le maire de Strasbourg a confié qu’il avait été décidé « de fermer le Marché de Noël » toute la journée, « pour l’instant ». « Les spectacles sont également annulés tout comme les manifestations à caractère festif » ce jour-là, a-t-il poursuivi.

Les enfants scolarisés dans les écoles élémentaires et maternelles de la ville n’auront pas cours, fait savoir l’Académie de Strasbourg sur Twitter. « Les parents qui le souhaitent peuvent garder leurs enfants à domicile », précise-t-elle. En revanche, « les enseignements seront assurés dans tous les collèges et lycées ».