Dégradations de l’arc de Triomphe, vol de fusil d’assaut, viol... Comment sont menées les investigations après la journée de samedi?

«GILETS JAUNES» Une vingtaine d’enquêtes a été confiée à la PJ parisienne en marge des débordements des « gilets jaunes » samedi dans la capitale…

Caroline Politi

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La reproduction de Marianne endommagée dans l'arc de Triomphe.
La reproduction de Marianne endommagée dans l'arc de Triomphe. — Kamil Zihnioglu/AP/SIPA
  • La PJ est en charge d’une vingtaine d’enquêtes pour les faits les plus graves commis en marge des manifestations des « gilets jaunes ».
  • Les investigations peuvent être longues et sont fastidieuses.

Son visage à demi explosé est devenu le symbole des dégradations de samedi. Et qu’importe que le buste de Marianne vandalisé dans l’Arc de Triomphe ne soit qu’un moulage, il illustre les débordements qu’a connus la capitale en marge de la dernière manifestation des gilets jaunes. « Des violences d’une gravité exceptionnelle », a reconnu dimanche soir le préfet de police Michel Delpuech. Et des chiffres qui donnent le tournis : 412 interpellations, 363 gardes à vue, dont 32 mineurs et au moins 57 comparutions immédiates rien qu’à Paris ce lundi.

Un bilan qui pourrait encore s’alourdir dans les semaines à venir. Car, au-delà des affaires de flagrance, la PJ parisienne a été chargée des investigations pour les faits les plus graves. « Des enquêtes au long cours se poursuivent pour mettre au jour des infractions commises, grâce notamment à la vidéo », a indiqué dès dimanche soir le nouveau procureur de Paris, Rémy Heitz, lors d’une conférence de presse.

Une vingtaine d’enquêtes en cours

Selon nos informations, une vingtaine d’enquêtes ont été confiées dès ce week-end à différents services de la police judiciaire, contre seulement deux la semaine dernière (les dégradations d’un magasin Dior dont le préjudice est estimé à 1,5 million d’euros et d’un magasin Givenchy). Le premier district de police judiciaire (DPJ) enquête notamment sur le viol d’une jeune femme de 23 ans dans un fast-food de la rue de Rivoli. Selon une source proche du dossier, la victime, membre des « gilets jaunes », accuse un homme faisant partie de son groupe de l’avoir forcée à lui faire une fellation. Le suspect, originaire de Seine-et-Marne, est actuellement en garde à vue.

Mais l’essentiel des investigations concerne les dégradations et les vols commis lors des violences. La BRB enquête ainsi sur la mise à sac d’un magasin Chanel sur la rue Saint-Honoré ainsi que sur les dégradations aux Tuileries qui ont conduit à faire un blessé grave. Le 1er DPJ, outre l’enquête sur le viol, s’est vu confier les investigations sur le vol, dans une voiture de police, d’un fusil d’assaut et les détériorations de l’arc de Triomphe.

« Pour certains ce sera plus simple parce qu’ils apparaissent tête nue »​

Pour identifier les auteurs, les images des caméras de vidéosurveillance vont être décortiquées image par image. Les reportages de presse ainsi que les films devenus viraux sur les réseaux sociaux vont également être analysés par les enquêteurs. Sur de nombreuses images, on aperçoit des participants à visage découvert. « Évidemment, pour certains ce sera plus simple parce qu’ils apparaissent tête nue, mais on travaille aussi sur ceux qui étaient masqués et qui sont a priori les plus aguerris », précise une source proche du dossier.

Lorsque le visage est entièrement masqué, les enquêteurs cherchent à mettre en lumière des signes distinctifs, qu’ils soient physiques ou vestimentaires. Ceux-ci vont ensuite être recoupés sur des images plus nettes prises, par exemple, sur des caméras de surveillance un peu plus loin de la zone.

La police scientifique mobilisée

A cette exploitation vidéo, s’ajoute le travail de la police technique et scientifique. De nombreux prélèvements ont été faits ce week-end notamment sur le site de l’arc de Triomphe, les Tuileries ou autour de la voiture de police dans laquelle un fusil d’assaut a été dérobé. Des recherches d’ADN ou d’empreintes digitales ont été effectuées. « On cherche également à voir si des effets personnels n’ont pas été oubliés sur place. Parfois, on retrouve également des traces sur des armes par destination », poursuit une source au sein de la PJ parisienne.

Ces pistes pourront enfin être recoupées par l’étude de la téléphonie qui permet notamment de dire si le téléphone d’un individu a « borné » dans la zone. Car la grande difficulté dans ce genre d’affaire n’est pas seulement de découvrir que la personne était sur place mais également de déterminer précisément quel a été son rôle lors des violences, condition sine qua non à toute procédure judiciaire : y a-t-elle directement pris part ? Les a-t-elle encouragées ? Y a-t-elle seulement assisté sans intervenir ? « Ce type d’enquête est souvent long et difficile, le travail de recoupement peut prendre des semaines ou des mois », précise cette source.