Affaire Grégory: «Murielle Bolle est libérée d'un poids», affirme son avocat

JUSTICE Le Conseil constitutionnel a estimé que la garde à vue de Murielle Bolle en 1984 s’était déroulée dans des conditions non conformes à la Constitution. Une décision lourde de sens pour la suite de l’affaire…

Thibaut Chevillard

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Murielle Bolle (à gauche) sortant du tribunal en octobre 1989.
Murielle Bolle (à gauche) sortant du tribunal en octobre 1989. — BENGUIGUI/SIPA
  • Le petit Grégory, 4 ans, a été découvert mort en 1984.
  • Murielle Bolle avait accusé Bernard Laroche avant de se rétracter en 1984.
  • L’an dernier, elle a été mise en examen pour complicité d’enlèvement du garçonnet. Une mise en examen qui a depuis été annulée.
  • Elle tente également de faire annuler sa garde à vue de 1984.

« Murielle Bolle est libérée d’un poids ». La belle-sœur de Bernard Laroche, aujourd’hui âgée de 49 ans, « a accueilli avec une grande satisfaction la décision rendue ce vendredi » par le Conseil constitutionnel, confie à 20 Minutes l’un de ses avocats, maître Jean-Paul Teissonnière. Les sages ont en effet estimé que la garde à vue de sa cliente, interrogée par les gendarmes en 1984 dans l' affaire Grégory, s’était déroulée dans des conditions non conformes à la Constitution. Une décision qui « augure de bonnes choses pour la suite », complète maître Emmanuel Piwnica, qui la défend également.

Agée à l’époque de 15 ans, Murielle Bolle avait été placée en garde à vue les 2 et 3 novembre 1984. Seule devant les gendarmes, sans ses parents ni avocat, elle avait accusé son beau-frère, Bernard Laroche, d’avoir enlevé en sa présence le petit garçon qui avait été retrouvé mains et pieds attachés dans la Vologne, une rivière des Vosges, le 16 octobre précédent. Elle s’était ensuite rétractée, affirmant que les enquêteurs lui avaient extirpé ses aveux. Une volte-face qui reste au cœur de cette affaire criminelle, 34 ans plus tard. Estimant que ses droits fondamentaux avaient été bafoués, elle tente depuis de faire annuler sa garde à vue.

« Une victoire d’étape »

Sa défense avait ainsi déposé une QPC (question prioritaire de constitutionnalité) portant sur les conditions de sa garde à vue, que la chambre de l’instruction de Dijon avait rejeté en mars 2018. Ses avocats avaient alors décidé de se pourvoir en cassation en mai dernier. Selon eux, Murielle Bolle aurait dû être assistée d’un avocat dès la première heure de sa garde à vue et se voir notifier le droit au silence, ce que ne prévoyait pas la loi à l’époque. Ce vendredi, le Conseil constitutionnel leur a donné raison.

Les Sages se sont penchés sur l’ordonnance du 2 février 1945 relative à l’enfance délinquante, qui régissait à l’époque le traitement judiciaire des mineurs. Ils ont estimé que les dispositions de ce texte, tel qu’il était rédigé en 1984, ne prévoyaient pas de « garanties suffisantes propres à assurer le respect des droits des personnes placées en garde à vue, notamment lorsqu’elles sont mineures ». « C’est une grande satisfaction, une victoire d’étape », souligne maître Emmanuel Piwnica. La Cour de cassation devra, en janvier prochain, « apprécier les conséquences » de cette décision, poursuivent les Sages dans leur communiqué.

« Les parents de Grégory ressentent de la tristesse »

La justice pénale pourrait en effet être amenée à rayer du dossier toute mention des déclarations faites devant les gendarmes. Ce qui affaiblirait un dossier déjà marqué par d’innombrables irrégularités. « Les parents de Grégory ressentent aujourd’hui de la tristesse car ils veulent la vérité sur l’assassinat de leur fils et ils rencontrent beaucoup de vicissitudes sur leur chemin depuis le début de l’affaire », déclare à 20 Minutes leur avocate, maître Marie-Christine Chastant-Morand. « C’est une déception, une grosse déception », nous indique maître Thierry Moser, l’avocat historique des époux Villemin.

Une question subsiste : en 1984, Murielle Bolle avait réitéré ses propos devant le juge d’instruction. Le témoignage qu’elle a livré au magistrat sera-t-il lui aussi concerné par la décision de la Cour de cassation ? « C’est un débat juridique un peu compliqué », souffle maître Teissonnière. « Juridiquement, tout ça se discute », poursuit-il. Mais selon lui, « la totalité » des déclarations de sa cliente devrait être « annulée ». En attendant cette nouvelle étape judiciaire, Murielle Bolle a confié au Parisien profiter de la situation : « Peut-être enfin ma vie va changer. »