VIDEO. Mort de Maggy Biskupski: «Elle s’est battue pour nous, elle a risqué sa carrière», témoigne un policier

POLICE La présidente de l’association MPC (Mobilisation des policiers en colère), retrouvée morte lundi à son domicile, avait consacré ces deux dernières années à la défense de ses collègues…

Thibaut Chevillard

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Maggy Biskupski (au centre) lors d'une manifestation en décembre 2016
Maggy Biskupski (au centre) lors d'une manifestation en décembre 2016 — Bertrand Guay / AFP
  • Maggy Biskupski a été retrouvée morte, lundi, à son domicile de Carrière-sous-Poissy, dans les Yvelines.
  • Selon les premiers éléments de l’enquête, cette gardienne de la paix de 36 ans se serait suicidée.
  • Depuis deux ans, elle était la présidente de l’association Mobilisation des policiers en colère et dénonçait le manque de moyens et les mauvaises conditions de travail des fonctionnaires dans les médias.

« C’était une femme exceptionnelle. » Au téléphone Pierre*, un policier travaillant au sein de la direction centrale de la sécurité publique, a du mal à cacher son émotion lorsqu’il évoque avec nous Maggy Biskupski. La présidente de l’association MPC (Mobilisation des policier en colère), dont il fait partie depuis plus d’un an, a été retrouvée morte, lundi, à son domicile de Carrière-sous-Poissy, dans les Yvelines. Une enquête en recherche des causes de la mort a été ouverte par le parquet de Versailles, indique à 20 Minutes une source judiciaire. Elle a été confiée à la sûreté départementale des Yvelines.

Selon les premiers éléments de l’enquête, cette gardienne de la paix âgée de 36 ans, affectée au sein d’une brigade anticriminalité, s’est tiré une balle dans la tête avec son arme de service. Elle a laissé une lettre expliquant son geste. Plusieurs médias, comme BFM TV ou Le Parisien, indiquent qu’elle avait récemment envoyé des messages à ses proches pour leur faire part de problèmes au sein de l’association. « Il y a eu des petits conflits de gestion au sein du bureau », reconnaît Georges* un autre membre du MPC contacté par 20 Minutes. « Mais elle venait de les gérer », assure-t-il.

Le visage du malaise policier dans les médias

L’association MPC avait été fondée en novembre 2016, un mois après la violente agression dont avaient été victimes quatre policiers, à Viry-Chatillon, dans l’Essonne. Deux d’entre eux avaient été gravement blessés après que leur véhicule a été la cible d’un jet de cocktail Molotov. Une attaque qui avait déclenché une mobilisation spontanée de policiers, d’une ampleur inédite. Les mois qui ont suivi, les fonctionnaires ont multiplié les manifestations un peu partout en France, organisées grâce aux réseaux sociaux et sans l’aide des syndicats. Malgré son devoir de réserve, Maggy Biskupski avait pris la tête de l'organisation qui se veut apolitique et asyndicale.

Depuis, son visage était devenu, dans les médias, celui du malaise policier. Durant deux ans, la jeune femme a multiplié les apparitions sur les plateaux télé pour dénoncer les mauvaises conditions de travail, le manque de moyens alloués aux policiers et la haine anti-flics. Elle était notamment sur le plateau de Salut les terriens, l’émission de Thierry Ardisson, lorsque l’écrivain Yann Moix a reproché aux agents de « chier dans (leur) froc » et de se « victimiser ». Elle avait ensuite demandé au ministre de l’Intérieur de l’époque, Gérard Collomb, de déposer plainte. Ce qu'il a fait.

« Elle s’est battue pour nous »

Son implication au sein de l’association lui avait valu d’être visée, avec trois autres fonctionnaires, par une procédure de l’IGPN (Inspection générale de la police nationale). « On est arrivés à un point où nous flics, nous ne nous sentons plus utiles. Alors quand je suis reçue à l’IGPN, je garde le cap », expliquait-elle sur France 5 en janvier dernier, soulignant qu’elle se sentait « fière » du combat qu’elle menait. « Toutes les pressions qu’elle a subies de la part de sa hiérarchie, l’enquête de l’IGPN, beaucoup de collègues auraient lâché l’affaire. Elle, elle s’est battue pour nous, elle a risqué sa carrière », souligne Pierre.

Sur la page Facebook de l'association, les autres membres lui ont rendu, ce mardi, hommage. « Quelles que soient les raisons qui ont poussé notre présidente, notre amie, à ce geste irréversible, nous pensons à elle et à son immense dévouement », ont-ils écrit, « le cœur lourd ». Selon les chiffres communiqués ce mardi par la police nationale, 51 policiers se sont suicidés en 2017. Depuis janvier 2018, on en compte 30 alors qu’à la même époque en 2017 on en dénombrait 46. Dans une vidéo postée sur le site du MPC, fin 2016, Maggy Biskupski dénonçait l’inaction du gouvernement sur ce sujet : « Quand on voit le taux de suicide dans notre profession, rien n’est fait pour ça. »

En mai dernier, le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, avait présenté une salve de mesures destinées à stopper cette sinistre épidémie qui frappe également les gendarmes. Avant lui, Bernard Cazeneuve avait également tenté de saisir le sujet à bras-le-corps en lançant, en 2014, un plan comprenant 23 mesures. Pierre, comme de nombreux policiers, est très affecté par la mort de Maggy Biskupski. « C’est le énième suicide dans les rangs de la police cette année. Mais cette fois, il y a un visage que tout le monde connaît. C’est pour cela qu’une grande majorité de collègues est marquée. »

* Les prénoms ont été changés.