VIDEO. Immeubles effondrés à Marseille: Pourquoi les opérations de secours sont-elles si difficiles?

REPORTAGE Deux immeubles se sont effondrés, ce lundi matin, rue d'Aubagne à Marseille. Les opérations de secours sont excessivement complexes...

Jean Saint-Marc
— 
Les pompiers doivent faire preuve d'une prudence maximale.
Les pompiers doivent faire preuve d'une prudence maximale. — C. Paris / AP / SIPA
  • Après l’effondrement de deux immeubles mitoyens, ce lundi matin, à Marseille, les pompiers doivent enlever très prudemment les gravats. Ils craignent de découvrir des victimes dans les décombres.
  • Les opérations de secours pourraient aussi provoquer l’effondrement d’un troisième immeuble, qui n’est plus soutenu par les autres structures.

« L’immeuble est tombé d’un coup. Comme s’il avait été aspiré par ses propres fondations. » Ismaël, seulement vêtu d’un short de bain et d’un tee-shirt, raconte et reraconte la scène, en grelottant. Puis il s’étonne. « Au bled, enfin chez moi en Côte d’Ivoire, des centaines de jeunes seraient arrivées sur place pour fouiller les décombres. Mais ici, votre obsession, c’est la sécurité… » A quelques mètres de lui, le policier qui fait le planton grimace et glisse, comme un rappel : « Le troisième bâtiment commence à s’effondrer… » Sa prédiction se vérifiera : vers 18 heures, les pompiers ont assisté à son effondrement.

Ismaël a passé une bonne partie de sa journée à l'angle des rues d'Aubagne et Moustier, d'où l'on pouvait observer le ballet des pompiers, à une trentaine de mètres de là. Les secouristes déblayent comme ils le peuvent les gravats, pierre après pierre. Certains utilisent des poubelles vides, d’autres des paniers en osier.

« Les gravats constituent une sorte de pilier »

Plus tôt, ce matin, deux chiens ont parcouru les décombres et n’ont décelé aucune odeur. « Il est toutefois possible qu’il y ait des gens en dessous », rappelle le préfet Pierre Dartout, qui estime que les « opérations de secours sont extrêmement difficiles, car les gravats constituent une sorte de pilier qui soutient lui-même l’immeuble situé au numéro 67. » Celui qui finira par s'effondrer.



L’amiral Charles-Henri Garié, commandant des marins-pompiers de Marseille, poursuit : « Nous devons d’abord dégager les trottoirs, où des voitures ont été ensevelies. Nous allons ensuite gratter le mur avec un engin de terrassement. On cherche à préserver d’éventuelles victimes de chutes de gros objets. »

« L’enjeu lors d’un effondrement, c’est de trouver le plus rapidement des zones de survie, indique l’ancien sapeur-pompier Thierry Velu, président de l’ONG Groupe de secours catastrophe français. Mais là, d’après les premières images, il y en a très peu, avec des immeubles qui font quatre et cinq étages et qui se sont totalement effondrés. »

« Comme s’ils ne savaient pas par où commencer »

A 14 heures, ce lundi, il y a environ une centaine de marins-pompiers sur place, dont les unités spécialisées « urban search and rescue » (USAR). Ce n’était pas le cas de la première équipe sur place. Abou Bakar, témoin direct de l’effondrement, les a croisés : « Ils sont arrivés environ un quart d’heure après. Ils avaient l’air impressionnés, comme s’ils ne savaient pas par où commencer. »



La rue d’Aubagne se trouve « dans le vieux centre de Marseille, un des quartiers les plus anciens de la ville », rappelle la maire de secteur Sabine Bernasconi. De quand dataient les immeubles qui se sont effondrés ? Un des copropriétaires évoque un bâtiment construit il y a 200 ans. « C’était une ruine dans un état abominable », assure Frédéric, un voisin. Patrick Desbouiges, lui, rentre dans le détail. 

Cet homme d’une cinquantaine d’années arbore un badge « régisseur social » sur sa veste en cuir. Pour différentes associations, il participe à des opérations de sécurisation dans des logements insalubres. Sa dernière visite au 63 rue d’Aubagne, il y a deux mois et demi, lui a glacé le sang :

J’y allais pour porter des affaires. J’ai dit aux jeunes qui étaient dedans : “même pour squatter, c’est trop dangereux, il faut dégager !” Il y avait des fissures dans certains angles, de grosses lacunes. Dans le temps, quand ils faisaient des immeubles, il y avait des liaisons de structures. Il y a des clés dans les liaisons, comme une clé de voûte. Il suffit qu’une fissure ait été ravinée par les pluies diluviennes de ces derniers temps pour qu’une pierre-clé saute et que l’immeuble s’effondre. »

Cette architecture atypique complique donc la tâche des secouristes, « car rien ne dit que les pieds des immeubles autour n’aient pas bougés et qu'ils soient désormais tenus par les gravats », reprend Patrick. Un architecte de la mairie de Marseille s’est rendu sur les lieux, en début d’après-midi.

L'intervention des pompiers va se poursuivre pendant de très longues heures.
L'intervention des pompiers va se poursuivre pendant de très longues heures. - BMPM / SM Aedo

Il pourra apporter son expertise aux secouristes : les services logement et urbanismes de la municipalité connaissaient bien les deux immeubles. Le 63, jugé dangereux, a été muré récemment. Le 65 avait fait l’objet de travaux de sécurisation en octobre dernier. Mais les experts avaient estimé que les habitants pouvaient réintégrer leurs logements.