Double assassinat de Bastia: Une vengeance dans la plus pure tradition des vendettas corses

ENQUETE En décryptant des messages échangés entre membres du grand banditisme corse, les enquêteurs ont compris qu’il s’agissait d’une vendetta…

A.M.

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Les enquêteurs après la fusillade du 5 décembre dernier devant l'aéroport de Bastia.
Les enquêteurs après la fusillade du 5 décembre dernier devant l'aéroport de Bastia. — PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP
  • Les enquêteurs ont acquis la conviction que le double meurtre de l’aéroport de Bastia le 5 décembre 2017 est une conséquence de la tradition des vendettas en Corse.
  • Les enquêteurs ont décrypté des conversations entre Christophe Guazzelli, principal suspect, et sa mère ainsi qu’avec d’autres membres du banditisme corse.

Une pure vendetta dans la droite lignée de la tradition corse. Si le double meurtre perpétré à l’aéroport de Bastia le 5 décembre 2017, qui a visé Antoine Quilichini et Jean-Luc Codaccioni, deux membres du grand banditisme corse, pouvait ressembler à un règlement de compte traditionnel, les causes seraient toutes autres. Elles partiraient de la scission des membres de la Brise de Mer, qui a régné sur la Corse durant 25 ans, avant que ses membres ne s’entretuent.

Comme le rapporte Le Monde, les enquêteurs ont acquis la conviction qu’il s’agissait d’une vendetta dans la plus pure tradition corse en décryptant des communications. Et notamment celles de Christophe Guazzelli, principal suspect de ce double meurtre. Le soir même de la fusillade, il écrit à sa mère : « A mon père, je lui ai promis ma vie à l’âge de 18 ans ! Peut-être que tu y as pas cru mais regrette-le, alors, parce que j’ai l’ADN d’un homme irremplaçable sur terre. »

« Les valeurs, frère »

Le 10 décembre, il précise, toujours à sa mère : « Je veux qu’on baisse les yeux quand on voit son nom écrit, qu’on entend son nom, quand on te croise. Je lui offre ma vie. Je lui avais promis de le venger sur son lit de mort. »

Jacques Mariani, fils d’un autre membre du gang de la Brise de Mer, en vient même à lui déconseiller de passer à l’acte. « Je m’en fous frérot !! Tu imagines même pas ce que j’ai dans le ventre !! Je finis même kan je sors dans 30 ans frérot, j’ai 55 ans, pleine forme », répond Christophe Guazzelli, évoquant la possibilité de poursuivre ses objectifs même après sa détention.

Encore plus surprenant dans les conversations dont Le Monde révèle le contenu, Christophe Guazzelli se sentirait investi d’une mission qui le dépasserait. « Frère, j’aurais jamais dû être à cette place !! Mais je la prends, je l’assume !! Pour l’honneur !! Mon père m’a trop élevé avec ça, les valeurs frère !! », explique-t-il à Ange-Marie Michelosi. Encore un signe de l’héritage meurtrier de ces années de combat entre bandits corses. Depuis 2009, sa mère avait pourtant tenté de les protéger, lui et son frère Richard, en les éloignant de l’île.