Bandes rivales: «La place des jeunes n’est pas dans la rue à 2 heures du matin»

RIXE Le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner a rappelé qu’en deux ans huit jeunes hommes sont décédés à Paris dans des violences entre bandes rivales…

Caroline Politi
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Christophe Castaner, entouré du préfet de police Michel Delpuech et du maire du 19e arrondissement, François Dagnaud
Christophe Castaner, entouré du préfet de police Michel Delpuech et du maire du 19e arrondissement, François Dagnaud — Caroline Politi/20 Minutes
  • Après la mort d'un adolescent de 16 ans dans une rixe, Christophe Castaner s'est rendu dans le quartier Place des fêtes, dans le 19e arrondissement. 
  • Il a annoncé un nouveau plan de lutte contre les bandes.
  • On dénombre environ 90 bandes en France, dont la moitié en Ile-de-France. 

A peine a-t-il posé le pied sur la grande dalle du quartier Place des Fêtes, dans le 19e arrondissement de Paris, que Christophe Castaner est interpellé. « Mon fils a été tué, il était innocent », s’époumone une femme, des sanglots dans la voix, en allant à la rencontre du nouveau ministre de l’Intérieur. Le drame s’est produit en janvier dernier lors d’une rixe entre des gamins du quartier et d’autres, originaires de Bastille. Les affrontements furent brefs mais son ado de 15 ans, blessé de plusieurs coups de couteau, est décédé à l’hôpital. La mort d’un autre jeune du quartier dans la nuit de mardi à mercredi, dans des conditions quasiment identiques, semble avoir ravivé sa douleur. Le lycéen de 16 ans, grièvement blessé à l’arme blanche dans une rixe, est décédé peu après son arrivée à l’hôpital.

En deux ans, huit jeunes hommes ont été tués à Paris dans des violences entre bandes rivales, a déploré le nouveau locataire de la place Beauvau. Pendant près d’une heure, il s’est entretenu avec des policiers, des élus et des responsables associatifs pour tenter de comprendre comment pareils drames avaient pu se produire. « Ce sont souvent des raisons tellement futiles qu’elles bousculent notre grille de compréhension », confie-t-il. Et d’évoquer  la rixe survenue aux Lilas il y a quinze jours qui prendrait sa source dans une histoire de « casquette ». Dans bien des cas, les victimes, comme leurs agresseurs, sont très jeunes. Ainsi, au début du mois, une source policière au sein de la préfecture précisait qu’en 2017, sur les 291 interpellations liées aux bandes, on comptait 80 % de mineurs. « La place des jeunes n’est pas dans la rue à 2 heures du matin », poursuit le ministre.

« La violence dont elles font part est insupportable »

Pourtant, à en croire les derniers chiffres communiqués par la préfecture de police de Paris, les violences entre bandes ont baissé de 30 % dans la capitale et de 19 % sur l’ensemble de la petite couronne entre 2016 et 2017. Sur les 90 bandes comptabilisées dans la métropole par le ministère de l’Intérieur, la moitié se trouve à Paris (16) et en petite couronne (29). « Le nombre d’agression dans les bandes a baissé mais la violence dont elles font part est insupportable », a déploré Christophe Castaner, avant de dévoiler les contours d’un nouveau plan de lutte contre ce phénomène.

De nouveaux moyens seront déployés - dans le 19e arrondissement une dizaine de policiers viendront prêter main forte aux effectifs déjà présents – un référent sera mis en place dans chaque commissariat pour faire le lien avec les partenaires sociaux, des fonctionnaires se spécialiseront dans tous les services de PJ…

Le ministre a surtout annoncé un changement de philosophie. « Aujourd’hui, nos services de renseignements travaillent sur une approche par bande, je souhaite qu’on travaille sur une approche par individu », a indiqué le premier « flic » de France. Les bandes étant mouvantes, rarement constituées autour d’un chef désigné, il est difficile d’en dessiner les contours. Une approche individuelle apporterait ainsi une meilleure connaissance globale. « Je souhaite une cartographie précise des différents lieux occupés par ces bandes, cage d’escalier par cage d’escalier, m² par m²», poursuit Christophe Castaner.

« Certains vont se battre, puis d’autres répondent »

« Ce n’est pas un passage à la télé qui va tout changer », crie un habitant du quartier, posté à la fenêtre de son appartement, à l’intention du ministre. Trop tard, il s’est déjà engouffré dans sa voiture. « Le problème, c’est que des effectifs supplémentaires, des nouveaux plans, on nous en propose à chaque fois qu’il y a un problème et on ne voit rien venir ou en tout cas rien changer », déplore Majida, dont l’aîné à 13 ans. Ces derniers mois, elle a noté une hausse des violences dans le quartier. Certes, elle ne peut les quantifier mais, désormais, elle a une « boule au ventre » quand ses enfants sortent.

« Y en a souvent des bagarres ici », confirment Foued et Sofiane, 14 et 13 ans. Tous deux connaissaient la victime – un « mec bien », « bon élève surtout », insiste le premier. S’ils ignorent les raisons précises de la rixe de ce début de semaine, ils assurent qu’ici les jeunes se battent toujours pour les mêmes raisons. « Pour défendre le quartier ou pour des insultes sur les réseaux sociaux. Après ça monte, certains vont se battre, puis d’autres répondent », résument-ils. Plus qu’un dispositif policier renforcé, certains habitants, à l’instar de ce « grand frère » du quartier, auraient aimé que les autorités mettent l’accent sur les infrastructures à destination des ados. Le centre d’animation est une « salle vide », le terrain de foot a disparu, le stade est fermé l’essentiel du temps. « Quand on est dehors à 15 ans et qu’on ne sait pas quoi faire, on se bagarre et on meurt », lâche-t-il.