Paris: Y a-t-il une hausse des agressions homophobes dans la capitale?

HOMOPHOBIE Ces dernières semaines, plusieurs agressions homophobes ont eu lieu en plein Paris. Pourtant, la préfecture de police enregistre une baisse des faits constatés…

Caroline Politi

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Guillaume Mélanie a été victime d'une agression homophobe ce mardi soir
Guillaume Mélanie a été victime d'une agression homophobe ce mardi soir — Capture d'écran / Twitter
  • Plusieurs agressions homophobes ont été rapportées ces dernières semaines à Paris.
  • La préfecture de police de Paris a noté une baisse du nombre d’agressions homophobes au cours des neuf premiers mois de l’année.
  • Les associations alertent sur la non-déclaration de toutes les agressions et sur le sentiment d’insécurité qui pousse à des stratégies de dissimulation dans l’espace public des couples gays et lesbiens.

Le scénario semble se répéter, inlassablement. Mardi soir, le président d’Urgence Homophobie, Guillaume Mélanie, a été victime d’une agression homophobe alors qu’il sortait d’un restaurant parisien avec des amis. Selon son témoignage sur Twitter, un homme les a pris à partie, les a insultés puis lui « en a collé une ». Un coup dans le nez si violent que celui-ci s’est brisé. Quelques heures plus tôt, dans le 15e arrondissement, deux hommes ont été placés en garde à vue dans le cadre d’une plainte pour « violences volontaires en réunion à caractère homophobe ». Ils sont soupçonnés d’avoir frappé un jeune homme à la sortie du bus, dimanche soir. Parce qu’il portait du maquillage, l’un d’eux aurait décrété qu’il était « pédé », a expliqué la victime dans sa plainte. Il a eu la lèvre fendue et des bleus au visage. Quelques jours auparavant, c’était un couple de femmes qui était pris pour cible sur la place de la République.

Cette litanie d’agressions est-elle le signe d’un regain d’homophobie dans la capitale ? Non, à en croire les derniers chiffres communiqués par la préfecture de police de Paris qui réunit la capitale ainsi que les trois départements de la petite couronne. Les faits constatés depuis le début de l’année dénotent plutôt d’une baisse des agressions homophobes : 151 faits ont été constatés au cours des neuf premiers mois de 2018 contre 171 pour la même période en 2017, soit 11,7 % en moins. De même, le nombre de victimes enregistré est passé de 164 à 154 sur cette période.

« Utiliser ce qu’on avait subi pour faire évoluer les mentalités »

« Avec l’avènement des réseaux sociaux, les victimes communiquent plus, elles osent davantage parler de ce qu’elles ont vécu ce qui créé un cercle vertueux. Ces témoignages en appellent d’autres », analyse le président de SOS Homophobie, Joël Deumier. En 2013, quelques semaines avant le vote de la loi ouvrant le mariage aux couples du même sexe, la photo de Wilfried, le visage tuméfié, avait fait figure d’électrochoc. Cet homosexuel néerlandais, passé à tabac avec son compagnon en plein Paris, avait été l’un des premiers à afficher publiquement sur les réseaux sociaux, le « visage de l’homophobie ». Depuis, d’autres victimes ont suivi son exemple, à l’instar d’Arnaud, 27 ans. Mi-septembre, le jeune comédien a publié la photo de son œil au beurre noir surmonté de sept points de suture sur Facebook. « Avec Rémi [son compagnon], on s’est dit qu’il valait mieux utiliser ce qu’on avait subi pour faire évoluer les mentalités, ouvrir le débat », confiait-il à 20 Minutes.

Arnaud Gagnoud a été agressé à Paris alors qu'il se trouvait avec son compagnon. La photo a été prise le lendemain de l'agression.
Arnaud Gagnoud a été agressé à Paris alors qu'il se trouvait avec son compagnon. La photo a été prise le lendemain de l'agression. - Arnaud Gagnoud

Mais la libération de la parole n’est pas unanimement répandue. « Il faut être prudent avec les chiffres car un certain nombre de victimes d’actes homophobes ne se rendent pas à la police », précise Joël Deumier. Certains préfèrent cacher leur orientation sexuelle, craignent de ne pas être pris au sérieux ou parfois minimisent leur statut de victime. Combien sont-ils à porter plainte pour des violences verbales ou des menaces ? Combien de plaintes sont également enregistrées sans que le caractère discriminatoire des violences soit pris en compte.

La crainte d’une montée d’homophobie pendant le débat sur la PMA

« On ne considère pas qu’il y a forcément une augmentation de l’homophobie, mais les violences ne se résument pas aux plaintes », insiste le président de SOS Homophobie. L’an dernier, l’association avait enregistré une augmentation de 15 % des actes physiques signalés à leurs services (sur toute la France). Si les chiffres pour les premiers mois de l’année 2018 ne sont pas encore disponibles, un chiffre interpelle : en septembre, la ligne d’écoute déployée par l’association a enregistré 37 % d’appels en plus par rapport l’année dernière.

Mesurer l’homophobie, c’est également tenter d’appréhender les comportements et les stratégies de dissimulation pour éviter ces agressions. « Nous avons des amis homosexuels, en couple parfois depuis des années, qui se comportent comme des amis dans l’espace public. Ils se font la bise, ne se tiennent pas la main… Pour moi, c’est ça qui est anormal », racontait ainsi Arnaud. Des comportements d’évitement qui illustrent un sentiment d’insécurité. Et le retour du débat sur la PMA a fait ressurgir de mauvais souvenir. « On craint une montée des discours et slogans homophobes, confie Joël Deumier. On ne veut pas revivre la vague de haine de la Manif pour tous. » En 2013, les actes homophobes enregistrés par SOS Homophobie avaient bondi de 78 %.