Un réseau qui blanchissait l’argent de la prostitution nigériane démantelé

ENQUETE Trente personnes ont été interpellées par la police judiciaire. Elles sont soupçonnées d’avoir transféré au Nigeria entre 30 et 50 millions d’euros en trois ans…

Thibaut Chevillard
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Deux femmes se livrant à la prostitution. Illustration.
Deux femmes se livrant à la prostitution. Illustration. — F. Elsner / 20 Minutres
  • Les enquêteurs de la police judiciaire ont démantelé une organisation chargée de collecter et blanchir l’argent engendré par la prostitution nigériane en France.
  • 30 personnes ont été interpellées les 29 septembre et 1er octobre dernier.
  • Ils sont suspectés d’avoir transféré au Nigeria entre 30 et 50 millions d’euros entre 2015 et 2018.
  • Selon nos informations, le ministère de l'Intérieur travaille sur un plan pour lutter contre le phénomène de la prostitution négeriane. 

« C’est une première en Europe », se félicite le commissaire divisionnaire Jean-Marc Droguet. Les policiers de l’Office central pour la répression de la traite des êtres humains (OCRTEH), qu’il dirige, sous l’égide d’un juge d’instruction de la juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Paris, ont démantelé un réseau qui collectait et blanchissait l’argent engendré par la prostitution nigériane en France. Les limiers de la police judiciaire ont interpellé, le 29 septembre et le 1er octobre derniers, trente personnes qui sont en cours de défèrement, explique-t-il à 20 Minutes.

Au terme de quinze mois d’enquête, les policiers sont parvenus à neutraliser deux équipes qui officiaient pour le compte de deux organisations criminelles nigérianes, baptisées « Black Axe » et « Suprême Eiye Confraternity ». Les enquêteurs se sont d’abord intéressés à « un groupe structuré de traite nigériane qui se trouvait dans le sud de la France ». « A partir de là, on a identifié un collecteur, puis un autre. Et on s’est finalement aperçu qu’il y avait toute une organisation derrière », raconte le patron de l’OCRTEH. Il souligne que les investigations ont nécessité « de gros moyens », comme des surveillances téléphoniques ou physiques.

De l’argent cachés dans les valises

Les enquêteurs de l’OCRTEH, appuyés par ceux de l’OCRGDF (Office central pour la répression de la grande délinquance financière), ont découvert que ces collecteurs étaient chargés de récupérer l’argent auprès des « mamas » qui encadrent les prostituées nigérianes, dans la plupart des grandes villes françaises. Ils devaient ensuite ramener l’argent à Paris où il était stocké dans des salons de coiffure et des épiceries, ou le transféraient directement sur des « comptes passerelles » desquels il était rapidement retiré. Une autre équipe avait ensuite pour mission de ramener les fonds au Nigeria.

Pour cela, ils voyageaient en avion en prenant soin de faire escale dans d’autres villes européennes pour éviter d’être détecté. Les malfaiteurs transportaient tout simplement l’argent dans leurs bagages. « En mars, nous avons découvert 190.000 euros dissimulés dans les doubles-fonds d’une valise, et en juin 250.000 euros », poursuit Jean-Marc Droguet. Selon les estimations de la police judiciaire, ceux deux groupes criminels auraient transféré entre 30 et 50 millions d’euros sur une période allant de 2015 à 2018.

Un plan pour lutter contre la prostitution nigériane

La communauté Nigériane est « la première communauté étrangère exploitée en France », souligne le commissaire divisionnaire. Récemment, la journaliste Melissa Bell, correspondante en France de la chaîne de télévision américaine CNN, a consacré une enquête édifiante aux prostituées originaires de ce pays d’Afrique qui travaillent dans le bois de Vincennes, à Paris, dans des conditions proches de l’esclavage. Selon nos informations, le ministère de l’Intérieur est en train d’élaborer un plan pour faire face à cet inquiétant phénomène.