Terrorisme: Pourquoi le centre Zahra a-t-il été ciblé par les autorités?

DIPLOMATIE A travers cette opération visant la principale association chiite d'Europe, la France veut envoyer un «signal» fort à l'Iran...

Thibaut Chevillard

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200 policiers ont participé à l'opération antiterroriste, à Grande-Synthe (Nord)
200 policiers ont participé à l'opération antiterroriste, à Grande-Synthe (Nord) — PHILIPPE HUGUEN / AFP
  • L’association musulmane chiite Centre Zahra France a été visée ce mardi matin par une opération antiterroriste.
  • A travers cette opération, la France veut envoyer un message à l'Iran.
  • Elle affirme en effet que le ministère du Renseignement iranien a fomenté un projet d'attentat fin juin près de Paris.

Une opération antiterroriste de grande envergure. Mardi, à l’heure du laitier, 200 policiers du Raid, de la BRI et des CRS ont pris d’assaut le siège de l’association «  Centre Zahra France », à Grande-Synthe, dans le Nord, ainsi que les domiciles de ses principaux dirigeants, extirpés de leur lit. Trois personnes ont été placées en garde à vue après la découverte de cinq armes, dont certaines étaient détenues illégalement, selon les informations recueillies par 20 Minutes. Les policiers ont aussi saisi six ordinateurs ainsi qu’une somme d’argent.

La préfecture du Nord a par ailleurs engagé une procédure de fermeture de la salle de prière de cette association musulmane chiite, soupçonnée de faire l’apologie du Hamas palestinien et du Hezbollah libanais, des organisations terroristes soutenues par l’Iran. Depuis plusieurs mois, elle était discrètement surveillée par les services de renseignement français, notamment la DGSI. « Des propos antisémites et d’autres légitimant le djihad étaient tenus dans cette salle », confie à 20 Minutes une source au ministère de l'Intérieur. Cette fermeture sera la cinquième depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle loi antiterroriste, en octobre 2017.

L’Iran dans le collimateur du gouvernement

Mais au-delà de cette association et de ses dirigeants, c’est avant tout l’Iran qui était visée par les autorités, apprend 20 Minutes de sources concordantes. Les enquêteurs des services de renseignement français ont en effet acquis la certitude que la direction des opérations du ministère du renseignement iranien avait commandité un projet d'attentat contre un rassemblement des Moudjahidines du peuple, un mouvement d’opposition iranien, à Villepinte (Seine-Saint-Denis), en juin dernier, nous précise une source diplomatique.

En conséquence, le gouvernement a décidé de prendre un arrêté ce mardi pour geler les avoirs en France de la direction de la sécurité intérieure du ministère du renseignement iranien, ainsi que de deux citoyens iraniens, soupçonnés d’être derrière le projet d’attentat à l’explosif. Le message est clair : « La France n’acceptera aucune forme d’ingérence sur son territoire », souligne notre source place Beauvau, précisant que, sur le plan de la procédure, rien ne lie cette tentative d’attentat à l’association « Centre Zahra France ».

Un « signal » fort envoyé à l’Iran

Néanmoins, l’opération qui la visait le jour de la publication de cet arrêté avait pour objectif d’envoyer un « signal » fort à l’Iran, principale puissance chiite. Une manière de faire savoir que la France ne peut tolérer aucune forme de terrorisme, préviennent nos sources. Le gouvernement a aussi décidé de geler les avoirs des dirigeants de cette association qui « est notoirement innocente des accusations portées à son encontre », affirment ces derniers  dans un communiqué. De son côté, l’Iran, par la voix d’un porte-parole du ministère des Affaires étrangères, a démenti « avec véhémence », son implication dans le projet d’attentat de Villepinte.