Les pompiers veulent des mesures pour lutter contre les agressions qu'ils subissent

VIOLENCES Réunis en congrès annuel à Bourg-en-Bresse (Ain) à partir de ce mercredi, les soldats du feu réclament au gouvernement des mesures pour davantage les protéger face aux agressions…

Thibaut Chevillard

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Lyon, le 8 janvier 2018. Les pompiers ont manifesté pour dénoncer les agressions dont ils sont victimes lors de leurs interventions dans certains quartiers sensibles.
Lyon, le 8 janvier 2018. Les pompiers ont manifesté pour dénoncer les agressions dont ils sont victimes lors de leurs interventions dans certains quartiers sensibles. — E. Frisullo / 20 Minutes
  • Selon les dernières statistiques disponibles, le nombre de pompiers victimes d’agressions a fortement augmenté ces dernières années.
  • Outre les caillassages qu’ils subissent dans certains quartiers sensibles, les pompiers sont de plus en plus souvent victimes de violence de la part des personnes qu’ils viennent secourir.
  • Réunis en congrès à partir de ce mercredi, ils vont formuler plusieurs propositions destinées à mieux les protéger.

C’est la première fois depuis dix ans qu’un tel drame se produit. Le 4 septembre, à Villeneuve Saint-Georges (Val-de-Marne), un sapeur-pompier parisien de 27 ans était tué par l’homme qu’il était venu secourir. « Toute la communauté des sapeurs pompiers de France se sent touchée par ce qui est lui arrivé. Cela s’est passé près de Paris mais cela aurait pu avoir lieu n’importe où », confie à 20 Minutes Eric Flores, conseiller technique du président de la FNSPF (Fédération nationale des sapeurs pompiers de France). La mort du caporal Geoffroy Henry est malheureusement symptomatique des violences que subissent régulièrement les 246.800 sapeurs-pompiers volontaires ou professionnels.

Comment davantage sécuriser leurs interventions ? Le sujet sera longuement débattu à l’occasion du congrès annuel de la FNSPF, qui se tiendra du 26 au 29 septembre à Bourg-en-Bresse (Ain). Il faut dire que ces dernières années, les agressions contre les pompiers se sont multipliées. Selon les derniers chiffres de l’ONDRP (Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales), le nombre de pompiers victimes de violence a augmenté de 17,6 % entre 2015 et 2016. Cette année-là, 2.280 soldats du feu ont déclaré avoir été agressés. Les régions les plus touchées, selon cette étude, sont la Nouvelle Aquitaine, les Hauts-de-France et l’Auvergne-Rhône-Alpes.

« On caillasse les pompiers parce qu’ils représentent l’Etat »

Les pompiers sont principalement confrontés à deux types de risques. Il y a d’abord les violences qu’ils subissent dans certains quartiers sensibles. Au moment d’intervenir, certains équipages ne sont pas « sereins » et font preuve de « méfiance », explique à 20 Minutes le service communication du service départemental d’incendie et de secours des Pyrénées-Orientales. Récemment, les pompiers de Perpignan ont été par trois fois la cible de jets de pierre au cours d’un même week-end. Si aucun d’entre eux n’a été blessé, ces incidents les ont poussés à lancer sur les réseaux sociaux le hashtag #TouchePasAMonPompier « afin de sensibiliser la population, de lui expliquer qu’on n’arrive pas à faire notre travail dans certaines situations ».

De nombreux messages de soutien leur sont déjà parvenus. « Mais on ne parviendra pas à toucher les mis en cause » avec ce type d’opération, admet-on au Sdis 66. Il n’y a pas qu’à Perpignan que les soldats du feu se font caillasser. En mars dernier, la même chose est arrivée à Nice (Alpes-Maritimes), alors que les pompiers avaient été appelés pour une fumée suspecte dans le quartier Bon-Voyage. En juillet, c’est à Villeurbanne (Rhône) que les pompiers ont été pris à partie tandis qu’ils tentaient d’éteindre des feux de poubelles et de voitures. « Dans certains quartiers, on caillasse les pompiers parce qu’ils portent un uniforme et qu’ils représentent l’Etat, déplore André Goretti, président de la Fédération autonome des sapeurs-pompiers. Les délinquants se sont passé le mot, c’est devenu un jeu pour eux. »

Davantage d’interventions sécurisées par la police ?

Pourtant, explique Eric Flores, « il est important que les pompiers puissent intervenir en toute quiétude pour effectuer leurs missions ». « Souvent, on doit poursuivre notre intervention alors qu’on est en train de se faire agresser. » Face à cette situation, la FNSPF demande au gouvernement de « systématiser l’accompagnement des sapeurs-pompiers par les forces de l’ordre pour certains types d’intervention ou lorsqu’un risque est pressenti lors de la réception de l’appel ». Dans les faits, des protocoles ont été mis en place et les policiers accompagnent déjà les soldats du feu lorsqu’ils les sollicitent pour sécuriser certaines interventions délicates.

« Nous essayons de toujours répondre favorablement à leur demande afin de sécuriser au maximum leurs interventions », assure à 20 Minutes Eddy Sid, porte-parole du syndicat Unité SGP Police-FO en Ile-de-France. Mais, ajoute le syndicaliste, il est difficile pour les forces de police, déjà très sollicitées depuis les attentats de 2015, d’en faire davantage. « Le problème, c’est qu’on n’a pas forcément les moyens humains de les accompagner systématiquement sur leurs interventions, souligne Eddy Sid. D’autant que la mise en place de la police de sécurité du quotidien constitue des missions supplémentaires à réaliser pour les agents alors que les effectifs n’ont pas suivi suffisamment ».

« Des victimes que l’on vient secourir nous agressent »

Mais les interventions dans les cités difficiles ne sont plus les seules que redoutent les pompiers. « Ce qui nous surprend en ce moment, c’est l’augmentation du nombre d’agressions individuelles. Désormais, certaines victimes que l’on vient secourir, pour des raisons obscures, nous agressent. C’est un phénomène qui se développe », remarque Eric Flores, citant le cas du caporal Geoffroy Henry, tué alors qu’il tentait de maîtriser un homme de 31 ans en pleine crise de démence. Des situations à risque difficiles à déceler par avance. Pour ce cadre de la FNSPF, ce phénomène est en partie dû à « une certaine évolution de la misère sociale » face à laquelle les pompiers sont en première ligne.

Comment faire alors pour prévenir les agressions commises par les personnes secourues ? « Si l’alerte est bien gérée, on sait à quel type d’intervention on a affaire, on peut s’y préparer. Si dès le départ on sait qu’on a affaire à une personne déséquilibrée, on doit être accompagné par les forces de police et par un médecin », estime le président de la fédération autonome des sapeurs-pompiers. C’est la raison pour laquelle les pompiers plaident pour la mise en place d’un numéro unique européen, le 112. « Nous aurons ainsi des plateformes communes interservices - police, gendarmerie, samu - qui nous permettront d’avoir le plus d’informations possible avant de nous rendre sur les lieux. On pourra, par exemple, mieux déceler les gens qui s’énervent au téléphone », détaille Eric Flores.

Caméras individuelles et gilets pare-balles

En attendant, les pompiers peuvent désormais porter, à l’instar des policiers, de caméras individuelles permettant de filmer leurs interventions « lorsque se produit ou est susceptible de se produire un incident de nature à mettre en péril leur intégrité physique », indique la loi du 3 août 2018. « Cette caméra ne protégera pas les pompiers, mais les images permettent de savoir comment s’est passée l’intervention, de faire des retours d’expérience et d’avoir des éléments pour éventuellement déposer plainte », confie Eric Flores.

Dans le Var, leurs collègues du Samu vont plus loin. Ils seront désormais équipés de gilets pare-balles lors de certaines missions, notamment lorsqu’ils auront affaire à des « patients agités, violents et/ou psychiatriques ».