Arnaud, victime d'une agression homophobe à Paris: «Je savais que ça m’arriverait un jour»

HOMOPHOBIE Arnaud Gagnoud et son compagnon, Rémi Palazy ont été agressés mardi soir à Paris, vraisemblablement en raison de leur orientation sexuelle. Une enquête a été ouverte…

Propos recueillis par Caroline Politi

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Arnaud Gagnoud a été agressé à Paris alors qu'il se trouvait avec son compagnon. La photo a été prise le lendemain de l'agression.
Arnaud Gagnoud a été agressé à Paris alors qu'il se trouvait avec son compagnon. La photo a été prise le lendemain de l'agression. — Arnaud Gagnoud
  • Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour « violences avec arme par destination en raison de l’orientation sexuelle » et « menaces de crimes ou délits en raison de l’orientation sexuelle ».
  • Deux frères, dont un mineur, ont été placés en garde à vue.

Pour Arnaud Gagnoud, la question n’était pas « allait-il se faire agresser ? » mais plutôt « quand cela aurait-il lieu ? ». Le jeune comédien de 27 ans a désormais la réponse : mardi soir, dans le 20e arrondissement de Paris. Lui et son compagnon, Rémi Palazy, se sont fait prendre à partie par un groupe de six jeunes hommes.

Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour « violences avec arme par destination en raison de l’orientation sexuelle » et « menaces de crimes ou délits en raison de l’orientation sexuelle ». Deux frères, dont l’un est âgé de 16 ans, ont été interpellés jeudi et se trouvent toujours en garde à vue ce vendredi en fin d’après-midi, précise une source judiciaire à 20 Minutes. Arnaud Gagnoud se confie sur son agression.

Comment vous sentez-vous aujourd’hui ?

J’ai encore mal à l’œil, c’est une douleur diffuse au niveau du visage. J’ai eu sept points de suture au niveau de l’arcade sourcilière et j’ai mal au dos, aux cervicales et à l’épaule. Jeudi, le médecin de l’unité médico-judicaire m’a prescrit quatre jours d’incapacité totale de travail, mais c’était très expéditif, il ne m’a pas ausculté, il s’est moqué de moi quand je lui ai dit que j’avais mal au dos, il me tutoyait… Sur un plan psychologique, je me sens moyen, je suis encore très marqué par l’agression.

Que s’est-il passé mardi soir ?

Avec mon compagnon, Rémi, nous sortions d’un théâtre derrière le parc de Belleville, dans le 20e arrondissement. On venait de voir un spectacle, on discutait dans la rue. A un moment, nous nous sommes pris dans les bras et quelques secondes plus tard un groupe de trois jeunes s’est posté face à nous. Ils nous ont insultés, menacés de revenir avec des amis. Nous, on ne voulait pas partir, on attendait quelqu’un et puis on se disait qu’ils allaient s’en aller. Au début, on a vraiment cru que c’était le cas. Ils se sont éloignés quelques instants et puis trois de leurs amis, dont un à moto, sont passés à proximité. Ils les ont appelés.

Nous avons été rapidement encerclés. Une amie est parvenue à extirper Rémi du groupe mais pas moi. L’un d’eux m’a frappé deux fois avec son casque de scooter, je l’ai bien vu armer son bras dans ma direction. J’ai reçu d’autres coups, dans le dos, les épaules. Les cris et le bruit ont alerté les spectateurs, les jeunes se sont un peu éloignés mais ils restaient quand même à une vingtaine de mètres. Peut-être qu’ils voulaient finir le travail… Ils sont réellement partis lorsque les pompiers et les policiers sont arrivés.

Sur les réseaux sociaux, vous racontez l’agression que vous avez subie en confiant : « Je savais que ça m’arriverait un jour ». Vous aviez le sentiment qu’une agression homophobe était inévitable ?

Oui, je savais que ça m’arriverait un jour. J’ai un ami qui s’est fait tabasser à Paris en mai, un autre en province en juillet. Avec Rémi, nous avons fait le choix de vivre comme tout le monde : de se tenir la main quand nous en avons envie, de se prendre dans les bras, de s’embrasser… Je dis comme tout le monde, mais nous faisons malgré tout attention. Il y a souvent des regards noirs, les gens sont parfois agressifs. Toutes les associations qui nous ont contactés après cette agression m’ont indiqué avoir constaté une recrudescence des agressions homophobes ces derniers temps. Nous avons des amis homosexuels, en couple parfois depuis des années, qui se comportent comme des amis dans l’espace public. Ils se font la bise, ne se tiennent pas la main… Pour moi, c’est ça qui est anormal.

Avez-vous hésité avant de publier de médiatiser cette affaire ?

Avec Rémi, on s’est dit qu’il valait mieux utiliser ce qu’on avait subi pour faire évoluer les mentalités, ouvrir le débat. On a reçu une immense vague de soutien, beaucoup de messages très positifs. Mais également, même s’ils restent minoritaires, des messages très violents, des gens qui nous disent « on va vous retrouver et finir le travail », qu’on n’est pas normaux, qu’on mérite ce qu’on a subi.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans cette affaire ?

Ces six jeunes sont nos agresseurs, mais ils sont le dernier maillon d’une longue chaîne. On leur a permis de penser qu’ils avaient le droit de nous agresser parce que nous sommes homosexuels. Lorsque nous sommes allés identifier les deux jeunes qui ont été interpellés, ils souriaient. Toute la société française doit faire un travail sur l’homophobie.