Marseille: La professeure suspendue pour des relations avec des lycéens est-elle en fait la victime ?

FAITS DIVERS L'affaire fait grand bruit à Marseille, mais l'avocat de cette enseignante reste silencieux...

Jean Saint-Marc

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Une salle de classe dans un lycée de Saint-Denis de la Réunion (photo d'illustration).
Une salle de classe dans un lycée de Saint-Denis de la Réunion (photo d'illustration). — RICHARD BOUHET / AFP
  • Une enseignante du lycée Camille-Jullian, à Marseille, a été suspendue à titre conservatoire pour avoir entretenu des relations intimes avec un ou plusieurs lycéens.
  • Elle doit être jugée en janvier prochain pour « atteinte sexuelle sur mineur de plus de 15 ans par personne ayant autorité » et pour « détournement de mineurs. »
  • Une avocate spécialiste du droit des femmes suggère de faire une « lecture féministe » de cette affaire.

« Elle les a chauffés ! Elle a couché ! » La dénonciation est anonyme, au téléphone. Une voix féminine, un prénom, Sarah, qui n’est sans doute pas le sien. Et beaucoup de jugement dans les mots. Notre interlocutrice se présente comme une « collègue » de l'enseignante du lycée professionnel Camille-Jullian qui a récemment été suspendue pour avoir entretenu des relations avec un ou plusieurs lycéens. Cette habitante de Marseille doit être jugée en janvier prochain pour « détournement de mineurs » et « atteinte sexuelle sur mineurs de plus de 15 ans par personne ayant autorité. » Deux mères d’élèves auraient porté plainte, selon La Provence.

>> Que risque l’enseignante devant la justice ? Jusqu’à cinq ans de prison et 75.000 euros d’amende pour «  détournement de mineur ». Le Code pénal prévoit par ailleurs jusqu’à sept ans de prison et 100.000 euros d’amende pour les faits d’atteinte sexuelle. La loi renforçant la lutte contre les violences sexuelles et sexistes a modifié cet article début août 2018. En février dernier, le procès d’un homme de 28 ans pour « atteinte sexuelle » sur une préadolescente de 11 ans avait fait polémique.

>> Que risque la professeure d’un point de vue disciplinaire ? Sa suspension est une mesure « conservatoire », pas une sanction, indique le rectorat à 20 Minutes. Le but est d’éloigner les différents protagonistes du dossier, afin d’éviter de perturber le cours de la justice. « L’étude du dossier par la commission disciplinaire est en cours, poursuit cette même source. Les sanctions peuvent aller de la suspension à titre provisoire jusqu’à la révocation de la fonction publique. »

>> L’enseignante n’est-elle pas elle-même la victime ? D’une tentative d’extorsion, a minima : aux policiers, elle aurait déclaré avoir versé 7.000 euros à des jeunes hommes qui la faisaient chanter avec des images intimes. Impossible de savoir si elle a elle-même porté plainte : son avocat n’a pas trouvé le temps de répondre à nos sollicitations, ni ce mardi, ni ce mercredi. « Le revenge porn est désormais puni par le droit français », indique l’avocate Isabelle Steyer. Pour elle, « on peut aussi faire une lecture féministe de cette affaire. »

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