«Ça n’arrive pas qu’aux autres»… Dans un livre, une policière raconte son quotidien à la brigade des mineurs

POLISSE Agnès Naudin, 33 ans, raconte dans son livre « Affaire de familles », son quotidien de policière au sein d’une brigade territoriale de protection de la famille en région parisienne…

Thibaut Chevillard

— 

Agnès Naudin est capitaine de police au sein d'une brigade territoriale de protection de la famille
Agnès Naudin est capitaine de police au sein d'une brigade territoriale de protection de la famille — Editions du Cherche Midi
  • Agnès Naudin, 33 ans, au sein d’une brigade territoriale de protection de la famille en région parisienne.
  • Dans un livre, paru ce jeudi, elle raconte son quotidien de policière et de mère célibataire.

Agnès Naudin est capitaine de police. A 33 ans, elle travaille au sein d’une brigade de protection de la famille en région parisienne. Un service où sont traitées les affaires les plus sensibles, les situations complexes : viols sur mineurs, enfants maltraités… A 20 Minutes, elle explique pourquoi elle a voulu raconter dans son livre, Affaires de famille : Immersion au sein d’une brigade spéciale, paru ce jeudi, son quotidien de mère célibataire, de policière confrontée aux dossiers qui retournent, aux autopsies, aux interrogatoires.

Pourquoi avez-vous eu envie d’écrire ce livre ?

J’ai d’abord voulu raconter une histoire, celle de cette jeune fille qui a été victime d’un viol par son beau-père. Elle était assez atypique, digne d’un épisode d’Engrenage. Et encore, les gens se demanderaient sans doute où les scénaristes sont allés chercher tout ça. Pourtant, tout est vrai. J’ai ensuite rencontré quelqu’un par hasard qui travaillait aux éditions du Cherche Midi à qui j’en ai parlé.

Les responsables de la maison d’édition m’ont ensuite demandé d’écrire deux autres histoires. J’ai donc voulu évoquer celles qui m’ont marqué, expliquer l’intérêt qu’elles avaient pour la société. J’ai aussi compris qu’il y avait un autre intérêt à l’écriture ; c’est aussi une façon de poser des questions, de faire comprendre aux gens que ce genre de situations n’arrive pas qu’aux autres.

Justement, comment avez-vous sélectionné les histoires qui sont dans le livre ?

Celle de l’adolescente violée par son beau-père, je la trouvais assez atypique, même si malheureusement ce genre de faits arrivent souvent. Quant à l’histoire du bébé secoué, je l’ai choisie parce que c’est l’affaire qui a été la plus difficile pour moi à gérer. Enfin, celle du viol conjugal dans un couple en instance de séparation, je l’ai sélectionnée parce que c’était la plus frustrante et que par la suite, je me suis posé beaucoup de questions quant à la situation de ces femmes-là.

Comment êtes-vous arrivée à la brigade des mineurs ?

Après quatre ans passés à la police aux frontières, je voulais aller dans un service judiciaire dans l’optique de passer un jour le concours de commissaire, car il est nécessaire d’être polyvalent pour ça. J’avais le choix, quand je suis arrivée dans mon service, d’être affectée soit à la lutte contre les stupéfiants, soit à la cellule anti cambriolage. Mais ça ne m’intéressait pas car j’aime l’humain, la psychologie… Alors j’ai intégré la brigade de protection de la famille et pour l’instant, je m’y sens bien.

Selon vous, les policiers et policières de cette brigade sont-ils suffisamment formés à être confrontés à ce genre de situations délicates ?

Souvent, les gens arrivent ici avec la formation qu’ils ont reçue sur le terrain, dans leur précédente brigade ou dans le commissariat où ils travaillaient. Ils n’ont pas forcément l’habitude du type d’affaire qu’on traite mais ils savent s’adapter rapidement. Après, ils reçoivent une formation dispensée en interne, pour apprendre à auditionner les mineurs ou les mis en cause, s’ils ne l’ont pas déjà reçue.

C’est vrai qu’il y a des moments plus difficiles à vivre, des moments qui peuvent nous amener à être plus sensible ou plus irascible. Mais nos chefs se montrent attentifs et les collègues savent se montrer bienveillants. On parle beaucoup entre nous, on sait quand un collègue traite une affaire difficile ou quand il est énervé par quelqu’un.

Quelles qualités doit posséder un policier pour intégrer une brigade des mineurs ?

Il faut être tolérant, bienveillant, à l’écoute, être équilibré dans sa vie personnelle. Il faut aussi savoir rechercher les détails, ce qui n’est pas forcément le cas dans les autres services. En effet, notre travail repose beaucoup sur les auditions, il faut donc être attentif, recouper les dires d’une personne avec celles d’une autre, voir ce qui cloche avec les autres auditions.

« Affaires de famille », d’Agnès Naudin, éditions du Cherche Midi, ISBN 978-2-7491-5869-3, 319 pages, 18 euros.

>> A lire aussi : Nice: «On nous considère comme des CRS low-cost», 60 policiers en colère se mettent en arrêt maladie

>> A lire aussi : Strasbourg: Sans raison, il passe plus de 700 coups de téléphone à la police