Tuerie de Chevaline: Six ans après, les espoirs reposent désormais sur la piste suisse

ENQUÊTE La justice se demande toujours pourquoi la famille al-Hilli et Sylvain Mollier ont été abattus en septembre 2012 près du village de Chevaline. Les enquêteurs tentent aussi de retouver l’arme du crime, fabriquée en suisse…

Thibaut Chevillard

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Six ans après les faits, la tuerie de Chevaline reste un mystère.
Six ans après les faits, la tuerie de Chevaline reste un mystère. — Philippe Desmazes AFP
  • Le 5 septembre 2012, les corps sans vie de Saad al-Hilli, de sa femme de 47 ans et de sa belle-mère de 74 ans sont retrouvés criblés de balles dans leur voiture près de Chevaline.
  • Un cycliste qui serait passé par là au moment des faits est également retrouvé sans vie à côté de la voiture.
  • Six ans après, la justice cherche toujours à déterminer le mobile du crime.
  • Les enquêteurs espèrent aussi retrouver l’arme du crime et ont demandé à la Suisse de les aider.

Il y a tout juste un an, la procureure de la République d’Annecy dressait un « constat amer » : cinq ans après la tuerie de Chevaline, la justice n’avait « pas le début d’une explication ». Ce mercredi matin, alors que six années se sont désormais écoulées depuis les faits, Véronique Denizot est bien obligée de reconnaître que l’affaire est toujours au point mort. « L’année écoulée a notamment été employée à vérifier, à chaque fois qu’elles se présentaient à nous, des hypothèses nouvelles qui ont toutes malheureusement été clôturées. Donc on n’a pas progressé mais on n’a pas rien fait pendant une année entière », confie-t-elle à 20 Minutes.

La magistrate a récupéré ce tentaculaire dossier (75 tomes, plus de 10.000 pièces de procédures) en arrivant en Haute-Savoie en 2016. Et tente, comme son prédécesseur, Eric Maillaud, de percer le mystère qui entoure la mort de Saad al-Hilli, de sa femme de 47 ans, de sa belle-mère de 74 ans, ainsi que celle de Sylvain Mollier, 45 ans, exécutés de plusieurs balles sur une petite route forestière. Depuis ce sanglant mercredi de septembre 2012, les gendarmes ont effectué de nombreuses investigations en France, mais aussi en Irak, d’où la famille est originaire, et Angleterre, où elle vivait.

« Au mauvais moment, au mauvais endroit» ?

Un travail qui a permis aux pandores de « fermer des portes ». Ils sont aujourd’hui convaincus que le crime n’a rien à voir avec la famille de Saad al-Hilli, le père âgé 50 ans au moment des faits, comme ils avaient pu un temps le penser, ou avec son travail d’ingénieur. Rien à voir, non plus, avec les services secrets irakiens. Ou avec Sylvain Mollier, ce cycliste français dont le corps a été retrouvé à proximité de la BMW de la famille al-Hilli. « Il reste la possibilité d’une piste locale, c’est-à-dire que la famille al-Hilli et Sylvain Mollier se soient trouvés au mauvais moment, au mauvais endroit pour des raisons qu’on ne connaît pas », souffle procureure d’Annecy.

Carte de localisation et éléments du drame du quadruple meurtre de Chevaline
Carte de localisation et éléments du drame du quadruple meurtre de Chevaline - AFP

« Pour le moment, Chevaline est un crime sans mobile. A qui profite-t-il ? A personne. Ça le rend extrêmement difficile à élucider », ajoute la magistrate qui espère toujours que l’arme du crime, un pistolet Lugger P06 7,65 mm, soit un jour retrouvé. « Cela ne permettra pas forcément de l’élucider, mais on connaîtra enfin une avancée significative dans ce dossier. » C’est la raison pour laquelle la France a adressé aux autorités suisses une demande d’entraide internationale. « On sait qu’il s’agit d’une arme suisse, confiée aux citoyens de ce pays lorsqu’ils effectuaient leurs obligations militaires. C’est a priori une arme de collectionneur, elle pourrait être toujours gardée par quelqu’un, être utilisée. »

Indemnisation des fillettes

Les deux filles du couple, Zainab et Zeena al-Hilli, ont de leur côté demandé à la justice française d’être indemnisées par le fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme et d’autres infractions, comme le prévoit la loi. Agées aujourd’hui de 12 et 9 ans, les deux seules rescapées du massacre, qui vivent chez leur tante en Grande-Bretagne, vont faire l’objet d’une expertise psychologique et psychiatrique. Zainab avait reçu une balle à l’épaule et avait été frappée à coups de crosse tandis que sa sœur Zeena s’était recroquevillée entre les jambes de sa mère et de sa grand-mère décédée. « On aura de leur nouvelle et on saura comment elles ont évolué depuis la commission des faits », conclut la magistrate.
 

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