Attentats dans l'Aude: Le huis clos entre le colonel Beltrame et le terroriste dévoilé

TERRORISME Plusieurs médias révèlent ce dimanche des extraits du dossier d'instruction...

F.F.

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Un hommage national a été rendu au colonel Arnaud Beltrame, le 28 mars 2018.
Un hommage national a été rendu au colonel Arnaud Beltrame, le 28 mars 2018. — BERTRAND GUAY / AFP

Il est 11h24 ce vendredi 23 mars. Le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame fait son entrée, mains en l’air, dans le Super U de Trèbes (Aude), où un homme se revendiquant de Daesh retient une caissière en otage après avoir tué plusieurs personnes. Lorsque le gendarme s’avance dans le supermarché, ses collègues, dont le commandant du PSIG de Carcassonne, restent médusés, comme le relatent ce dimanche Libération et Le Parisien. « Non, Colonel, reculez ! », « vous n’avez pas de gilet par-balles ! », lui crient les autres gendarmes, d’après les deux quotidiens qui se sont procuré le dossier d’instruction.

La caissière raconte la suite aux enquêteurs pendant son audition : « L’auteur m’a mis le canon de son arme sur la tempe, plus précisément derrière l’oreille […] Plus [il] avançait, plus [Lakdim] tremblait. Là, j’ai vraiment eu peur. Il a demandé au gendarme d’enlever son arme, ce qu’il a fait en la posant sur la table de l’accueil […] Quand le gendarme s’est retrouvé avec nous à l’accueil, [Lakdim] a demandé son arme. » Arnaud Beltrame s’exécute. Le terroriste relâche la caissière et garde le gendarme, disposant désormais de l’arme du militaire en plus de la sienne.

D’après le rapport des forces de l’ordre, il est 12h45 lorsque Arnaud Beltrame contacte les gendarmes, rejoints par le GIGN de Toulouse (Haute-Garonne). Après avoir exigé la libération de Salah Abdeslam, suspect numéro un des attentats du 13 novembre, Radouane Lakdim menace de faire exploser des grenades en cas de réponse négative. Une heure plus tard, le GIGN identifie plusieurs sons à l’intérieur du Super U comme le terroriste faisant sa prière, faisant craindre au groupe d’intervention un passage à l’acte imminent du preneur d’otage.

« Attaque… Assaut, assaut »

Peu après 14h, une conversation s’engage entre les négociateurs du GIGN et Radouane Lakdim sur le portable d’Arnaud Beltrame, sur haut-parleur. La discussion est toujours en cours lorsque le lieutenant-colonel crie : « Attaque… Assaut, assaut. » Le dossier d’instruction fait ensuite mention de « bruits de lutte » et « de râle », sans que le négociateur ne paraisse prendre conscience de ce qui est en train de se jouer dans le Super U.

Alors que le GIGN de villacoublay (Yvelines) vient d’arriver sur place, c’est l’antenne de Toulouse, déjà positionnée, qui entre dans le supermarché. D’après le rapport du GIGN, le groupe d’intervention découvre Radouane Lakdim, qui est abattu, et Arnaud Beltrame, blessé de plusieurs balles au thorax et d’une entaille à la gorge aux alentours de 14h24, soit de longues minutes après que le lieutenant-colonel a tenté de prévenir ses collègues…

Transporté d’urgence à l’hôpital, Arnaud Beltrame décède le lendemain. Un hommage national lui est rendu quelques jours plus tard.

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