La détresse des proches de Cédric, l'artiste français tué au Brésil

ENQUETE Cédric Jaurgoyhen Madala, 33 ans, a été tué la semaine dernière à Paraty, près de Rio de Janeiro. Ses proches veulent connaître la vérité…  

Thibaut Chevillard

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Le corps de Cédric Jaurgoyhen Madala a été retrouvé vendredi dernier.
Le corps de Cédric Jaurgoyhen Madala a été retrouvé vendredi dernier. — Cédric Jaurgoyhen Madala
  • Le corps de Cédric Jaurgoyhen Madala a été retrouvé vendredi dernier, à Paraty, une ville dans l’Est du Brésil.
  • Cet artiste Français, originaire de Cannet (Alpes-Maritimes), a été tué par balle.
  • Ses amis et sa famille veulent savoir ce qu’il s’est passé.

Ils ont pris un vol pour le Brésil dès qu’ils ont appris la terrible nouvelle. « Nous avons une haine et une tristesse profonde. Ils l’ont assassiné », lâche Martine, la maman de Cédric Jaurgoyhen Madala, arrivée lundi dans le plus grand pays d’Amérique du Sud. Trois jours plus tôt, le corps de son fils, un artiste français qui vivait à Paraty, une ville située entre Rio de Janeiro et São Paulo, a été retrouvé « au milieu de son terrain », explique à 20 Minutes Frédéric, son frère. Ses meurtriers lui ont tiré dessus avec une carabine. Sa maison a ensuite été brûlée. « C’est une exécution pure et simple », poursuit Frédéric.

Les proches du jeune homme veulent comprendre pourquoi on s’en est pris à lui. « On ne sait rien du tout, on entend tout et n’importe quoi », souffle le frère de la victime. Le jeune homme était tombé amoureux du Brésil en 2003. Cette année-là, il était allé rejoindre un cousin qui y vivait. En 2016, il avait obtenu un visa à durée indéterminée. « Sur les quinze dernières années, il a passé au moins dix ans là-bas. Il était plus Brésilien que Français », se remémore Frédéric. Photographe et plasticien, il a réalisé plusieurs expositions dans ce pays où il s’épanouissait. « Il était heureux. »

« Il gênait à cause de ce qu’il était »

Originaire du Cannet (Alpes-Maritimes), Cédric avait posé ses valises à Paraty, une cité balnéaire située à environ 250 km de Rio de Janeiro, où il était très apprécié de la population locale. Il venait de faire l’acquisition d’un terrain de 35 hectares sur les collines de cette ville et envisageait d’en vendre une partie afin de financer un projet qui lui tenait à cœur. « C’était un petit bout de paradis, avec une rivière, situé à 40 km de la ville. Il fallait emprunter un chemin de terre pendant 10 km pour y accéder. Il voulait créer une résidence pour accueillir des artistes français et internationaux, faire de la permaculture », raconte à 20 Minutes une de ses cousines ayant grandi avec lui au Brésil.

Selon elle, l’ancien coiffeur, qui avait « trouvé son équilibre au Brésil », a peut-être été tué parce qu’il était « gay, artiste, étranger et s’intéressait au candomblé », une religion afro-brésilienne. « Il faut comprendre le contexte politique du Brésil qui est compliqué. Le pays est en train de changer, les artistes font bouger les choses et Cédric participait à ce mouvement. Il avait un fort caractère, il était plein de belles idées. C’était un savant, il gênait à cause de ce qu’il était. Avec son projet, dans lequel il s’était très impliqué, il avait décidé de faire quelque chose qui sortait de l’ordinaire. »

« Lui rendre un bel hommage »

Frédéric, lui, estime que son frère a sans doute été tué à cause d’un « problème de terre ». « Il s’est installé dans un endroit reculé et son projet, dans lequel l’art et la nature s’entremêlent, devait déplaire à certains. » En revanche, Frédéric ne croit « pas une seule seconde » qu’il a été tué « parce qu’il était homosexuel », ni que son meurtre ait un rapport avec le candomlé. « Il ne pratiquait pas, il s’est rendu à trois rassemblements pour prendre des photos. Il s’intéressait à ça comme il s’intéressait à plein d’autres choses. »

L’enquête de la police brésilienne ne fait que commencer. En attendant d’obtenir des réponses, ses proches effectuent « toutes les démarches nécessaires pour le ramener en France et lui rendre un bel hommage », fait savoir Martine, sa maman. Un rassemblement pour honorer sa mémoire est en outre organisé le 29 juillet prochain lors du Festival littéraire international de Paraty. Par ailleurs, Claire-Alice Jean, son amie photographe, a indiqué sur Facebook vouloir lui rendre hommage en exposant une partie de son travail. Car, écrit-elle, « ce crime ne peut pas passer inaperçu du public ».

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