Policiers LGBT:  «Il faut montrer que la police est aussi diverse que la population»

INTERVIEW Paris accueille jusqu’à vendredi la 8e conférence internationale de l’European LGBT Police Association…

Propos recueillis par Thibaut Chevillard

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Police judiciaire. (Illustration)
Police judiciaire. (Illustration) — WITT/SIPA
  • Paris accueille à partir de ce mercredi la 8e conférence internationale de l’European LGBT Police Association.
  • En France, l’association Flag  soutient les agents LGBT des ministères de l’Intérieur et de la Justice.

Une grande première. Paris accueille, ce mercredi, la 8e conférence internationale de l’European LGBT police association (EGPA). Près de 200 policiers, originaires de 16 pays ont fait le déplacement dans la capitale française pour se rencontrer et participer à des ateliers sur les luttes contre l' homophobie et les discriminations au sein des forces de sécurité intérieure.

Pour en savoir davantage, 20 Minutes a interrogé Mickaël Bucheron, un policier parisien à la tête de Flag !, une association de soutien et de défense des agents LGBT des ministères de l’Intérieur et de la Justice.

Quel est l’objectif de la conférence qui s’ouvre ce mercredi à Paris ?

L’EGPA a été cofondée en 2004 avec des collègues hollandais, allemands et anglais. Le but des conférences, organisées tous les deux ans, est de partager et d’échanger les bonnes pratiques mises en place dans chaque pays afin de reprendre celles qui fonctionnent. Les pays membres organisent chacun leur tour cette conférence et c’est la première fois qu’elle a lieu en France. Ce n’était pas possible, il y a encore dix ans, de l’organiser, notamment au regard de l’engagement à l’époque du ministère de l’Intérieur dans la lutte contre les discriminations.

Mais aujourd’hui, la situation a évolué dans la police et la gendarmerie nationales, ça nous paraissait donc être le bon timing pour que Flag ! propose d’organiser cette conférence en France. Cette année, nous attendons près de 180 policiers venus de 16 pays européens, ainsi qu’une collègue américaine et une canadienne puisque la prochaine conférence mondiale aura lieu à Toronto.

Vous êtes à la tête de Flag ! depuis sept ans. Pourquoi cette association a-t-elle été créée ?

La création de Flag !, en septembre 2001, visait à répondre au problème de l’invisibilité des policiers LGBT. C’était à peine concevable que des gays, des lesbiennes ou des trans puissent exercer ce métier à l’époque. Il était donc important de nous rassembler, de montrer que la police est aussi diverse que la population et pour soutenir nos collègues victimes de discriminations. Depuis avril dernier, nous accueillons l’ensemble des agents des ministères de l'Intérieur et de la Justice. L’association compte désormais 600 membres.

Justement, quels sont les problèmes que rencontrent les policiers et gendarmes LGBT dans l’exercice de leur profession ?

C’est encore compliqué pour les gays d’être visibles au sein de la police. Ce qui est absurde car on se rend compte que beaucoup de collègues gays le sont et cela se passe très bien pour eux. Mais souvent, quand on rentre dans la police, pour se protéger, on évite de dire qu’on est gay ou lesbienne. Chacun est évidemment libre de le faire savoir ou non. Ce qui est ennuyeux à nos yeux, c’est d’être contraint à l’invisibilité car cela oblige à être discret au quotidien, à ne pas pouvoir vivre normalement sa vie.

Mais malheureusement, et c’est une réalité, nous recevons encore à l’association des témoignages de collègues qui subissent des commentaires homophobes, des discriminations, ou qui sont victimes de harcèlement moral.

Que reste-t-il à faire selon vous pour améliorer la situation ?

Il y a un travail mené en interne pour améliorer la visibilité des agents LGBT. Le ministère de l’Intérieur vient de signer une charte avec les organisations syndicales dont l’un des axes vise à déployer des actions de prévention contre l’homophobie et la transphobie.

C’est important que le ministère montre que les gays, les lesbiennes et les trans sont les bienvenus dans la police, notamment parce que des jeunes passent le concours pour rentrer dans les forces de l’ordre et se demandent s’ils pourront dire qu’ils sont homosexuels ou trans. Ils ressentent de l’appréhension car la police ou la gendarmerie ont une image homophobe. Il y a donc un vrai message à adresser, aussi bien à ceux qui exercent ce métier qu’à ceux qui voudraient l’exercer.

L’autre grand chantier à mener concerne, dites-vous, l’amélioration des relations entre la population LGBT et la police et la gendarmerie nationales…

Oui, et cela passe notamment par un meilleur accueil dans les commissariats ou les brigades des victimes LGBT. Il faut en particulier travailler sur la problématique des refus de plainte. Très souvent, cela se passe très bien pour les victimes, beaucoup collègues font bien leur travail et se montrent très attentifs avec les victimes. Mais quand vous avez été victime, c’est dommageable d’être mal reçu juste parce que vous êtes lesbienne, gay ou trans. C’est là-dessus qu’il faut encore travailler car nous sommes loin d’avoir éradiqué l’homophobie en France.

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