Bébé secoué à Créteil: «On faisait confiance à la nourrice, elle nous a volé notre fille», témoignent ses parents

MALTRAITANCE La nounou de Rose, qui a reconnu l’avoir secouée, a été mise en examen, notamment pour « meurtre sur mineur de 15 ans ». Elle est également poursuivie pour des violences datant de la semaine précédente…

Caroline Politi

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Rose est décédée le 9 juin. Sa nounou a avoué en garde à vue l'avoir secoué.
Rose est décédée le 9 juin. Sa nounou a avoué en garde à vue l'avoir secoué. — Collection personnelle
  • Rose est décédée le 9 juin du syndrôme du bébé secoué.
  • La nourrice de Rose a reconnu en garde à vue avoir secoué la fillette. 
  • Ses parents alertent sur la nécessité d'une meilleure prévention. 

Ce mercredi 6 juin, lorsque Marie et Renaud ont déposé Rose, six mois, chez sa nourrice, ils n’ont pas eu la moindre inquiétude. « Comme tous les jeunes parents, on a eu un petit pincement au cœur en la déposant mais on avait totalement confiance », soupire la jeune maman. Leur assistante maternelle, âgée de 35 ans, est agréée par la PMI et présente de solides recommandations, elle affirme notamment avoir travaillé en crèche. Surtout, elle garde depuis quelques mois le fils d’une amie du couple. Les retours sont excellents et Rose est un bébé facile. « On n’avait pas de raisons de s’en faire. Notre fille dormait bien, elle n’avait aucun problème particulier et puis elle souriait en voyant sa nounou », poursuit Renaud.

Le 6 juin, c’est donc la cinquième fois que Rose passe la journée chez elle, à Créteil. Ce jour-là, l’assistante maternelle s’occupe également de son fils de quatre ans et de celui de leur amie, âgé de neuf mois. Dans la matinée, les jeunes parents reçoivent quelques photos et vidéos. Tout a l’air de se passer pour le mieux, la fillette sourit, mange. Puis plus rien jusqu’en milieu d’après-midi. Cette fois, lorsque leur téléphone sonne, ce n’est pas la nounou de Rose au bout du fil mais le Samu. Le médecin leur explique que leur fille est inconsciente, transportée en urgence à l’hôpital Necker. « C’est le trou noir, le monde qui s’écroule », se remémore, la voie nouée, Renaud. Marie essaye désespérément d’appeler leur nourrice pour comprendre ce qu'il s'est passé mais celle-ci est aux abonnés absents. « En fin d’après-midi, elle m’a finalement envoyé un texto en me disant qu’elle avait fait tomber notre fille et qu’elle était désolée. »

Symptômes du bébé secoué

C’est également l’explication qu’elle a donné mardi, en garde à vue. Elle indique alors avoir un problème au bras et avoir lâché accidentellement l’enfant. Mais l’explication est sérieusement remise en doute par le diagnostic des médecins : Rose présente tous les symptômes du bébé secoué. Le soir de son admission à l’hôpital Necker, une équipe de médecins prend longuement Renaud et Marie à part. La jeune femme de 27 ans est infirmière, elle le sait bien, un tel dispositif n’est déployé que dans les cas les plus graves. « Ils nous ont fait part de leurs inquiétudes sur son état de santé, ils étaient très pessimistes. » L'enfant est finalement décédée deux jours plus tard. « A minuit 22 », souffle son père.

Comme d’usage lorsqu’un cas de maltraitance est suspecté, le procureur a immédiatement été averti. Et une enquête ouverte et confiée à la brigade de protection des mineurs. Au fil de sa garde à vue, l’assistante maternelle a reconnu les faits qui lui étaient reprochés et avoué avoir déjà secoué l’enfant une semaine auparavant, le 30 mai, précise une source judiciaire. Elle a été mise en examen pour « meurtre sur mineur de 15 ans » et « violences sans incapacité sur mineur de 15 ans par personne ayant autorité ». Elle a été incarcérée en attendant son passage devant le juge de la liberté et de la détention, la semaine prochaine.

Une meilleure prévention

L’enquête n’en est encore qu’à ses balbutiements mais selon les premiers éléments, l’assistante maternelle avait suivi une formation sur le syndrome du bébé secoué. « Elle connaissait les risques, elle savait ce qu’elle faisait. On lui a fait confiance et elle nous a volé notre fille », lâche Marie. Avec son mari, la jeune femme s’est investie dans l’association Tatiana qui milite pour une meilleure prévention du bébé secoué. Si leur assistante maternelle avait suivi une formation, celle-ci n’est pas systématique. « On veut que ce qui s’est passé avec Rose ne se reproduise plus. Nous voulons que la PMI et le conseil général prennent leurs responsabilités et améliorent la prévention. »