Affaire Théo: Pourquoi le jeune Aulnaysien et ses proches sont en garde à vue

FAITS DIVERS Ce mardi, le jeune Aulnaysien a été placé en garde à vue avec cinq de ses proches. Ils sont soupçonnés d’avoir détourné plusieurs centaines de milliers d’euros via une association…

C.Po.

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Théo a été interpellé ce mardi avec cinq membres de sa famille.
Théo a été interpellé ce mardi avec cinq membres de sa famille. — GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP
  • Théo et des membres de sa famille ont été placés en garde à vue ce mardi matin.
  • Une information judiciaire a été ouverte contre X pour « escroquerie en bande organisée au préjudice d’un organisme chargé d’une mission de service public, abus de confiance et blanchiment ».

C’est l’affaire dans l’affaire. Alors que les investigations sur les violences subies par Théo Luhaka lors d’une interpellation musclée à Aulnay-sous-Bois sont toujours en cours, le jeune Aulnaysien a été interpellé ce mardi peu après 6 heures du matin dans une tout autre affaire. Il a été placé en garde à vue avec cinq proches, dont deux de ses frères, dans le cadre d’une information judiciaire ouverte contre X pour « escroquerie en bande organisée au préjudice d’un organisme chargé d’une mission de service public, abus de confiance et blanchiment ». La garde à vue a été prolongée mardi soir et peut durer jusqu'à samedi matin. 

C’est quoi cette affaire ?

La PJ de Seine-Saint-Denis, en charge de l’enquête, s’intéresse à la gestion trouble de trois associations, parmi lesquelles Aulnay Events, dirigée par le frère aîné de Théo, Mickaël Luhaka, 34 ans. Une enquête préliminaire a été ouverte en juin 2016 – soit sept mois avant l’affaire de violences policières – à la suite d’un signalement de l’inspection du travail. En septembre 2017, le parquet de Seine-Saint-Denis décide finalement d’ouvrir une information judiciaire et de nommer un juge d’instruction.

L’association, dont le but est de lutter contre la violence en proposant diverses activités aux enfants d’Aulnay-Sous-Bois, aurait reçu entre janvier 2014 et juin 2016, 678.000 euros de subventions d’Etat par le biais de contrats d’avenir. Or, courant 2015, les inspecteurs du travail notent les premières irrégularités sur l’utilisation de ces subventions censées faciliter l’embauche : la majorité des salariés recrutés sous ces contrats n’auraient pas été payés et les cotisations à l’Urssaf pas réglées. Les enquêteurs notent également des virements à destination de plusieurs membres de la famille de Mickaël Luhaka. Selon Le Parisien, 170.000 euros auraient été versés sur les comptes de divers membres de la famille, dont 52.000 euros sur celui de Théo.

Les investigations cherchent désormais à déterminer si ces associations ont bien proposé des stages et autres activités à destination des jeunes Aulnaysiens ou si elles masquaient une escroquerie. Me Antoine Vey, l’avocat de Théo et de ses frères, plaide des erreurs de gestion. « Ces événements [sportifs] ont eu lieu. Sur le plan comptable, on n’y est peut-être pas mais l’Etat donne de l’argent et laisse ensuite ces associations sans contrôle, sans suivi. C’est regrettable », déplore-t-il dans les colonnes du Parisien.

Un amalgame ?

Si cette procédure n’a absolument aucun lien avec l’affaire Théo sur les violences policières, la famille et son avocat ne peuvent s’empêcher d’y voir une certaine concomitance. Pour Antoine Vey, l’interpellation de Théo – qui a selon lui simplement reçu « des sommes correspondant à son activité dans les associations » de son frère Mickaël – relève de l' « opération de communication » pour faire croire « à l’opinion publique que c’est un délinquant ». Le conseil s’est ému de ces interpellations alors que selon lui de simples convocations auraient pu être délivrées. Mais fin mars, Mickaël Luhaka ne s’était présenté à sa convocation par la PJ de Seine-Saint-Denis.

Sur la page Facebook « Justice pour Théo », administrée par la famille, un message publié ce mardi matin soulignait que Théo était sorti la veille de l’hôpital où il s’était vu retirer la poche médicale qu’il portait depuis sa blessure. « Certainement que la justice fera son travail, toute la situation sera éclaircie, cependant : qu’est ce qui effacera tous ces traumatismes que l’on nous inflige ? », note l’auteur du message.