Meurtre de Mireille Knoll: Le mobile antisémite à nouveau remis en question

ENQUETE Deux mois après le meurtre à Paris de l’octogénaire, les nouvelles auditions des deux suspects laissent la question en suspens…

20 Minutes avec AFP

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Une marche en hommage à Mireille Knoll, assassinée à Paris, le 28 mars 2018, parce qu'elle était juive.
Une marche en hommage à Mireille Knoll, assassinée à Paris, le 28 mars 2018, parce qu'elle était juive. — PATRICK HERTZOG / AFP

L’antisémitisme a-t-il joué un rôle dans le meurtre de Mireille Knoll, qui a suscité l’indignation nationale ? Deux mois après ce crime au scénario confus, les nouvelles auditions des deux suspects laissent la question en suspens.

Le 23 mars, le corps de cette femme juive de 85 ans, atteinte de Parkinson, avait été retrouvé lardé de onze coups de couteau et partiellement carbonisé, dans son appartement d’une HLM du XIe arrondissement de Paris.

Les deux suspects s’accusent mutuellement du crime

Un an après le meurtre d’une autre femme juive à Paris, Sarah Halimi, l’affaire Mireille Knoll avait donné lieu l’organisation d’une « marche blanche » de milliers de personnes et relancé le débat sur un « nouvel antisémitisme » lié à l’islamisation de certains quartiers. Mireille Knoll a été « assassinée parce qu’elle était juive », avait affirmé le président Emmanuel Macron le matin de la marche. Trois cents personnalités ont ensuite signé un manifeste retentissant sur le sujet, suscitant l’émoi de responsables musulmans.

Deux suspects, qui s’étaient connus en prison et s’accusent mutuellement du crime, avaient été vite identifiés : Yacine Mihoub, le fils d’une voisine âgé de 28 ans, et Alex Carrimbacus, un marginal de 21 ans. S’appuyant notamment sur les déclarations du plus jeune, le parquet avait décidé de retenir rapidement la qualification antisémite.

« On peut croire entendre des choses qu’on n’entend pas »

Mais le 13 avril, Alex Carrimbacus a nuancé devant les juges d’instruction les propos tenus lors de sa garde à vue, où il affirmait que son complice présumé « avait reproché aux juifs d’avoir les moyens financiers et une bonne situation » lors d’une conversation avec la victime.

« J’ai cru entendre ça, on peut croire entendre des choses qu’on n’entend pas », « j’étais sous le choc », a-t-il déclaré aux magistrates qui l’entendaient pour la première fois depuis les mises en examen des deux suspects pour « homicide volontaire » et « vol », avec la circonstance aggravante de l’antisémitisme, selon une source proche du dossier.

« Je ne savais pas que Mireille Knoll était juive »

« Ils ont juste parlé de la guerre 39-45 avec l’extermination des juifs. Et ça n’a même pas duré cinq minutes. C’était juste une discussion », assure le jeune homme, qui s’était rendu dans l’appartement après un coup de fil où Yacine Mihoub lui proposait, dit-il, « un plan thunes ».

« Je ne savais pas que Mireille Knoll était juive », affirme le jeune marginal, qui maintient avoir entendu son comparse dire « Allah Akbar » en égorgeant l’octogénaire, ce que ce dernier conteste. Yacine Mihoub a-t-il tué sa voisine en raison de sa judéité ? « Je ne pense pas », a répondu aux juges Alex Carrimbacus.