Meurtre de Sophie Lionnet: Que nous a appris le procès des deux accusés?

PROCES Commencé en mars dernier, le procès de Sabrina Kouider et Ouissem Medouni touche à sa fin…

Thibaut Chevillard

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Old Bailey, la Cour criminelle de Londres
Old Bailey, la Cour criminelle de Londres — Thibaut Chevillard
  • Le corps de Sophie Lionnet, 21 ans, a été retrouvé en septembre dernier dans le jardin de ses employeurs, à Londres, au Royaume-Uni.
  • Le procès de Sabrina Kouider, 35 ans, et Ouissem Medouni, 40 ans, s’est ouvert le 19 mars au tribunal de l’Old Bailey. Ils plaident non coupable pour le chef d’accusation de « meurtre ». Ouissem Medouni plaide, lui, coupable pour « entrave au fonctionnement de la justice ».
  • Le jury s'est retiré pour délibérer mercredi après-midi, près de deux mois après l'ouverture du procès.

Deux mois après avoir commencé, le procès du couple accusé du meurtre de Sophie Lionnet arrive à son therme. Le jury s’est retiré pour délibérer mercredi après-midi. Les 12 jurés décideront si Ouissem Medouni et Sabrina Kouider sont coupables d’avoir tué, en septembre dernier, leur jeune fille au pair, décrite par ses proches comme une fille si «  genitlle, innocente ». Si c’est le cas, le juge annoncera d’ici quelques jours la peine à laquelle ils seront condamnés. Retour sur un procès marathon.

Peu de détails avant le procès

Avant que ne débute le procès, le 19 mars dernier, les circonstances précises de la mort de Sophie Lionnet n’avaient pas été détaillées par les enquêteurs de Scotland Yard. En effet, le système accusatoire britannique est centré sur l’oralité des débats, ce qui veut dire que les preuves sont présentées par les différentes parties lors de l’audience afin d’être débattues. Pour cette raison, les éléments du dossier ne doivent pas être divulgués avant le début du procès. Même les parents de la jeune fille au pair - embauchée par les accusés en janvier 2016- et leur avocat, maître Franck Berthon, ignoraient les détails de ce qu’il s’était passé en septembre dernier, à Londres.

Le corps de Sophie a été retrouvé calciné par les pompiers dans le jardin de ses employeurs. Ils avaient été prévenus par des habitants du quartier, intrigués par l’odeur de la fumée qui provenait de la maison dans laquelle vivait Sabrina Kouider, ses deux enfants, son compagnon, Ouissem Medouni, et leur jeune fille au pair. Le couple a été arrêté dans la foulée par la police et a été inculpé, quelques jours plus tard, pour le meurtre de Sophie Lionnet. Lors d’une première audience, la mère de famille a juré n’avoir «  rien fait » et a indiqué qu’elle plaidait non coupable. Ouissem Medouni, lui, a également assuré ne pas avoir tué la jeune fille au pair, mais a fait savoir qu’il plaiderait coupable pour «  entrave au fonctionnement de la justice ».

La personnalité dérangée de l’accusée

Le procès a d’abord permis de dévoiler la personnalité de Sabrina Kouider. La mère de famille, âgée de 35 ans, est présentée par l’accusation comme une femme manipulatrice, autoritaire, obsédée par le père de son plus jeune fils, Mark Walton, fondateur du groupe Boyzone. Depuis leur rupture, en 2013, elle s’est mise à l’accuser de tous les maux : selon elle, il serait un pédophile qui aurait abusé sexuellement un de ses proches. Elle affirme également qu’il espionne ses communications, qu’il la surveille avec un hélicoptère, et même qu’il a violé son chat. Mais elle assure ne pas être «folle», bien qu’elle ne puisse pas produire de preuve de ce qu’elle avance.

L’année dernière, elle s’est mise un jour à accuser Sophie Lionnet de comploter avec Mark Walton. La jeune fille au pair l’aurait, selon elle, rencontré à plusieurs reprises et l’aurait aidé à rentrer chez le couple, une nuit, afin qu’il abuse sexuellement d’eux et de leurs proches. Pourtant, il a été prouvé que l’artiste irlandais, vivant aux Etats-Unis, n’avait pas mis les pieds en Angleterre de toute l’année dernière. Ouissem Medouni, qui vit avec Sabrina Kouider une relation tumultueuse depuis une quinzaine d’années, semble avoir gobé cette histoire. Ils vont alors faire subir à leur jeune employée des séances d'interrogatoires filmés. Pour quelles raisons ? Voulaient-ils faire chanter Mark Walton ?

Des versions contradictoires

Dans la nuit du 18 au 19 septembre dernier, ils vont parvenir à extirper des aveux de Sophie Lionnet. Sur ce point, ils sont tous les deux d’accords. Leur version diffère ensuite. Lui affirme que c’est Sabrina qui a tué la jeune fille, originaire de Troyes (Aube), dans leur salle de bains. D’ailleurs, lorsqu’il a été auditionné, il a assuré ne jamais été avoir été violent avec Sophie, contrairement à sa compagne qui aurait battu la jeune fille avec un câble électrique. Cet ex-analyste financier s’est pour sa part décrit comme « généreux, travailleur, ambitieux » et a exprimé des regrets pour ne pas être parvenu à empêcher Sabrina de s’en prendre à Sophie Lionnet. Si dans un premier temps il a reconnu être responsable sa mort, c’est, dit-il, parce qu’il est fou amoureux de sa compagne qu’il voulait protéger.

Mais à présent, il accuse Sabrina Kouider d’être la seule impliquée dans le décès de la jeune fille. « C’est toi qui l’as fait !  Tu lui as mis la tête sous l'eau », lui a-t-il lancé à travers la salle. Lorsqu’elle a été interrogée, la mère de famille a affirmé qu’Ouissem Medouni était la personne « la plus folle » qu’elle n’a jamais rencontré, l’a décrit comme violent et infidèle. C’est lui, dit-elle, qui aurait tué Sophie Lionnet dans la nuit du 18 au 19 septembre, alors qu'elle dormait. Il serait, dit-elle, devenu fou après avoir obtenu les confessions de la victime. Pourtant, cette femme qui a raconté avoir été persécutée par tous ces anciens compagnons, a expliqué aux jurés que Sophie lui menait la vie dure et qu’elle «  mentait comme elle respire ». Mais elle assure qu’elle la " respectait" malgré tout.

Un meurtre prémédité pour l’accusation

L’accusation avance que le couple avait prévu par avance d'«éliminer » la jeune femme. Leur plan consistait à dire, après l’avoir tué, qu’elle était rentrée en France et qu’il n’avait plus de nouvelles. Le procureur, Richard Horwell, est certain que les accusés étaient « ensemble » lorsque Sophie Lionnet a été tuée. Pourquoi ont-ils commis le pire ? Peut-être par vengeance, parce qu’ils étaient persuadés que ses confessions étaient vraies. Peut-être parce qu’elle aurait pu compromettre leur plan, consistant à faire chanter Mark Walton. « Qu’est-ce qui aurait empêché Sophie de dire à la police : "ils sont fous, ils ne m’ont pas payé depuis des mois, ils m’ont retenu prisonnière, ils m’ont battue, mis la tête sous l’eau et m’ont fait dire des choses absurdes ?" », s’est interrogé le procureur.

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