Meurtre de Sophie Lionnet: «Faire une vidéo et ensuite éliminer la personne, c’est ridicule»

PROCES Auditionné depuis quinze jours à Londres, Ouissem Medouni a nié avoir prémédité avec Sabrina Kouider le meurtre de Sophie Lionnet…

Thibaut Chevillard

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Old Bailey, la Cour criminelle de Londres
Old Bailey, la Cour criminelle de Londres — Thibaut Chevillard
  • Le corps de Sophie Lionnet, 21 ans, a été retrouvé en septembre dernier dans le jardin de ses employeurs, à Londres, au Royaume-Uni.
  • Le procès de Sabrina Kouider, 35 ans, et Ouissem Medouni, 40 ans, s’est ouvert le 19 mars au tribunal de l’Old Bailey.
  • Ils plaident non coupable pour le chef d’accusation de « meurtre ». Ouissem Medouni plaide, lui, coupable pour « entrave au fonctionnement de la justice ».

De notre envoyé spécial à Londres,

Un gentil garçon, amoureux d’une femme psychologiquement fragile, qui s’est laissé dépasser par les événements. Ainsi se résume la ligne de défense d’Ouissem Medouni. Ce Français de 40 ans assure depuis désormais deux semaines ne pas être « directement » impliqué dans la mort de Sophie Lionnet. Il rejette la faute sur son ex-compagne, Sabrina Kouider, qui comparaît à ses côtés devant la cour criminelle de Londres. Mais le procureur, Richard Horwell, est persuadé qu’en réalité, le couple avait prémédité ensemble le meurtre de leur jeune fille au pair, dont le corps carbonisé avait été retrouvé le 20 septembre dernier.

Deux jours plus tôt, dans la nuit du 18 au 19 septembre, ils ont fait subir un violent interrogatoire à la jeune fille. Depuis plusieurs semaines, ils se sont mis en tête que Sophie Lionnet avait été embauchée par Mark Walton, l’ex-compagnon de Sabrina Kouider, pour l’aider à leur faire du mal. Sabrina Kouider, obsédée depuis leur rupture par cet homme qui a fondé le groupe Boyzone, s’est même rendue un jour au poste de police avec son employée pour le dénoncer. Mais l’agent qui les a reçues n’a pas voulu la croire. Alors, faute d’éléments prouvant leur théorie farfellue, ils ont extirpé sous la contrainte des aveux à la jeune fille au pair qu’ils ont enregistré.

« Preuve indiscutable »

Costume bleu marine, chemise blanche et cravate grise, Ouissem Medouni reconnaît avoir eu l’idée de filmer cet ultime interrogatoire avec son téléphone. « C’était mieux que de l’enregistrer car en vidéo, on voit qui s’exprime, il n’y a aucun doute possible », explique-t-il à voix basse. L’ex-analyste financier assure qu’une fois les aveux de Sophie obtenus, il comptait apporter cette « preuve indiscutable » à la police dans les jours suivant. Il est ensuite parti se coucher, avant d’être réveillé par Sabrina Kouider, hurlant dans la salle de bain aux côtés de Sophie, inanimée dans la baignoire.

Mais le procureur pense au contraire que le couple avait prévu d'« éliminer » la jeune femme, devenue un « témoin gênant ». « Qu’est-ce qui aurait empêché Sophie de dire à la police : "ils sont fous, ils ne m’ont pas payée depuis des mois, ils m’ont retenue prisonnière, ils m’ont battue, mis la tête sous l’eau, et m’ont fait dire des choses absurdes" ? » demande Richard Horwell à l’accusé. Selon le procureur, pour maquiller leur crime, ils comptaient simplement dire que Sophie était repartie en France après s’être confessée et qu’ils n’avaient depuis plus de nouvelles. « Faire une vidéo et ensuite éliminer la personne, c’est ridicule », répond Ouissem Medouni.

« Allongé sur le sofa, endormi »

Sur les images qu’il a filmées, on aperçoit Sophie Lionnet, assise devant une cheminée, fébrile, amaigrie, apeurée. Elle raconte d’une voix fluette comment Mark Walton et un complice sont rentrés une nuit dans la maison pour violer Ouissem Medouni, qui était « allongé sur le sofa, endormi » après avoir été drogué. Pourtant, l’ex-compagnon de Sabrina Kouider, qui vit aux Etats-Unis, n’a pas mis les pieds en Angleterre de toute l’année dernière. « Dans l’industrie de la musique, il est facile de changer de nom pour voyager, aller à l’hôtel », ose l’ancien analyste financier.

Ce soir-là, Sophie Lionnet portait un jean et un t-shirt à manches longues. Le procureur se demande pourquoi elle était vêtue ainsi alors qu’il était plus de minuit et qu’elle était partie se coucher. Le couple lui a-t-il enfilé ces vêtements afin de dissimuler des blessures ? Le médecin légiste qui a examiné son corps n’est pas parvenu à déterminer les causes de la mort de la troyenne. Mais il a néanmoins relevé quatre fractures des côtes et une du sternum, causées un peu avant sa mort. Tête baissée, Ouissem Medouni reconnaît que ce soir-là, elle n’était « pas en bon état ». Mais il dément farouchement lui avoir fait du mal : « Ce n’était pas moi, je ne savais pas ».

« Assassin »

Sabrina Kouider devrait être appelée à la barre ce vendredi pour répondre aux questions de son avocat. Elle pourra ainsi répliquer aux attaques de celui avec qui elle entretenait, depuis une quinzaine d’années, une relation ponctuée de séparations et de rabibochages. Un homme qu’elle avait traité de « menteur » et d'« assassin », la semaine dernière, lors d’une interruption de séance.

Par ailleurs, les témoignages de deux proches de l’accusée seront lus. Le procès, qui était prévu jusqu’au 11 mai, pourrait durer une semaine de plus, peut-être deux, a prévenu le juge.

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