«Les gorilles de la République»: «La sécurité d’un sommet se prépare au moins neuf mois à l’avance», confie l'ancien patron du SPHP

INTERVIEW L’ancien patron du service de la protection des hautes personnalités (SPHP), Gilles Furigo, raconte dans un livre l’envers du décor…

Propos recueillis par Thibaut Chevillard

— 

Les policiers du SPHP sont notamment chargés de la sécurité du président de la République
Les policiers du SPHP sont notamment chargés de la sécurité du président de la République — DUPUY FLORENT/SIPA
  • Gilles Furigo a passé 23 ans au sein du SPHP, service de la protection des hautes personnalités.
  • Dans un livre, il revient sur l’histoire de ce service de la police nationale et les missions les plus emblématiques auxquelles il a participé.

Originaire de Haute-Saône, Gilles Furigo est entré dans la police nationale en 1981. Huit ans plus tard, il intègre le SPHP, service de la protection des hautes personnalités, et en prendra la tête par la suite. Pour le grand public, il s’agit de ces hommes en costume cravate, lunettes noires, oreillettes, qu’on peut apercevoir à la télévision, collés aux hommes ou femmes politiques en déplacement. « Ce n’est que la partie émergée de l’iceberg », souffle ce presque sexagénaire.

Dans un livre qui paraît ce vendredi*, il raconte l’histoire du SPHP et revient sur les missions les plus emblématiques qu’il a effectuées au sein de ce service, avant d’en partir, en 2012. Aujourd’hui chargé de la protection des grands événements sportifs, ce commissaire général de la police nationale se confie à 20 Minutes.

Comment est née chez vous l’envie d’écrire un livre sur le SPHP ?

C’est un service très méconnu au sein de l’institution et à l’extérieur. J’ai voulu ainsi lever un tout petit peu le voile dessus, mais pas trop, bien sûr. Il n’y avait aucun ouvrage sur l’histoire de ce service. Je suis remonté bien avant sa création, en 1935, pour expliquer le contexte dans lequel il a été créé. Curieusement, en l’espace de 40 ans, trois chefs d’État - deux présidents et le roi de Yougoslavie - avaient été assassinés en France. Et je me suis demandé pourquoi l’Etat n’avait pas réagi plus tôt.

Et qu’en avez-vous conclu ?

Je me suis aperçu que les 25 premiers présidents américains n’avaient, eux aussi, pas été protégés. Les Etats-Unis, comme la France, ont agi de la même façon. Ces deux pays ont connu des révolutions, à vingt ans d’intervalle, fondées sur la philosophie des Lumières qui est contre l’absolutisme. Par conséquent, ils ne voulaient pas, à l’époque, que leurs dirigeants soient accompagnés d’une escorte comme sous Napoléon III.

Vous êtes rentré dans le service en 1989 et l’avez quitté en 2012. Quels souvenirs en gardez-vous ?

Je me souviens particulièrement du G8, organisé en 2003 à Evian (Haute-Savoie). J’étais chef de mission. C’était une organisation très lourde, avec un aéroport situé à Genève, de nombreux chefs d’Etat. Nous étions constamment en relation avec nos collègues suisses. C’était un événement complexe à préparer, à organiser et à protéger.

Au-delà de cette mission, j’ai repris dans ce livre celles qui m’ont le plus marqué, qui étaient le plus emblématiques, qui montraient le mieux ce que faisait le service. Comme le 50e anniversaire du Débarquement, un déplacement d’Hillary Clinton en 1998 en Corrèze. C’est un service atypique, méconnu. Je me suis régalé pendant 23 ans.

Justement, quelles sont les missions de ce service ?

Les fonctionnaires du SPHP s’occupent notamment de la sécurité des chefs d’État pendant les visites officielles en France ou à l’étranger, des personnalités françaises ou étrangères, des grands événements. Leurs missions s’articulent autour de deux axes : l’organisation et la protection. Il faut savoir que la sécurité d’un sommet se prépare au moins neuf mois à l’avance. Il est nécessaire d’essayer de tout prévoir. L’organisation représente environ 80 % des missions. Pour gérer l’imprévisible, il y a les policiers du groupe de protection, dont la mission est la plus connue, la plus visible.

Comment le service a-t-il évolué quand vous y étiez ?

En 1989, le service était orienté sur l’organisation et pas tellement sur la protection rapprochée. Or, les deux sont indissociables. Cela avait évolué lorsque j’en suis parti, en 2012. La technologie était aussi arrivée, la vidéo notamment. Mais c’est un domaine où l’humain est très important. Pour nos missions, nous travaillons en étroite collaboration avec les services de renseignement, les services locaux. Ils nous donnent des informations sur l’état de la menace.

* « Les gorilles de la République », de Gilles Furigo, éditions Mareuil. 355 pages, 18 euros.

>> A lire aussi : Protection des candidats: «La sécurité passe après le protocole»

>> A lire aussi : Sécurité: Nicolas Sarkozy est-il trop protégé?